LIVRE. Faire confiance à sa "boussole éthique", pourquoi il faut lire "Les choses importantes", de Claire Delepau

Alors que nous reprenons le cours de notre vie d'avant, un livre nous enjoint à déterminer les choses importantes dans le monde d'après. Curieusement, l'auteure grenobloise et coach, Claire Delepau le rédigeait avant le confinement et la pandémie du Covid 19, pourtant aujourdhui, il nous parle fort.
© Pierre Gaudu

Le livre de la grenobloise Claire Delepau Michelet devait sortir début avril, en plein confinement quand la France s'est retrouvée immobile, sidérée et retranchée chez elle. Evidemment, la parution a été reportée mais ce report est presque un clin d'oeil. Presque prémonitoire dans son questionnement, il trace le chemin vers la prise de conscience et la mise en action de chacun pour être en concordance avec soi-même.

Parce que lorsque nous sommes en concordance avec notre "boussole éthique", nous sommes plus heureux, en meilleur santé et plus créatifs. Pendant ces presque deux mois au temps suspendu, beaucoup ont réfléchi et souhaité changer, travailler au monde d'après, s'engager pour être utile. Mais une fois le déclic passé, comment enclencher l'action ? Comment oeuvrer dans le monde d'après ?
 

L'ouvrage "Les choses importantes " publié chez PayotPsy balise ce parcours et accompagne chacun vers ses objectifs d'éthique et de coeur. Karim Azouaou de la librairie grenobloise Arthaud nous dit pourquoi il faut le lire.

 

Le coup de coeur de Karim 

L'auteure ?

Claire Delepau  est coach certifiée depuis 2006, diplomée de l' EDHEC, titulaire d'un DU de philosophie et créatrice de Terre de Sens. Claire nous raconte très simplement sa famille relativement modeste et de milieu agricole. Son grand-père aurait aimé continuer à faire des études pour devenir médecin mais la guerre s'est chargée de mettre fin à ce rêve pour le faire revenir retrousser ses manches dans la terre de la ferme familiale. Le père de Claire quitte l'école à 14 ans et s'engage très jeune. Il devient président de syndicat et de la chambre d'agriculture, charismatique, brillant il transmet à sa fille cette soif de réussir, de s'élever avec le sens du travail et du pouvoir au sens noble du terme. De sa maman, Claire confie qu'elle aussi avait des rêves de sports et d'art, rêves également contrariés mais aujourd'hui à 72 ans, elle pratique avec bonheur peinture chant et théâtre et est engagée dans la campagne municipale de sa commune.

Reste que de ce terreau aimant mais contraint, Claire n'aura de cesse de "briser le cercle vicieux de la répétition sociale" pour s'élever dans la méritocratie française et prendre sa place aux côtés de ceux qui y sont naturellement amenés comme pour jeter un pont entre ces deux mondes. Elle se décrit d'ailleurs comme faisant partie de ces "transclasses" qui eux aussi ont défié cette prédestination. Claire devient RH, spécialiste en ressources humaines et gravit avec une belle régularité les échelons de la réussité sociale et matérielle. Mais à mesure qu'elle réussit, sa quête de reconnaissance diminue alors même que sa quête de sens et d'éthique ne fait que croître. "Le temps d'apprendre à vivre, il est trop tard" nous dit Aragon. Claire décide de quitter le navire, reprend des études de philo et devient coach. C'est la voie qui lui permet de concilier son expertise et ses aspirations. Elle crée Terre de Sens et accompagne ses clients vers la réalisation de leur vocation dans leurs valeurs.

 

Les déclics des uns et des autres

Dans son livre, pour éclairer son propos, Claire raconte les parcours et déclics des uns et des autres avec une leçon, parfois c'est un petit geste du quotidien qui enclenche une grande révolution. Il y a Boris, ingénieur et directeur d'une compagnie de danse et enseignant de Yoga. Laurence, cadre dirigeante dans un grand groupe à Paris, décide de sortir de la roue "the rat race " pour revenir sur sa terre natale en Creuse et devenir chef d'entrprise. Cyril, architecte en région parisienne tape trois mots sur internet : architecture écologique et Grenoble et se fait embaucher par l'agence de ses rêves tout en pratiquant la musique. Hélène, cadre dirigeante qui en regardant sa poubelle de salle de bains remplie de coton démaquillant a le déclic et s'engage dans une démarche zéro déchets en embarquant sa famille. 

 

Les leçons du confinement selon Claire

De cette période extraordinaire, Claire nous enjoint à tirer les enseignements avec une question toute simple : "Qu'est ce qui vous a manqué pendant cette période et qu'est ce que vous avez savouré le lundi 11 mai 2020 ?"

Elle nous suggère de nous remémorer ces instants avec ce que nous avons ressenti comme autant d'indices précieux pointant vers notre fameuse boussole éthique.

Il semble que pour beaucoup le contact avec la nature ne soit révélé, confirmé, comme en témoigne cet afflux de demandes de logements à la campagne, avec un balcon, un jardin, un bout de vert. Claire évoque dans son livre le concept de "perte de nature" un syndrome récemment identifié, emblématique de nos sociétés d'abondance matérielle.

 

Trois choses importantes pour vivre aligné 

Tout au long du livre, des questions interpellent le lecteur comme de petits excercices prise de conscience.

Pour Claire ces trois choses sont :du temps pour penser se cultiver, la proximité avec la nature et un travail qui concilie ses valeurs : honnêteté, intégrité, liberté.

 

Les séries et les films sur l'écran de notre imaginaire

Parmi les astuces qui jalonnent les pages du livre, celle de se replonger dans ses séries ou films préférés.Vous avez adoré the Crown ou Harry Potter ? Voilà donc un nouvel indice pour débusquer ce qui vous fait vibrer.

 

Pourquoi faut-il-se secouer ?

Pour être libre et "pionnier de sa vie", Claire enjoint gentiment mais fermement son lecteur à ouvrir les yeux avec lucidité et vigilance et lutter contre la tentation de rester couché, attention dit-elle au piège du confort. Qu'il est bon de pratiquer la politique de l'autruche, de l'évitement et de poursuivre notre ronron plaintif mais confortable de toujours. A quoi bon, nous serine notre saboteur interne ?

Hors c'est en sortant de notre zone de confort, en acceptant de faire un pas de côté qu'on commence à accepter à assumer sa singularité. La zone d'inconfort nous fait plus évoluer que la zone de confort. "Celui qui déplace la montagne, c'est celui qui commence à enlever les petites pierres." Il n'y a pas de baguette magique, contrairement à ce que certains voudraient vous faire croire, c'est un lent travail qui met à bas la dictature de la satisfaction immédiate. Notre société favorise l'évitement de la difficulté et la recherche de facilité : tout, tout de suite au moindre effort. L'acceptation des difficultés et de potentiels échecs est une condition "sine qua non" d'une vie riche de sens pour s'engager, dire oui à sa boussole éthique et sortir de la caverne des illusions.

Un discours fluide appuyé sans pédanterie tout au long des pages par les grandes voix des sages philosophes fréquentés par Claire et au final plein d'espoir pour petit à petit changer de cap vers un horizon plus vivant et libre.

 

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