Journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie : "Un pas en avant, deux pas en arrière" selon les associations

Ce dimanche 17 mai est la Journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie. Selon les associations LGBT, il reste beaucoup de progrès à faire pour lutter contre la discrimination. La période de confinement n'aurait pas arrangé la situation des jeunes de la communauté. 

© EZEQUIEL BECERRA / AFP
Avec la crise sanitaire due à l'épidémie de Covid19, il n'y aura probablement pas de défilé de la Gay pride cette année. 
Lyon, Grenoble ont déjà fait savoir que la marche des fiertés serait reportée, sans annoncer de nouvelle date à ce jour. 
De quoi décourager les associations LGBT (Lesbiennes, gay, bi et trans), pour qui la marche est toujours le moyen de véhiculer un message sur la condition des personnes LGBT en France.

Le confinement, une période sous tension

En ce début d'année 2020, les craintes ont grandi : avec le confinement, le nombre d'expulsions de jeunes du logement familial aurait augmenté en deux mois, "une quarantaine de jeunes ont été mis à l'abris au niveau national", selon la fondation Le Refuge, "C'est le cas de 3 jeunes à Lyon", précise Vincent Hugues-Hebrard, délégué régional Rhône-Alpes de la fondation. Le contexte de cohabitation peut être un facteur aggravant des rejets chez les familles. 

A Saint-Etienne, dans la Loire, Maxime Périmony, le président de l'association Triangle Rose, estime que "la période de confinement a échauffé les esprits : 2 personnes voulaient porter plainte pour du harcèlement ou des menaces de mort survenues dans le cadre du voisinage". Avant d'ajouter : "il n'y avait rien à faire, alors on est allé regarder la vie des autres"
 
Pour Le Refuge, les deux mois de confinement aurait retardé les demandes de logement et d'emploi. Un dispositif d'écoute a été mis en place avec des bénévoles référents, pour contacter les jeunes chaque jour. Mais aussi assurer une aide alimentaire, une assistance médicale et psychologique. Une présence essentielle pour faire face à un nombre accru de demandes provenant de jeunes de 18-25 ans, en litige avec leur famille pendant le confinement. 

Difficile, en pleine épidémie de Covid19, de travailler efficacement sur le terrain. Alors les associations sont restées très actives sur les réseaux sociaux ou toujours joignables sur les numéros d'urgence. 

"Les insultes doivent aussi être prises au sérieux"

Julien, lyonnais de 26 ans, a été pris en charge par Le Refuge en octobre dernier. Il avoue se sentir "très bien", dans son nouvel appartement, dont les travaux l'ont bien occupé durant le confinement. L'an dernier, il a été victime d'un "caillassage" : "on m'a jeté des cailloux, mais ça restait gentil, par rapport à ce qui peut se passer à Lyon", confie-t-il. Mais il avoue ne pas avoir peur, "je mène ma petite vie comme je l'entends" poursuit-il. 

Un jet de pierres, une agression marquante. Mais Julien estime que les agressions ne sont pas le seuls faits à prendre en compte : "il faudrait prendre les choses plus au sérieux : même les insultes sont graves. Ce qui me choque et m'énerve, c'est que des insultes envers les gays, c'est jugé comme bénin. Alors que c'est aussi grave qu'une insulte raciste"

Insultes, gestes, regards,... ces petits faits du quotidien, c'est aussi ce que dénonce Maxime Périmony de l'association stéphanoise Triangle Rose : "En France, les tensions soulevées avec le mariage pour tous ou la loi pour l'adoption, ont exacerbé des franges de la population plus vindicatives". Selon lui, des voix se lèvent depuis 2013. Il pointe également certaines dérives : "A Saint-Etienne, nous savons que des cellules d'accueil sont organisées dans le domaine religieux, des sortes de thérapies de conversion. Mais on fait passer cela pour de la psychiatrie"

De rares avancées

"En France, c'est un pas en avant, deux pas en arrière" affirme le président de Triangle Rose, en parlant des progrès sur la condition des LGBT dans le pays. Des progrès "rares" selon lui, évoquant l'apparition de phénomènes religieux, politiques, l'homophobie très présente dans le milieu sportif, une justice lente, une police qui ne prendrait pas les faits au sérieux. Des litiges de plus en plus nombreux aussi dans le domaine professionnel, familial ou encore amical. "Ca part d'une petite plaisanterie, mais ça peut cacher quelque chose de haineux". "Rien, absolument rien ne change", ajoute de son côté, Vincent Hugues-Hebrard.

"Au niveau international, poursuit Maxime Périmony, au lendemain de la Journée mondiale, on va voir Viktor Orban, en Hongrie, faire voter une loi pour mettre fin à la reconnaissance des personnes trans, lundi 18 mai. Incroyable". 

Des propos que tient à contraster Maxime Larcher. Pour le codélégué de SOS homophobie à Lyon c'est plutôt "deux pas en avant, un pas en arrière". Il estime qu'une reconnaissance de la situation des LGBT se fait de plus en plus auprès de la société, que la parole se libère et qu'il est désormais plus simple de vivre sa vie amoureuse. "Il y a encore beaucoup de difficultés, mais on avance quand même, concède-t-il. Mais en contrepartie, il y a des personnes refractaires au mouvement qui deviennent plus tendues et plus violentes physiquement, avec une multipilication des actes LGBTphobes". Son association aussi, accueille, soutient, assiste juridiquement, milite et intervient auprès des scolaires. 

Plus de pédagogie dans les écoles 

Julien avance un manque d'évolution des moeurs, de sensibilisation à l'école. "Aujourd'hui, il n'y a pas plus de progrès que ça... Il faut l'enseigner : c'est normal en 2020 de voir des couples unisexes dans les rues, des personnes avec des styles vestimentaires différents. Il faut l'accepter"

De la pédagogie, c'est ce que prône les associations Triangle Rose et Le Refuge. L'entité stéphanoise intervient de façon régulière auprès des scolaires dans la Loire. "On constate une notion de sexisme, qui est liée à l'homophobie, la transphobie. Le but est de sensibiliser sur la question de genre, de prévenir le harcèlement, les cas de violences que l'on déplore malheureusement au sein des établissements"
Le taux de suicide serait en hausse chez les jeunes LGBT. "Il y a 3 à 4 fois plus de risques de se suicider dans sa jeunesse en étant LGBT qu'en étant hétéro" soutient Maxime Périmony. L'ère des réseaux sociaux et leurs dérives auraient occasionné davantage de dégâts au sein de la communauté. 

A Lyon, Le Refuge a obtenu un cinquième appartement pour accueillir les jeunes en détresse. L'association s'établie progressivement à Saint-Etienne. 
Dans la Loire, Triangle Rose a ouvert son local dans le centre ville de Saint-Etienne, depuis 4 jours. 

 
Informations et contacts :
Triangle Rose - Saint-Etienne 
assotrianglerose42@gmail.com

Le Refuge - Lyon, Grenoble, Saint-Etienne
N° d'urgence : 0631596950
7/7 24/24

SOS homophobie 
ligne d'écoute : 0148064241

Centre LGBTi+ Lyon 
0805 030 450

Une table ronde sera organisée lundi 18 mai, à 18h, en direct sur Facebook et en partenariat avec SOS homophobies et France Tv sur le thème "LGBTIphobies : en 2020, toujours pas de répit". 
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