Vaccin Janssen : "plus de bénéfice que de risque", selon les pharmocologues qui surveillent ses effets indésirables

La semaine dernière en France, seulement 39 000 vaccinations Janssen. Contre 250 000 pour Astra Zeneca, et 2 millions pour Pfizer. Les experts du centre de pharmacovigilance du CHU de Grenoble recommandent pourtant ce nouveau vaccin. 

Les centres de pharmacovigilance des CHU de Grenoble et de Lyon ont été choisis par l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) pour surveiller, sur tout le territoire, les effets indésirables du vaccin Janssen produit par la firme américaine Johnson and Johnson.

Depuis le début de la vaccination en France ce 26 avril, comme pour tout nouveau médicament, les premiers cas remontent jusqu'aux 31 centres de pharmacovigilance français.

Mais, à ce jour, le 5 mai 2021, selon les experts pharmacologues, tous les effets indésirables sont "attendus", c'est-à-dire correspondent à des effets éventuels prévus, et donc mentionnés dans la notice du vaccin, une notice semblable à celle que vous consultez quand vous devez prendre n'importe quel médicament.   

"Aucun des effets indésirables signalés ne constituent actuellement de signal d'alerte" affirme Jean-Luc Cracowski, le responsable du centre grenoblois. Les centres de pharmacovigilance jouent en effet le rôle de sonnette d'alarme auprès des autorités de santé françaises (ANSM) quand ils détectent des effets inattendus, ou même des effets attendus plus fréquents que la normale. 

 

Le Professeur Jean-Luc Cracowski préside la conférence au cours de laquelle les pharmacologues grenoblois débattent des cas d'effets indésirables
Le Professeur Jean-Luc Cracowski préside la conférence au cours de laquelle les pharmacologues grenoblois débattent des cas d'effets indésirables

 

Des bénéfices importants pour un risque faible

 

Jean-Luc Cracowski, médecin-pharmacologue, dirige le centre de pharmacovigilance grenoblois et le groupe de travail national "Médicaments et Covid" de la Société Française de Pharmacologie.

Pour cet expert, "les bénéfices du vaccin Janssen sont très importants, en balance avec un risque très faible".

Mais comment faire passer ce message quand la population se méfie ?

 

1 cas de thrombose pour 1 million de doses

 

Le 13 avril dernier, le lendemain même du jour où la France recevait ses premières doses de Janssen, les autorités américaines recommandaient de faire une "pause". Afin d'enquêter sur l'apparition de cas graves de caillots sanguins chez plusieurs personnes vaccinées, ces fameuses thromboses qui avaient déjà déclenché une sorte de psychose en France vis-à-vis du vaccin Astra Zeneca.

Le début de la vaccination Janssen dans notre pays n'a donc pas démarré sous les meilleurs auspices. D'ailleurs les candidats au nouveau vaccin ne semblent pas se bousculer en pharmacie.

Face à cette défiance, le Professeur Cracowski objecte la vérité scientifique : "suite à l'alerte aux Etats-Unis, la commercialisation du vaccin Janssen a été suspendue très temporairement, le temps que les autorités analysent les cas de thrombose. Ceux qui ont été décrits sont plutôt survenus chez des femmes jeunes, qui ne sont pas la cible du vaccin en France".

"Pour la population cible dans notre pays, nous connaissons maintenant les chiffres très précisément : c'est 1 cas pour 1 million de doses, dans la population d'hommes et de femmes âgés de plus de 55 ans. C'est extrêmement faible". 

Et l'expert d'ajouter : "les effets indésirables alertent toujours le grand public, et c'est bien normal. Le tout, c'est d'avoir les chiffres précis de bénéfice attendu par rapport au risque encouru, comme pour tout médicament".

 

 

Un vaccin plus efficace contre les formes les plus graves

 

A en croire les études aujourd'hui disponibles, le vaccin Janssen serait au moins aussi puissant que les fameux vaccins ARN de nouvelle génération, Pfizer et Moderna, les plus prisés jusqu'à présent par la population française. 

Et ce nouveau vaccin américain serait même plus efficace sur les formes les plus graves. "Ce vaccin est efficace à 70% dans la prévention des formes modérées à sévères", explique le Professeur Cracowski. 

"C'est celui sur lequel on a le plus de données concernant les formes sévères. Son efficacité est encore plus importante sur les formes nécessitant l'hospitalisation. Et ce qu'on attend du vaccin, c'est justement de prévenir l'hospitalisation, les soins intensifs, la mort."

 

Un vaccin efficace sur le variant sud-africain

 

"Ce vaccin fonctionne très bien contre le variant anglais, mais il est aussi efficace sur le variant sud-africain, qui nous inquiète potentiellement. Le vaccin Janssen a été testé en Afrique du Sud, sur les populations locales infectées par ce variant, et il fonctionne aussi bien que sur les variants normaux" nous apprend le médecin-pharmacologue grenoblois.

Actuellement, le variant sud-africain est en effet le plus répandu des variants "exotiques" sur notre territoire, comme en témoigne les tableaux de Santé Publique France. Pour comprendre ces tableaux, sachez que le variant sud-africain est numéroté 501Y.V2, le variant britannique est 501Y. V1, le brésilien 501Y.V3, et l'indien B.1.617.

 

© JERRY LAMPEN / ANP / AFP

 

Une seule injection

 

L'autre bénéfice non négligeable du vaccin Janssen, c'est qu'avec lui, une seule dose suffit. "Sans rappel, ce vaccin permet d'être protégé assez rapidement, dans la quinzaine de jours suivant l'injection" commente le Professeur Cracowski. "En cette période de circulation virale élevée, ce délai court est un bénéfice important".

"Comme Astra Zeneca, l'autre vaccin Adenovirus, le Janssen a été testé en une ou deux doses. Mais Astra Zeneca ne produisait pas suffisamment d'anticorps, contrairement à Janssen. L'injection unique a donc été adoptée après expérimentation, comme c'est le cas dans toute démarche scientifique, où l'on teste de façon répétée plusieurs hypothèses".

 

Le Danemark n'est pourtant pas d'accord

 

Malgré tous ces bénéfices, le Danemark abandonnait ce 3 mai le vaccin Janssen. Notamment à cause du risque, même faible, de thromboses. Mais, pour le médecin-pharmacologue grenoblois, cette décision est avant tout politique. 

"C'est un choix qui s'explique par une mortalité nettement moindre que la nôtre. Le Danemark a la chance d'avoir le choix, contrairement à nous. Les deux situations sont difficilement comparables : un à deux décès par jour au Danemark , contre près de 300 par jour chez nous".

"En France, chaque semaine de retard dans la vaccination nous expose à augmenter la mortalité. Aujourd'hui, dans notre pays, où la circulation virale est encore très élevée, chaque français devrait se faire vacciner le plus tôt possible, avec le premier vaccin disponible là où il se trouve" conclut Jean-Luc Cracowski. 

 

Pour trouver les réponses scientifiques à toutes les questions que vous pouvez vous poser au sujet de Janssen, et de tous les autres vaccins, voici une ressource particulièrement informative : la page FAQ Vaccins Covid-19 de la Société Française de Pharmacologie. 

 

Notre reportage réalisé ce lundi 3 mai 2021 au Centre de pharmacovigilance du CHU de Grenoble

Vaccin Janssen : "plus de bénéfices que de risques", selon les pharmocologues qui surveillent ses effets indésirables

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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