Grenoble : le camp de Roms du parc de l'Alliance évacué par les forces de l'ordre, le DAL dénonce une intervention "violente"

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Écrit par D.D.
intervention policière au Parc de l'Alliance
intervention policière au Parc de l'Alliance © Yves Delmonte (DAL)

Les familles sans logement ayant élu domicile clandestinement dans le parc de l'Alliance à Grenoble ont été évacuées manu militari de la bibliothèque qu'elles occupaient pour se protéger du froid. L'association Droit au logement dénonce une intervention "violente", la préfecture dément.

L'évacuation s'est déroulée mercredi 1er décembre vers 16 heures, alors que les familles de Roms s'étaient réfugiées la veille dans la bibliothèque de l'Alliance, à Grenoble. Présents à leur côté, les soutiens des sans-papiers attendaient le fruit de la négociation avec la mairie pour les reloger, lorsqu'ils ont vu arriver un camion de la ville suivi d'un bulldozer.

"On a questionné le chauffeur du camion qui n'a pas voulu nous expliquer les raisons de sa présence, raconte Yves Delmonte de l'association DAL 38 (Droit au logement). Alors on s'est mis en travers de leur passage pour qu'ils n'interviennent pas et ils sont partis sans rien dire."

Une demi-heure plus tard, plusieurs camions de CRS ont débarqué sur le site. Une tentative de négociation s'engage sans succès. Les forces de l'ordre commencent alors l'évacuation de la bibliothèque, sans ménagement, selon les témoins sur place. "Il y a même du gaz qui est rentré à l'intérieur de la bibliothèque où se trouvaient encore des enfants", poursuit Yves Delmonte.

L'intervention des policiers aura duré environ trois quarts d'heure. Les soutiens ont alors tenté de récupérer quelques affaires pour que les familles aient le minimum vital à emporter. Mais dans la panique, parents et enfants se sont enfuis, la peur au ventre. "On ne sait pas où ils sont, on a essayé de les retrouver toute la nuit, mais sans succès."

Une fois les familles parties, un bus est alors arrivé sur place, dans la plus grande incompréhension. Les soutiens apprennent alors que ce bus a été envoyé par la mairie pour emmener les gens du voyage dans un hôtel à Moirans. "Ils ont tout fait à l'envers, s'insurge Yves. Pourquoi aucun élu n'est venu sur place pour les rassurer et leur expliquer qu'on allait les reloger ailleurs ? Pourquoi ce bus est il arrivé trop tard ? C'est scandaleux". 

En l'absence des familles, dispersées dans la panique, le bus est reparti à vide. Quelques minutes, plus tard, le bulldozer, de retour, est entré en action en balayant le camp et les affaires de gens du voyage, jetant le tout à la poubelle.

La préfecture et la mairie démentent

La version de la préfecture, qui s'est exprimée dans un communiqué, est toute autre : "Des bus avaient été prévus, afin d’emmener les habitants jusqu’à Moirans, afin qu’ils soient relogés, mais en définitive, ils se sont tous éparpillés. Le tractopelle des services municipaux a procédé au nettoyage du camp. Une quarantaine de manifestants (dont l'association « droit au logement ») s'est opposé au départ des Roms."

Le communiqué de la ville le rejoint : "La préfecture, en charge de la mise à l’abri, a affrété un bus pour transporter les personnes vers un lieu dédié. La Ville de Grenoble déplore fortement que les personnes prêtes à être abritées aient été encouragées à ne pas accepter la proposition d’hébergement."

"C'est faux, répond Yves Delmonte. S'ils avaient envoyé le bus avant les CRS et le tractopelle, on aurait pu leur expliquer qu'ils allaient être relogés ailleurs, mais le bus est arrivé une fois qu'ils ont pris la fuite. On ne les a pas empêchés de prendre le bus qui n'était pas là, enfin !"

Disfonctionnement ou volonté délibérée de chasser les occupants sans ménagement ? Les associations s'interrogent et s'offusquent. Elles ont manifesteront devant la mairie de Grenoble vers midi ce mercredi "pour demander des comptes à la commune et dénoncer la violence de l'intervention policière."

Plus tard dans la journée (vers 15H00) elles se sont retrouvées devant la Préfecture pour demander des explications sur l'intervention de la police qu'elles jugent disproportionnée, sans succès. Ce soir, les familles ont décidé de dormir sur le parvis de l'Hôtel de ville en attendant l'ouverture de places d'hébergement. Les associations de soutien lancent un appel pour leur procurer des matelas, des duvets, des boissons chaudes et de la nourriture.

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