Isère : Isabelle veut choisir sa mort comme elle a choisi sa vie

© France 3 Alpes
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En octobre dernier, Isabelle s'est fait saisir les deux flacons de pentobarbital qu'elle avait acheté illégalement en ligne. Ce produit, l'iséroise de 73 ans se l'était procuré pour se donner la mort quand elle le souhaitait, pour mourir dignement et sans souffrance. 

Par FC avec Jean-Christophe Pin

"Je ne veux pas mourir n'importe comment au fond d'un lit en ne pouvant plus parler, en montrant une image de moi épouvantable et en souffrant. C'est un combat pour une liberté joyeuse". Le 15 octobre 2019, à 6 heures du matin, deux gendarmes sonnent chez Isabelle, iséroise de 73 ans. Ils viennent la perquisitionner pour saisir du pentobarbital, un produit incolore et illégal en France.

Au cours des sept heures d'audition, Isabelle a expliqué aux gendarmes qu'elle avait acheté sur internet une dose mortelle pour 650 euros. Elle gardait ces deux flacons précieusement dans une boîte pour que, le jour où elle aurait envie d'en finir avec la vie, elle puisse choisir de le faire. 

"Choisir l'image qu'on souhaite laisser de nous-même"

A 73 ans, Isabelle c'est la bonne humeur incarnée malgré la mort récente de certains de ses proches. La mort, elle y réfléchit depuis longtemps. Elle en a parlé avec ses enfants et leur a même écrit une lettre à ce sujet. 

Peut-on imaginer notre mort en accord avec l'image qu'on a de nous-même, en accord également avec l'image qu'on souhaite laisser de nous-même ? Au moment où je pose cette question, je suis en bonne santé, de bonne humeur, etc. C'est un peu l'image que mes proches ont de moi,
- Isabelle, iséroise de 73 ans 

Isabelle veut choisir sa mort, sans dépendre des médecins. Ses propres parents avaient adhéré à l'ADMD. Institutrice, syndicaliste, elle s'est toujours battu pour des causes qu'elle jugeait légitimes, comme pour l'avortement par exemple. Elle ne veut pas faire de prosélytisme, sa décision est personnelle, intime. Mais, avec l'association Ultime Liberté, dont elle fait partie, elle souhaite aussi que le débat s'ouvre, que la loi évolue en France.

103 perquisitions 

Le pentobarbital est un produit interdit en France depuis 1996 pour la médecine humaine mais comme Isabelle, une centaine de personnes se sont procuré ce produit et comme elle, ont été perquisitionnées le 15 octobre 2019 au petit matin. L'opération a mobilisé simultanément 18 régions de Gendarmerie et 300 officiers de police judiciaire. En  tout, les enquêteurs ont saisi 130 flacons en France.  

C'est en juillet 2019 que les autorités américaines avait alerté l' Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp). En effet, des français faisait partie d'une liste de destinatires de colis pouvant contenir ce produit. Les recherches menées par l'OCLAESP avaient alors permis de localiser 125 destinataires directs en France.

 

En octobre dernier, Isabelle s'est fait saisir les deux flacons de pentobarbital qu'elle possédait illégalement




 

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