"Comment vivre à proximité d’un point de deal ?" : pourquoi une pièce de théâtre se retrouve au cœur d'une polémique à Grenoble

Ce mardi devait se jouer la pièce "Les copains d'en bas" à l’auditorium du Moonshot Labs, dans le quartier Saint-Bruno. Mais la phrase "Comment vivre à proximité d’un point de deal", ajoutée par la ville de Grenoble sur l'affiche, a entraîné une polémique et le report de la représentation.

Une phrase ajoutée par la ville de Grenoble, "Comment vivre à proximité d’un point de deal", sur l’affiche de la pièce Les copains d'en bas a entraîné la polémique et l’annulation de la représentation prévue ce mardi 9 janvier. Une décision prise par la compagnie de théâtre Artiflette, à l'origine de la pièce.

La compagnie affirme vouloir créer "des moments de dialogue apaisés" sur certaines problématiques de quartiers. "Dans un climat comme cela, on s’est dit que ce n’est pas le bon contexte pour partager le spectacle", exprime Ignace Fabiani, membre de la compagnie.

Une pièce jouée depuis 2018

"Les Copains d'en Bas. Chroniques d'un quotidien dans la cité Magnolia" est un spectacle créé en 2018 par la compagnie Artiflette. Il est inspiré d’une histoire vraie où les comédiens jouent une situation vécue. Sur son site, elle écrit en une phrase le pitch de sa pièce : "Ben et Charlotte, la trentaine, ont décidé d’aller habiter dans une cité HLM, pour vivre la fameuse mixité sociale". 

Par cette "tentative de rencontre entre des mondes qui souvent s'ignorent", la compagnie souhaite ainsi "ouvrir de vrais espaces de dialogue sur une réalité complexe". Dans son communiqué, elle se défend de vouloir "dire aux habitants 'comment vivre' dans leur quartier !", faisant référence au bandeau apposé par la mairie sur son affiche.

Déjà deux représentations à Grenoble

Depuis six ans, la compagnie a fait plus de 80 représentations dans des lieux et devant des publics variés : festivals, lycées, collèges, MJC, maisons de quartier, centres sociaux... Avec la volonté d’instaurer des échanges constructifs à la fin du spectacle. Un échange semblable était prévu ce mardi soir, après la pièce qui devait se jouer à l’auditorium du Moonshot Labs, dans le quartier Saint-Bruno.

"C’est un spectacle qui s’est décidé dans un délai très court", explique Ignace Fabiani. À Grenoble, "il y a déjà eu deux représentations qui se sont très bien passées", indique-t-il. La dernière remonte à six mois. Le spectacle devait revenir parce que des habitants de la ville l'ont "demandé", précise-t-il. 

La ville a donc contacté la compagnie en lui expliquant "que cela pouvait avoir du sens de continuer à ouvrir un dialogue sur ces questions-là [liées aux trafics de drogue, NDLR] avec les habitants du quartier".

Dans un communiqué, la ville de Grenoble rappelle que deux réunions publiques se sont tenues en septembre et décembre dernier "pour faire le point sur la situation dans le quartier Saint-Bruno [point connu du trafic de drogue à Grenoble, NDLR] et répondre aux questions des habitants".

Une phrase "assumée" provoque la polémique

Pour promouvoir le spectacle, qui devait se tenir mardi, la ville a ajouté sur l'affiche du spectacle la mention : "Comment vivre au quotidien à proximité d'un point de deal ?". Une phrase polémique qui a été largement reprise sur les réseaux sociaux. 

Alain Carignon a ainsi, sur X (anciennement Twitter), décrit le lancement "d'une campagne pour apprendre à vivre avec un point deal. Refusant de lutter contre la délinquance installée, (la municipalité) demande aux Grenoblois de s’adapter à elle. Va-t-elle leur indiquer aussi comment éviter une balle perdue ?".  Ce mardi, il a accusé la municipalité de "détourner une création culturelle" au profit de son "idéologie".

Une polémique que s'est également emparé le syndicat policier SCSI-CFDT : "Lunaire… Tous les jours, les policiers luttent contre le fléau de la drogue qui décime notre jeunesse. Mais à Grenoble, la municipalité propose un petit spectacle pédagogique pour apprendre à vivre près d’un point de deal". 

Interrogé par nos confrères de France Bleu Isère, Olivier Bertrand, maire adjoint de Grenoble chargé de l'événementiel, a dit : "Nous n'avons pas fait de gaffe. La ville assume". Dans un communiqué, la ville de Grenoble évoque une polémique "alimentée par plusieurs comptes réactionnaires sur les réseaux sociaux". Elle "permet de mettre l’accent sur un sujet important, impactant fortement les habitants" qui vivent à proximité d'un point de deal.

Loin de cette agitation, Ignace Fabiani regrette cette polémique. "On n'en a jamais eu de ce genre. Aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, il suffit d’une personne qui interprète de manière un peu tordue quelque chose et après ça fait boule de neige." Dans ce contexte, la compagnie a estimé qu'il aurait été compliqué d'appliquer le "désir de créer un dialogue serein" et a préféré reporter la représentation.

Une programmation dans le cadre d'une mission interministérielle

La pièce de théâtre Les copains d’en bas de la compagnie Artiflette a été sélectionnée afin de faciliter les échanges sur les questions liées au trafic de drogues, dans le cadre de la Mildeca, la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.

"Le spectacle permet de libérer la parole sur les impacts négatifs du trafic dans un quartier", précise dans un communiqué la ville de Grenoble. Elle détaille également que dans ce cadre, la ville, en collaboration avec les services de l’État et la justice, multiplie les actions de sensibilisations "à l'impact sur les quartiers", envers les consommateurs et les jeunes.

Un report de la pièce 

C'est dans ce contexte que l'équipe artistique a souhaité reporter la représentation. "Il faut qu’on prenne le temps avec la ville de Grenoble pour comprendre quand ça va avoir du sens de le faire", annonce Ignace Fabiani. En attendant, la compagnie continue la tournée de son spectacle et doit revenir dans la région courant mai.

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