"On passe pour des pestiférés" : dans les stations de ski, la fermeture des boîtes de nuit passe très mal

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Écrit par Antoine Belhassen
Illustration. Les boîtes de nuit seront fermées à partir du vendredi 10 décembre pour une durée de quatre semaines.
Illustration. Les boîtes de nuit seront fermées à partir du vendredi 10 décembre pour une durée de quatre semaines. © Rémy Perrin/MaxPPP

Face à la 5e vague du Covid-19, le gouvernement a annoncé, lundi 6 décembre, la fermeture des discothèques à partir de ce vendredi et pour une durée de quatre semaines. Dans les stations de ski, les gérants ne comprennent pas la décision à l'approche des vacances de Noël.

Ce lundi 6 décembre au soir, Yves Cauquil était serein, bien loin d'imaginer les dernières annonces du gouvernement pour faire face à la cinquième vague du Covid-19. "Ils ne parlaient pas de couvre-feu et rien ne laissait entendre qu'ils allaient fermer les bars ou les autres lieux de festivité. Je n'ai même pas regardé les annonces, ce sont des amis qui m'ont informé de la désagréable nouvelle", explique le directeur du Rendez-Vous Club, une boîte de nuit prisée du centre de Megève (Haute-Savoie).

Le gérant a donc loupé l'intervention de Jean Castex, ce lundi soir. "Nous fermerons les discothèques pendant les quatre prochaines semaines", a annoncé le Premier ministre parmi d'autres mesures. La décision rentre en vigueur dès ce vendredi 10 décembre "jusqu'à début janvier"Les entreprises concernées seront "accompagnées économiquement", a-t-il également indiqué.

"Je ne m'y attendais pas. Il y a un sentiment de déception, mais aussi d'injustice. Je ne comprends pas que l'on peut penser que fermer 1 200 établissements, ouverts deux nuits par semaine pour la plupart, va aider à sauver la France", réagit Yves Cauquil.

Pas de fermeture pour les bars

Le directeur peine à comprendre que seules les discothèques soient obligées d'afficher porte close : "Je trouve ça injuste et inadapté. Je ne sais pas si c'est un acharnement, mais on a déjà subi les décisions pendant près de deux ans. Depuis le 13 mars 2020, je n'ai ouvert qu'un seul week-end. C'était la semaine dernière."

Il poursuit : "Des bars festifs ont des dérogations de fermeture tardive, ils vont faire exactement le même boulot que nous, avec tout autant de promiscuité entre les clients. Seul le statut préfectoral de l'établissement nous différencie, en quelque sorte. Je ne souhaite pas leur fermeture, je souhaite juste que l'on puisse rester ouvert."

Les saisonniers déjà embauchés

Les vacances de Noël approchent. Après deux années noires, les stations de ski retrouvent des taux de réservation semblables à des années pré-Covid-19. Les touristes et amateurs de glisse sont prêts à retrouver les pistes et les ambiances festives des domaines skiables. Pourtant, les gérants de discothèque ne devraient pas en profiter : un énorme manque à gagner pour eux.

"Les vacances de Noël représentent un peu plus d'un quart de notre chiffre d'affaires sur l'année. Sur la saison, c'est plus d'un tiers", explique Yves Cauquil.

C'est plutôt la condition humaine qui importe.

Yves Cauquil, patron du Rendez-Vous Club, à Megève.

Moins d'une semaine avant les annonces, il avait déjà trouvé l'ensemble de ses saisonniers : "Je viens d'embaucher une dizaine de personnes. Je les ai prises mercredi. Ces jeunes viennent de se louer des appartements en station, qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ils vont toucher un chômage partiel ? Est-ce que ça va être suffisant pour vivre à Megève, en période touristique ? Je ne pense pas. L'annonce des aides économiques, on s'en fout un petit peu, c'est plutôt la condition humaine qui importe."

D'autres solutions envisageables ?

"J'ai un employé qui est arrivé du Mexique. Je lui dis quoi ? Je ne sais même pas si je pourrai l'embaucher pour l'indemniser…", raconte Stéphane Birault, gérant de l'Amnesia Club à Chamonix. Situé à quelques pas du téléphérique de l'Aiguille du Midi, son établissement devait aussi faire le plein pendant les vacances de Noël : "On devait être ouvert tous les jours de la semaine et accueillir près de 600 personnes par jour."

On ferme pour calmer les foules et inciter les jeunes à se faire vacciner.

Stéphane Birault, gérant de l'Amnesia Club, à Chamonix.

"Je vais perdre au moins 20 % de mon chiffre d'affaires sur l'année, mais ça coupe surtout l'énergie", s'attriste le patron des lieux : "C'est une trahison. Il n'y a pas de mot. On passe pour des pestiférés, des boucs émissaires. On ferme pour calmer les foules et inciter les jeunes à se faire vacciner."

Pour lui, d'autres solutions auraient été envisageables : "Avant d'en venir là, on pouvait instaurer des jauges, renforcer le port du masque. Contrairement aux bars, nous avons des systèmes de ventilation. Là, on va juste inciter la population à faire la fête, en cette fin d'année, dans des chalets, des salles privatives, des lieux clos qui ne sont pas soumis au pass sanitaire."

"Des stades, des meetings politiques, des magasins, Leroy Merlin, même des clubs échangistes restent ouverts", regrette-t-il.

Des "victimes expiatoires"

Pour le président du Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs (SNDLL), Patrick Malvaës, les discothèques sont des "victimes expiatoires". "C'est un ostracisme assumé", a-t-il accusé auprès de l'AFP.

"Je ne pense pas que fermer les discothèques le samedi soir, c'est ce qui va endiguer l'épidémie, surtout quand on laisse les bars ouverts", a-t-il déclaré. "C'est n'importe quoi !" Leur fermeture pendant 16 mois n'a pas empêché l'épidémie de prospérer, a-t-il argumenté.

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