En une fraction de seconde il a compris qu'il se retrouvait dans un guet-apens et a réussi à échapper à l'attaque de son fourgon blindé. Yves Crépiat, convoyeur de fonds, raconte pour la première fois cette folle matinée du 25 septembre 2017, à l'occasion du procès des braqueurs présumés qui l'ont attaqué.
C'est la première fois qu'il s'exprime depuis l'automne 2017. L'occasion de partager sa version des faits à la veille du procès des auteurs présumés de l'attaque spectaculaire de son fourgon blindé devant la cour d'assise du Rhône.
5 ans après l'attaque de la Caisse d'épargne de Saint Chamond par une équipe de braqueurs très expérimentés, Yves Crépiat se souvient de nombreux détails très précis.
"De suite j'ai crié braquage!"
"J'étais en train de reculer le long de la façade de la caisse d'épargne. Au début j'ai cru que le conducteur devant moi faisait un malaise. Mais quand on a vu les gens courir avec les cagoules, les gilets pare-balle, les kalachnikovs"... Son visage lorsqu'il raconte cet instant précis permet d'imaginer l'extrême urgence dans laquelle il s'est trouvé. L'ancien convoyeur ravale sa salive et accompagne le récit d'un geste de claquement de mains: "De suite j'ai crié braquage! On se fait braquer! "
Puis il poursuit son récit digne d'un scénario de cinéma, pourtant bien réel. Ils sont arrivés ensemble. Un véhicule a percuté à l'avant, l'autre derrière qui me bloque, il fait nuit, c'est vraiment opaque comme ambiance. J'arrive à reculer un tout petit peu... Je fait un peu d'angle, je pousse le véhicule sur le côté droit de mon blindé jusqu'à la poste de l'autre côté de la route."
"Là il y avait un véhicule sur le rond point avec une kalachnikov et lui, il nous a tiré dessus quand on était devant lui. On a traversé tout Saint Chamond je savais pas où j'allais j'étais en pilote automatique c'est un truc de fou."
Le pied enfoncé sur l'accélérateur, guidé par ses 2 collègues, il parvient à se mettre en sécurité dans l'enceinte du commissariat de Saint-Chamond.
L'acte de bravoure qui lui a valu une médaille du ministre de l'Intérieur le plonge aussi dans la dépression, un syndrome de choc post -traumatique pour lequel il est toujours traité. Selon le certificat médical dont il dispose son état a a "nécessité la prescription d'une chimiothérapie antidépressive". Il souffre "d'un sentiment permanent d'insécurité, une difficulté à gérer le relationnel et une grande vulnérabilité au stress."
"Une tentative de meurtre en bande organisée"
Aujourd'hui l'ex convoyeur vit seul, oublié de sa société de transport de fonds, divorcé. Une vie explosée dont il veut témoigner à l'audience.
Le lendemain vous vous réveillez et vous avez mal de partout et surtout vous faites une grosse dépression, mais alors grosse dépression pendant plus d'un an. Vous dormez pas, quand vous fermez les yeux vous vous imaginez en train de bruler dans le blindé... Depuis cinq ans c'est une horreur!"
"Il y avait mille scénarios où on aurait pu mourir, c'était une tentative de meurtre en bande organisée qu'on a subie. C'est pas parce que le blindé est resté intact, que les hommes n'ont rien eu et que les fonds ont été sauvés qu'il faut banaliser ce qu'il s'est passé."
A bientôt 60 ans, Yves Crépiat n'a pas repris d'activité professionnelle depuis l'attaque. Toujours suivi par un psychiatre, il dit avoir abordé le moment clé que représente ce procès et "espère un déclic pour passer à autre chose".