Concours Miss France : qui est Aëla Chanel, la première candidate transgenre à l'élection de Miss Isère ?

À 33 ans, Aëla Chanel tentera de décrocher la couronne de Miss Isère à Allevard le 18 février prochain. Première candidate transgenre de la compétition, elle veut incarner une féminité plurielle et épanouie.

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Elle sera la première candidate transgenre à défiler sur le podium de Miss Isère. Vendeuse pour une marque de luxe à Paris, Aëla Chanel fait partie de 15 candidates sélectionnées pour participer au concours, qui aura lieu le 18 février prochain à la salle La Pléiade d’Allevard.

Née à Voiron, elle a passé toute son enfance en Isère avant de monter à Paris pour travailler. Assignée garçon à la naissance, elle a débuté sa transition de genre à l’âge de 26 ans. "Un soulagement" pour la jeune femme, qui a été élue Miss Trans France en 2020.

Un mois avant le concours départemental, elle a accepté de répondre aux questions de France 3 Alpes.

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France 3 Alpes : pourquoi avoir décidé de vous présenter au concours dans votre département de naissance ?

Aëla Chanel : "Je suis née à Voiron et j’ai encore toute ma famille dans le département, entre Les Abrets, Crolles, Bourgoin-Jallieu et Tullins. Comme je travaille à Paris, j’aurais pu faire Miss Île-de-France mais ma région de naissance est plus significative et je trouve qu’on ne parle pas assez de l’Isère, qui est un département magnifique. On a la chance d’avoir une belle région bien développée. Et j’aime la façon d’être des Rhônalpins, qui sont parfois un peu rustres, mais qui ont le cœur sur la main.

Depuis l’année dernière, les critères du concours Miss France ont évolué. Pour concourir, il suffit désormais d’être majeur et d’avoir un état-civil féminin. Vous êtes donc la première candidate transgenre de Miss Isère. Est-ce qu’il y a une dimension militante dans votre candidature ou est-ce juste un challenge personnel ?

De fait, vu que je suis la première candidate transgenre, il y a un côté militant. Forcément, je défraie la chronique, je sors des sentiers battus, et j’ai envie de représenter la communauté LGBTQI+. Mais je n’ai jamais eu un esprit militant exacerbé. Je suis plutôt dans le dialogue, l’échange. J’ai fait pas mal d’émissions aussi pour expliquer mon parcours (NDLR, un documentaire diffusé sur M6). Mais ce n’est pas la raison principale qui me pousse à faire des concours. Je veux aussi montrer qu’à bientôt 34 ans, on peut encore candidater, et que la vie d’une femme ne s’arrête pas à 25 ans. Quand j’ai débuté les concours de beauté, c’était par curiosité, car j’aime vivre de nouvelles expériences. Et puis de fil en aiguille, j’ai découvert que c’était plus profond que juste marcher, sourire et être jolie. C’est plus un concours d’ambassadrice qu’un concours de beauté. Après être arrivée dans le top 3 de Miss International Queen 2022, j’ai voulu continuer sur ma lancée. Pour Miss Isère, les planètes étaient alignées. J’avais du temps pour candidater, car j’étais en arrêt maladie à la suite de ma dernière opération.

Vous avez entamé votre transition de genre à l’âge de 26 ans. Comment avez-vous pris cette décision ?

Dès l’âge de 3 ans, j’ai ressenti un mal-être. Je savais qu’il y avait un problème. Le jour où j’ai compris ce que c’était, j’avais 7 ans. J’étais dans le salon en train de regarder la télé avec mes parents, mon frère et ma sœur. Et il y avait une pub sur un documentaire qui parlait d’une danseuse de ballet transgenre. Et là, j’ai enfin compris pourquoi j’étais mal dans ma peau. J’avais un besoin viscéral de prendre les écharpes de ma mère et son maquillage. C’était très violent quand j’ai compris. J’ai attendu longtemps pour faire ma transition. Je viens d’une famille assez traditionnelle, j’avais peur de les perdre.

C’est en arrivant à Paris que j’ai découvert la communauté LGBT. Je me suis rendu compte que ça n’était pas une vie simple mais qu’il était possible d’être épanouie. À ce moment-là de ma vie, j’avais l’impression de me travestir quand je m’habillais en garçon pour aller au travail. Je me forçais beaucoup, mais c’était à mon détriment. Alors j’ai commencé les démarches à 26 ans, avec le traitement hormonal. J’avais envie que mes parents voient que c’était déjà lancé avant de leur annoncer. Quand ça a commencé à se voir, je suis allée les voir en Isère et je leur ai dit très simplement. Ma mère, ma sœur et mon frère se doutaient déjà, car ils avaient vu des photos sur mes réseaux sociaux. Mon père lui ne s’y attendait pas. Mais il m’a complètement accepté, je suis très soutenue. J’ai beaucoup de chance. Aujourd’hui, j’ai fait toutes les opérations que je souhaitais. Et j’ai réussi à faire changer mon état-civil. Ça a été un vrai soulagement, car depuis je n’ai plus à me justifier en montrant ma carte d’identité.

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Miss France est un concours qui véhicule une certaine vision de la femme, maquillée, coiffée, en talons hauts, où les représentations sociales de la féminité sont exacerbées. Pourquoi vouloir participer à ce type de concours, qui fige la représentation des genres ?

En ce qui concerne l’image de la femme, pendant longtemps, on a considéré que la femme devait être maquillée, apprêtée et donc pas forcément libre de choisir ce qu’elle devait faire, ce qu’elle devait porter. Aujourd’hui, je considère que c’est un choix de la part d’une femme de se maquiller, de porter des talons, des robes. La féminité est plurielle. On le voit un peu dans les concours, les gagnantes sont de plus en plus différentes, on a plusieurs physionomies.

Et puis être féminine dans l’espace public aujourd’hui, c’est presque un acte politique. Quand on porte des jupes, qu’on est très maquillées, ou qu’on est en talons hauts, on se fait interpeller et agresser sans arrêt dans la rue. Comme si on n’avait pas le droit de le faire. Alors moi, je considère que c’est aussi un combat féministe.

Est-ce que vous vous projetez déjà au concours Miss France ?

Ça va être compliqué d’avoir la couronne ! (rires). Je dirais que j’ai un profil plus international. A Miss France, on va chercher une fille abordable, un peu mignonne, plus naturelle pour se projeter. Dans d’autres pays, comme au Vénézuela, la Miss est toujours hyper maquillée, plus sophistiquée. Et c’est plus mon profil. Après, je vais bien sûr me donner à fond ! Ça serait bien qu’une femme transgenre arrive en finale à Miss France. Mais déjà, je vais me concentrer pour avoir la couronne de Miss Isère, puis de Miss Rhône-Alpes."