Trois avocats avaient demandé la publicité des débats dans le procès des meurtriers de Kevin et Sofiane. Finalement, la cour d'assises des mineurs de Grenoble a refusé, par peur de "troubles graves à la sérénité". Des défenseurs trouvent cela "consternant".
"C'est un arrêt consternant", a fustigé Me Francis Szpiner, avocat des familles des victimes, après la décision de la cour de ne pas accueillir le public et les journalistes pour ce procès dit de la rixe d'Echirolles. Pour le défenseur, la cour a pensé "que la République n'est pas capable de maintenir l'ordre public". "Ça s'appelle la démission de l'État et la démission de la République. C'est un triste jour pour la justice", a poursuivi le ténor du barreau.
Interview
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Ce qu'il reproche à la cour, c'est d'avoir invoqué des risques de "troubles graves à la sérénité des débats" en cas d'audience publique. La rixe qui a provoqué la mort de Kevin et Sofiane "a opposé les habitants de deux quartiers dits sensibles de Grenoble et d'Échirolles", a expliqué le président Jean-Pierre Pradier. "Il ne peut être raisonnablement exclu (...) que des antagonismes, des actes de rancoeur, de violence et de vengeance réciproque (...) puissent être perpétrés à l'intérieur ou à l'extérieur" du Palais de Justice en cas de procès public", a-t-il ajouté.
Le président a rappelé que le quartier de la Villeneuve de Grenoble, dont sont originaires la plupart des douze accusés, avait été le théâtre d'émeutes urbaines en juillet 2010. Il a aussi évoqué le procès de Medhi Chine, en février dernier, qui avait dû être reporté en raison d'incidents.
On protège les meurtriers, c'est tout"
Seules les proches des victimes qui se sont constituées parties civiles, soit quatorze personnes, pourront assister à l'audience. "On voulait que les débats soient publics pour qu'on connaisse la vérité. Le fait de faire un huis clos, c'est dégueulasse", a déclaré Rachid Oulaouk, ami de Kevin. "On protège les meurtriers, c'est tout."
"Nos enfants ont été assassinés en public, on voulait un débat public", avait déjà lancé lundi soir le père de Sofiane.
Reportage Jean-Christophe Solari et Aurélie Massait
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Seuls deux avocats de la défense, Me Bernard Ripert et Me Ronald Gallo, avaient demandé la publicité des débats. "Je crains que la justice s'oriente vers un mauvais coup. C'est pour ça qu'elle préfère que l'affaire se déroule en secret", a commenté Me Ripert, qui défend deux accusés.
Le ministère public et les autres conseils de la défense avaient tous demandé que le procès se tienne à huis clos pour garantir la sérénité des débats.
Me Alain Fort, avocat d'un accusé, a salué "un espoir de sérénité, de liberté de parole et de justice qui se rendra dans des conditions normales". "Pour les parties civiles, je ne vois pas en quoi cette décision peut avoir des conséquences. Les familles seront là, elles seront présentes au procès", a-t-il souligné.
Me Arnaud Lévy-Soussan, autre avocat de la défense, s'est aussi félicité d'une "décision qui privilégie la sérénité des débats et permettra que la parole puisse s'exprimer de manière plus posée".