Mort de Gisèle Halimi : "C'est une femme qui a vu très loin avant beaucoup de monde", estime le sénateur André Vallini

Gisèle Halimi, figure du féminisme et ancienne députée de l'Isère, est morte mardi à l'âge de 93 ans. Le sénateur André Vallini, qui fut son attaché parlementaire, salue la mémoire d'une femme "qui a vu très loin avant beaucoup de monde".

L'avocate Gisèle Halimi, présidente du mouvement "Choisir", lors d'un débat le 6 mars 1978 au Havre.
L'avocate Gisèle Halimi, présidente du mouvement "Choisir", lors d'un débat le 6 mars 1978 au Havre. © MYCHELE DANIAU / AFP
Une femme "remarquable, courageuse, combative, très intelligente, brillante". André Vallini, sénateur PS de l'Isère, ne tarit pas d'éloges lorsqu'il parle de Gisèle Halimi dont il fut l'attaché parlementaire. L'avocate, qui a consacré sa vie à la cause des femmes et au droit à l'avortement, s'est éteinte mardi 28 juillet à l'âge de 93 ans. Trois années durant, elle fut la députée de la quatrième circonscription de l'Isère.

C'est à ce moment, en 1981, qu'André Vallini fait ses premiers pas en politique à ses côtés. "Je lui dois beaucoup parce qu'elle m'a appris non seulement beaucoup de choses sur le plan politique, notamment dans le domaine du féminisme ; mais aussi sur le plan intellectuel, sur le plan culturel, c'était une femme d'une immense culture", se souvient-il. Le sénateur, également conseiller départemental de l'Isère, évoque une "pionnière", "précurseure du combat des femmes".

Gisèle Halimi était surtout une parlementaire intransigeante. "C'est une femme qui m'a beaucoup marqué, dont j'ai eu la chance d'être le collaborateur. Je dis la chance aujourd'hui, même si à l'époque je trouvais qu'elle était très exigeante, ajoute M. Vallini. Mais aujourd'hui, je la remercie d'avoir été aussi exigeante jusqu'à l'orthographe sur laquelle elle ne tolérait pas la moindre erreur."
 
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Mort de Gisèle Halimi : "C'est une femme qui a vu très loin avant beaucoup de monde", salue le sénateur André Vallini

Issue d'une famille modeste, l'avocate se fait notamment connaître lors du procès emblématique de Bobigny, en 1972, où elle défend une mineure jugée pour avoir avorté à la suite d'un viol. Elle obtient la relaxe de la jeune femme et parvient à mobiliser l'opinion, ouvrant la voie à la dépénalisation de l'avortement, début 1975, avec la loi Veil. Elle deviendra la fondatrice de l'association pour le droit à l'avortement "Choisir la cause des femmes", un combat qu'elle poursuivra dans l'hémicycle après son entrée en politique.

 

"Elle m'a convaincu de la nécessité du combat féministe"


"C'est une femme qui a vu très loin avant beaucoup de monde et qui a mené des combats très difficiles, très courageux", poursuit André Vallini. Dès son arrivée à l'Assemblée nationale, la députée a milité pour le remboursement de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), un texte finalement voté en 1982. Ses débuts dans la circonscription iséroise ont toutefois été tumultueux. "Mme Gisèle Halimi semble avoir surmonté deux obstacles difficiles qui rendaient au départ son combat incertain : être femme et militante féministe", peut-on lire dans les archives du Monde.
 
Dans une longue interview accordée au journal en septembre 2019, la nonagénaire s'étonnait encore que "les injustices faites aux femmes ne suscitent pas une révolte générale". Un engagement qui a touché André Vallini. "Elle m'a convaincu de la nécessité du combat féministe. Jusque-là, j'étais de gauche et je considérais qu'être de gauche suffisait à être féministe. Elle m'a fait comprendre la singularité du combat féministe et l'importance qu'il y avait et qu'il y a toujours à se battre pour le féminisme, au-delà du combat droite gauche. Le féminisme est un combat qui transcende les clivages politiques", estime-t-il aujourd'hui.

La mort de Gisèle Halimi a suscité une pluie d'hommages au sein de la classe politique. "Pour Gisèle Halimi, le féminisme était un humanisme. La France perd une républicaine passionnée qui, comme avocate, militante et élue, fut une grande combattante de l'émancipation des femmes", a salué sur Twitter le président Emmanuel Macron. Eric Piolle, maire de Grenoble, lui a également rendu hommage : "De l'indépendance des peuples à l'émancipation des femmes, #GiseleHalimi incarne cette énergie fondatrice de la République: dans la rue, dans les prétoires jusqu'au parlement, partout, la liberté n'est pas un cadeau qu'on nous offre. La liberté est une conquête que l'on gagne".
 
 
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