Isère. Gel des salaires à STMicroelectronics : "nos dirigeants continuent de s'en mettre plein les poches"

Les syndicats du site de production de STMicroelectronics basé à Crolles (Isère) ont appelé, ce mardi 24 novembre 2020, la direction du fabricant de semi-conducteurs à revenir sur sa décision de geler les salaires "sous couvert du Covid".
 
La CGT, la CFDT et le Collectif autonome et démocratique (CAD) reprochent à la direction de STMicroelectronics d'avoir acté le gel des salaires le 28 octobre, lors de la négociation annuelle sur les rémunérations, "sans aucune autre explication que le Covid".

Les organisations syndicales, qui appellent régulièrement à des arrêts de travail sur le site de production de Crolles depuis le début novembre, pointent une décision "sans aucune logique", alors que le groupe franco-italien "réalise une année record" en dépit de la pandémie. Selon elles, 500 des 4.200 salariés du site isérois, situé près de Grenoble, ont pris part aux différents "débrayages spontanés" menés depuis la décision de la direction. "Compte-tenu de la bonne santé de la société, les salariés ne comprennent pas cette décision et ne se sentent pas respectés", explique Alban Germain, délégué syndical au CAD.

"un milliard de bénéfices"

Le responsable syndical, qui fait état de pressions sur les grévistes et rappelle la saisie de l'inspection du travail, souligne que "240 millions de dollars ont été reversés aux actionnaires et aux hauts dirigeants" de STMicroelectronics au titre de l'année 2019. Il souligne qu'une "hausse de 5% des objectifs mensuels", permettant au site de Crolles d'atteindre une production de 235.000 plaques (de composants) par jour, est prévue en février. "L'année 2020 est excellente, avec plus de 10 milliards de chiffre d'affaires et un milliard de bénéfices. Puisque nos dirigeants continuent de s'en mettre plein les poches, il doit y avoir une redistribution", estime M. Germain.
L'intersyndicale, qui a exposé ses griefs à la direction du site jeudi, doit la rencontrer à nouveau ce mercredi avant deux nouvelles journées de grève prévues jeudi et vendredi.

Un "supplément d'intéressement" prévu par la direction

De son côté, la direction du groupe indique que le mouvement "a été suivi par environ 8% salariés du site en cumulé" depuis son amorce il y a trois semaines. Elle rappelle que dans un contexte nécessitant "un contrôle étroit des coûts et des dépenses", l'entreprise a appliqué en France, de "mars à mai 2020", un "supplément d'intéressement et des mesures financières liées au maintien de la production pendant le confinement" pour "reconnaître les efforts et l'engagement des salariés". En France, ST débloquera également début 2021, "sous réserve de la signature d'un accord collectif", "un supplément d'intéressement" de 350 euros par salarié "au titre de l'année 2020".

Fin octobre, le fabricant de semi-conducteurs a annoncé avoir réalisé un bénéfice net de 242 millions de dollars au troisième trimestre, en repli de près de 20%. Il a toutefois vu son chiffre d'affaires progresser de 4,4% sur ce même trimestre, un chiffre supérieur à ses anticipations.
 
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