Loire : un explorateur stéphanois vient de passer 40 jours dans une grotte

Le ligérien Martin Saumet a participé à l’opération scientifique Deep Time : pendant 40 jours il a, avec d’autres volontaires, expérimenté la vie confinée dans une grotte. L’expérience vient de se terminer et le jeune homme est de retour à Saint-Etienne.   

Les explorateurs sont sortis samedi 24 avril de la grotte de Lombrives en Ariège
Les explorateurs sont sortis samedi 24 avril de la grotte de Lombrives en Ariège © Human Adaptation Institute

C’est à deux pas des anciennes galeries du puits Couriot à Saint-Etienne que Martin Sommet a rencontré nos équipes pour témoigner de son odyssée. Y’aurait-il chez ce jeune médiateur scientifique une irrépressible attraction pour les sous-sols en tout genre de notre planète ? Avec 13 autres explorateurs, Martin est resté plongé 40 jours dans la grotte de Lombrives en Ariège. Une expédition scientifique hors norme qui a pris fin le 24 avril. Retour à la surface donc mais aussi à la lumière du jour pour Martin. Lunettes de soleil sur le nez, il doit encore protéger ses rétines de la lueur du ciel stéphanois :

«Je crois que je ne pouvais pas espérer un meilleur temps pour rentrer à la maison… mais quand je suis dehors sous un soleil de plomb comme ça je n’ai pas le choix, je suis obligé d’avoir des lunettes très opaques pour protéger mes rétines parce qu’après 40 jours sous terre, forcement j’ai les yeux qui sont plus sensibles que d’habitude à la lumière »

Le trentenaire travaille à la Rotonde à Saint-Etienne. Dans ce centre de culture scientifique il vulgarise, transmet les expériences des autres. Quand le projet Deep Time a été initié, il s’est spontanément porté candidat pour devenir à son tour acteur d’une exploration. En période de confinement, quitte à être coincé entre 4 murs autant que ce soit entre ceux de la plus grande grotte d’Europe :

J’avais envie de vivre une aventure humaine extraordinaire. Il y a eu peu d’expériences de ce type. Des gens l’avaient déjà fait en solo… Le but du jeu, c’était d’étudier l’adaptation humaine et les réactions d’un groupe qui vit dans un milieu avec une totale absence de repères temporels. On aurait pu faire ça dans un bunker mais dans une grotte il y a la beauté du lieu et l’émerveillement qu’on ne retrouve pas dans un bunker.

Voyage au centre de la terre

A 400 mètres sous terre, débarrassé de sa montre et de tout objet le ramenant à une temporalité bien terrienne, Martin a vécu hors du temps ou plutôt dans un autre temps : le sien. Son rythme biologique a mené la danse. Il a noté les moments auxquels il mangeait, se réveillait et se couchait sur un téléphone déconnecté. Pas de wifi dans les abysses Pyrénéennes !

«Ce qui était un peu compliqué au départ c’était de se synchroniser entre nous. Très vite, on a eu une désynchronisation au niveau de nos rythmes. On ne se levait pas tous à la même heure, on n’avait pas de réveil et assez rapidement on s’est synchronisé grâce à la préparation des repas par exemple.»

Equipé d’une frontale, dans cet espace-temps pour le moins humide (100% de taux d’humidité), Martin a cohabité avec d’autres aventuriers. L’enjeu de cette expérience, au-delà d’appréhender la désorientation, la conception et la gestion du temps, résidait dans l’étude du fonctionnement du groupe. Pas si simple de se retrouver privé d’horloge et dans l’obscurité pendant 40 jours avec 13 autres personnes :

«Quand je suis descendu, j’avais une petite appréhension sur notre capacité à vivre en groupe et là, ça c’est très bien passé. On a pris soin les uns des autres. Il y avait beaucoup de communication et grâce à cela on a pu traverser une épreuve que peu d’entre nous auraient pu surmonter seuls.»

Des scientifiques vont désormais analyser les données recueillies pendant cette quarantaine souterraine. Reste à Martin le souvenir encore frais et émerveillé d’un voyage exceptionnel au centre de la terre :

«On avait l’impression d’être sur une autre planète, c’était d’une beauté phénoménale… On ne se rend pas compte qu’on n’a pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour faire de l’exploration. Sous nos pieds, on a des territoires entiers qui sont inexplorés»

Si l’aventure est au bout de la rue, elle devient aussi de nos jours au fond de la grotte !

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