Attentat de Conflans : "En tant que musulman, je me sens profondément trahi"

Dimanche, à Grenoble, 1 500 personnes ont rendu hommage à Samuel Paty, professeur décapité le 16 octobre. Parmi les citoyens assemblés, Aboubakar Sow. Cet assistant d'éducation d'origine tchadienne, Grenoblois depuis trois ans et musulman, dénonce un acte inadmissible, sans rapport avec l'islam. 

Aboubakar, lors de l'hommage à Samuel Paty, dimanche 18 octobre, à Grenoble.
Aboubakar, lors de l'hommage à Samuel Paty, dimanche 18 octobre, à Grenoble. © France 3 Alpes
Au bout du fil, Aboubakar Sow pèse ses mots. Comme un mantra, il répète : "On ne peut pas juger un autre être humain. Qui sommes-nous pour tuer ?" Assistant d'éducation dans un collège de Pont-de-Claix (Isère), ce Grenoblois d'adoption n'a pas manqué le rassemblement de dimanche, place de Verdun, en l'honneur de Samuel Paty, le professeur d'histoire-géographie décapité, vendredi 16 octobre, à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines.
 
D'origine tchadienne, Aboubakar Sow a dû fuir son pays pour échapper à des persécutions. Comédien et cinéaste, il réalisait des séries humoristiques dénonçant la corruption locale. Il a depuis obtenu le statut de réfugié politique en France. "Ce qu'il s'est passé, ça m’a rappelé beaucoup de choses. Les gens qui tuent au nom de l’islam", soupire-t-il.


"Je n’ai jamais appris ces atrocités dans le coran"

Lui-même engagé dans la communauté éducative, il n'accepte pas qu'une figure professorale puisse être la cible d'un attentat commis pour des motifs religieux. "Comme un marabout au Tchad, l’enseignant est un petit dieu. On n’ose pas le toucher", explique-t-il. 

De confession musulmane, Aboubakar Sow se sent d'autant plus choqué par les événements de vendredi. "Je n’ai jamais appris ces atrocités. Le coran est unique, et nulle part dans ce livre on ne dit qu'il est permis de décapiter quelqu'un parce qu'on est en désaccord avec lui. Qu'on me le dise : c'est écrit dans quel verset ? En tant que musulman, je me sens profondément trahi. Pour moi, ces gens [les personnes impliquées dans l'attentat, ndlr] sont des ignorants.

"Le prophète dit que l’humain passe avant tout. Ce n’est pas à nous de juger un autre être humain,
continue-t-il. Quant à la caricature, elle n’engage que la personne qui la fait. Elle est libre de la faire, de blasphémer, entre guillemets. Mais on ne peut pas la juger. Tout est clair dans l’islam. L’islam dit d’être libre. Libre de choisir, libre de parler." Samuel Paty avait en effet montré des caricatures de Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression. S'en est suivi un engrenage tragique qui, onze jours après le relai de la controverse sur les réseaux sociaux, a conduit à l'assassinat de l'enseignant par un jeune homme de 18 ans, d'origine tchétchène. 


"J'aimerais que davantage de musulmans prennent la parole"

Après l'attentat, le Grenoblois espère une réaction forte de la communauté musulmane et du gouvernement. "Avant, j’étais dans la peur. Quand tu as été violenté, tu as peur de parler. Mais aujourd'hui, je dois m’exprimer face à cette atrocité. J'aimerais que davantage de musulmans prennent la parole. Il faut que les gens se réveillent et que l’être humain prime. Car c’est criminel que les personnes [qui ont commis cet attentat] parlent au nom de l’islam, déplore-t-il.

"Certes, la France n’est pas parfaite. Mais c'est un espace qui permet de parler librement. Cette France a le devoir de protéger tout être humain et je trouve inconcevable que des gens se permettent d’exécuter quelqu’un ici. Je demande à M. Macron et aux autorités de prendre leurs responsabilités."

Mercredi 21 octobre, le Président a annoncé la tenue d'un hommage national en hommage au professeur des Yvelines. Aboubakar Sow a déjà prévu de suivre la cérémonie.
 
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