Jeux asiatiques d'hiver en Arabie saoudite : "C'est dramatique", les acteurs de la montagne entre surprise et indignation

Depuis l'attribution, ce mardi, des Jeux asiatiques d'hiver 2029 à l'Arabie saoudite, de nombreux acteurs de la montagne ont fait part de leur étonnement et de leur indignation. Pour beaucoup, ce choix va à l'encontre de l'urgence climatique.

En pleine période d'effort pour une sobriété énergétique, l'attribution des Jeux asiatiques d'hiver 2029 à l'Arabie saoudite, mardi 4 octobre, est loin d'être passée inaperçue auprès des acteurs de la montagne.

"Comment dire… Certes, c'est extravagant, à juste titre puisque de nombreux acteurs de la montagne et du sport s'étonnent de ce choix. Mais, force est de constater que ce n'est pas un cas isolé entre les Jeux olympiques d'hiver en Chine, où il manquait de la neige, et la Coupe du monde au Qatar", observe Frédi Meignan, vice-président de l'association Mountain Wilderness et fervent défenseur des espaces de montagne.

L'homme représente 0,01 % de la biomasse terrestre et on se croit les rois du pétrole. On va droit vers la catastrophe.

Frédi Meignan, vice-président de Mountain Wilderness

"Une partie des dirigeants a décollé de la planète, de la stratosphère, pour imaginer ça. L'homme représente 0,01 % de la biomasse terrestre et on se prend pour les rois du pétrole. On va droit vers la catastrophe, poursuit-il. Il y a un fossé entre les gens de la montagne et ces décideurs. D'une certaine manière, c'est une bonne chose que cela cristallise l'attention. C'est l'occasion de tous se mettre autour d'une table pour discuter de ce qui ne va pas, ce qu'il n'est pas possible de faire et envisager des pistes pour améliorer notre devenir commun."

La "sidération" du ski français

Le monde du ski tricolore, proche de ces événements internationaux, déplore aussi l'attribution de ces Jeux asiatiques à l'Arabie saoudite : "Nous avons pris connaissance avec sidération du projet d’organisation des Jeux asiatiques d’hiver 2029 en Arabie saoudite, dans un lieu naturellement pauvre en précipitations et en eau, où il n’existe à ce jour ni station ni piste de ski", indiquent l'Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM), Domaines skiables de France (DSF), l'Ecole du ski français (ESF) et la Fédération française de ski (FFS) dans un communiqué commun paru ce jeudi.

En effet, le royaume désertique veut organiser les épreuves sportives à Neom, une mégapole futuriste en construction dans le nord-ouest du pays, sur les bords de la mer Rouge. "Les déserts et montagnes d'Arabie saoudite seront bientôt un terrain de jeu pour les sports d'hiver", affirmait le Conseil olympique d'Asie (COA), à l'origine de cette attribution, sur les réseaux sociaux.

"Je suis surpris, on n'était au courant de rien", a également réagi Michel Vion, secrétaire général français de la Fédération internationale de ski (FIS) lors d'un point presse autour des Championnats du monde de ski alpin prévus en février 2023 à Méribel et Courchevel, ce mercredi.

"La confédération asiatique n'a, de toute façon, pas de compte à rendre à la FIS, a-t-il ajouté. On ne connaît pas le site, il faut se garder de trop commenter maintenant (…), mais c'est assez surprenant."

La colère des sportifs

"C’est dramatique pour notre sport. Ça a déjà été compliqué avec la Chine, là on atteint un niveau… Je crois que l’Arabie saoudite n’a jamais été un pays auquel on pensait pour aller faire du ski, je ne vois pas quel message ils veulent envoyer", a réagi le skieur Johan Clarey, au micro de RMC.

Ailleurs que dans le ski, la nouvelle est accueillie avec tout autant de colère. La légende de l'ultra-trail et passionné de la montagne, Kilian Jornet, s'est lui aussi étonné de ce choix sur les réseaux sociaux : "Soit le Conseil olympique d'Asie/le Comité international olympique ne sont intéressés que par l'argent ou bien ce sont des génies et savent qu'il n'y aura de la neige nulle part en 2029 et que skier se pratiquera uniquement sur le sable."

De son côté, l'association Greenpeace a critiqué, mercredi, le choix du COA : "Vous êtes en train de changer tout un écosystème naturel (…) et cela peut même avoir des répercussions sur les écosystèmes avoisinants."