Départementales 2021 : en Isère, le retour à 90 km/h sur les routes secondaires est l'un des enjeux de l'élection

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Le président du conseil départemental, Jean-Pierre Barbier, s'est dit en faveur d'un retour des 90 km/h sur les routes secondaires, à près de deux semaines des élections départementales. Les avis de l'opposition sont partagés.

Jean-Pierre Barbier, président LR du conseil départemental de l'Isère et candidat à sa succession aux prochaines élections départementales les 20 et 27 juin, a expliqué vouloir repasser certaines routes du département à 90 km/h. Un enjeu électoral parmi bien d'autres selon le candidat.

"Je suis en faveur d'un retour des 90 km/h sur certains axes. Le passage à 80 a été imposé de manière unilatérale par le gouvernement sans vraiment se préoccuper de la sécurité des usagers. Ensuite, le gouvernement a autorisé les présidents de département à prendre eux-mêmes la décision.

Nous pouvions revenir à 90 km/h au 1er janvier, mais la crise du Covid-19 est arrivée, ce n'était pas à l'agenda du jour. Les usagers m'auraient regardé comme un extraterrestre si j'avais fait ça pendant le confinement, alors que personne ne pouvait prendre la route.

J'ai souhaité remettre les 90 km/h à l'ordre du jour, soumettre cette mesure au vote des électeurs. Certains axes peuvent revenir à 90. Cela permettrait d'harmoniser les limites avec certains départements voisins.

On gagnerait également en visibilité, certains automobilistes ne s'y retrouvent pas entre les routes limitées à 90, à 80, à 70 puis à 50 ou encore à 30 km/h.

L'argument d'un plus grand nombre d'accidents lié à la vitesse est vrai. Mais, dans une grande partie des cas, ce sont des accidents liés à de la très grande vitesse. Je propose un retour progressif vers les 90 km/h, il se fera en fonction des axes routiers, en préservant la sécurité de tous."

 

Le "Printemps isérois", l'union de la gauche et des écologistes, a fait savoir sa position dans un communiqué. La liste, qui regroupe de nombreux membres d'EELV, du PS ou encore des membres de la France Insoumise, se dit contre un retour à 90 km/h sur les routes secondaires en Isère.

"Le Printemps Isérois est pour le maintien de la vitesse limite à 80 km/h. L’abaissement de la vitesse limite a permis la baisse de la mortalité sur les routes françaises comme le démontre l’étude du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema).

Ce sont 349 morts en moins sur la période d’étude de 20 mois, sans pour cela avoir eu d'effet sur le nombre d'accidents corporels qui lui reste stable.

En outre, l’étude conclut à un effet complètement négligeable sur la perte de temps de parcours souvent avancé comme un argument. De plus en Isère, entre 2018 et 2019, la mortalité sur les routes a augmenté de 39 %, et il y a eu plus de 700 blessés dans des accidents de la route, souvent liés à une vitesse excessive.

Le retour à 90 km/h doit être appuyé par des analyses d'accidentalité du réseau et doit être soumis à un avis consultatif de la commission départementale de la sécurité routière, avis qui sont majoritairement négatifs. Mr Barbier dispose-t-il de telles études montrant que le retour à 90 km/h serait sans conséquence en Isère, alors que toutes les expériences et évaluations d'abaissement de la vitesse en France et à l'étranger montrent le contraire ?

Dans notre réalité iséroise nous avons deux cas de figure : les routes de montagne sur lesquelles les usagers ne peuvent pas rouler raisonnablement à plus de 80km/h, ainsi que les routes en vallée et en plaine sur lesquelles il peut y avoir des enjeux d'accidentologie liée à la vitesse. Sur celles-ci nous préconisons de ne pas revenir sur une mesure qui épargne des vies et des traumatismes irréversibles à beaucoup de personnes."

 

Alexis Jolly, secrétaire départemental du Rassemblement National, explique que son parti a toujours été pour le maintien des routes secondaires à 90 km/h.

"Initialement, nous avons toujours été en faveur du maintien à 90 km/h. En 2018, nous avions lancé une pétition en ligne qui avait recueilli un grand nombre de signatures. Notre position sur le sujet n'a pas changé.

L'annonce de Monsieur Barbier est surprenante. Depuis deux ans, il avait la possibilité de faire revenir certaines routes à 90 km/h en respectant des conditions. A un mois des élections, il se ressaisit de la question pour des raisons électoralistes.

Nous sommes en faveur des 90 km/h puisque c'est une mesure qui défend la ruralité, qui fluidifie les transports et les liaisons interurbaines. De plus, nous pensons que le passage à 80 km/h n'a pas été efficace car il n'y a pas eu de baisse significative de la mortalité. 

Monsieur Barbier aurait pu mener cette politique dès qu'il le pouvait. La crise sanitaire du Covid-19 ne peut pas être une excuse. Les compétences départementales n'avaient pas à être délaissés, malgré l'épidémie. Il a préféré relancer ce débat à quelques semaines des élections, plutôt que d'évoquer l'étrange proximité et les unions entre son parti et celui de la LREM."