Le cimetière des Carmes de Clermont-Ferrand a plus de 200 ans ! Avec une superficie de onze hectares, soit l’équivalent de la surface de 15 terrains de football, c'est la plus grande nécropole de la ville. Un lieu de recueillement dans un triste état... mais la gestion d'un tel cimetière n'est pas aussi simple qu'il y paraît.

Propriété privée défense d’entrer !

Bicentenaire du cimetière des Carmes
Le cimetière des Carmes de Clermont-Ferrand fête ses 200 ans cette année…Le plus grand cimetière de la ville regorge de de joyaux de l'art funéraire,… C'est un haut lieu du patrimoine de la région…Nous vous proposons une visite de ce père Lachaise auvergnat. Intervenants : Pirre Piéra, Pascal Piéra et Daniel Lamotte, co-auteurs de « Le cimetière des Carmes à Clermont-Ferrand ». - France 3 Auvergne - Reportage : Virginie Cooke et Sandrine Montero. Montage : Laurent Bortolazzo.


En 1816, face à la petitesse et à l’insalubrité des cimetières de la ville, Antoine Blatin, un adjoint au maire de Clermont-Ferrand, a acquis au nom de la ville l’enclos de l’abbaye des Carmes. Pour y accueillir les inhumations, il l’a fait agrandir à trois reprises.
Deux siècles plus tard, le cimetière des Carmes, le plus vieux et le plus grand cimetière en activité de la ville, est dans un triste état.

Aventurez-vous au cimetière des Carmes, à Montferrand, et vous y verrez des ex-voto à l’attention de nos chers disparus qu’on regrette, qu’on n’oubliera jamais, à qui on n’a pas eu le temps de dire ce qu’on ressentait pour eux…  Mais, en-dehors de ces marques d’amour et de tendresse, ce qui vous frappera par-dessus tout, ce sont les pancartes portant les inscriptions « Cette concession est échue. Veuillez vous adresser à la mairie », et reposant sur les nombreuses tombes abandonnées, voire abîmées.

© R. Custos / France 3 Auvergne
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En fait, la commune ne peut pas intervenir dans les concessions funéraires pour y réparer les tombes abîmées ni même pour faucher les plantes rampantes, parce que les concessions sont privées d'où la nécessité d'informer les familles via ces pancartes qui fleurissent ici ou là dans le cimetière.

Conformément au règlement du cimetière, « le concessionnaire et ses successeurs sont tenus de tenir en bon état de propreté leur emplacement. Le concessionnaire et ses successeurs, ainsi que les personnes ayant un lien de parenté proche avec les personnes inhumées, sont tenues de remettre en état et à leurs frais l’emplacement, dès lors que les travaux effectués consistent à procéder à la réfection de l’existant".



Ces travaux sont soumis à l’autorisation du pôle funéraire de la mairie. Qu’il s’agisse de restauration ou d’un simple nettoyage, les travaux doivent être déclarés au préalable auprès de ce service.

© R. Custos / France 3 Auvergne
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Comment récupérer les concessions funéraires abandonnées ?

© R. Custos / France 3 Auvergne
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Dans les cimetières français, si la commune souhaite procéder à la reprise des concessions « échues » ou « non échues mais en état apparent d’abandon », celles-ci doivent répondre à des critères très précis.
Au commencement, quand les familles achètent leur concession, c’est pour une durée déterminée. A l’échéance, soit les familles renouvellent leur achat et les concessions se perpétuent sur une nouvelle durée ; soit les familles ne renouvellent pas cet achat et ces concessions échues sont récupérées par la commune, deux ans après la date d’échéance.



Mais, il existe aussi des concessions perpétuelles. Pour décréter « l’état apparent d’abandon » de ces concessions non échues plusieurs critères doivent être réunis : monument endommagé et/ou développement de lichen, mousses, herbes, rouilles, etc.

La procédure légale consiste, tout d’abord, à établir un relevé exhaustif des concessions et des critères. Puis, un premier procès-verbal (PV) de constat est réalisé, en présence d’un élu du conseil municipal, d’un policier, des familles convoquées ou informées par voie d’affichage au cimetière ou à la mairie un mois avant. A l’issue de ce premier PV, les familles connues reçoivent une mise en demeure de restaurer/entretenir leur concession dans les trois ans qui suivent.

Au bout de ces trois ans, un deuxième PV de constat est rédigé sur la base du premier. Enfin, les concessions qui n’ont pas fait l’objet de restauration ou d’entretien dans le délai imparti peuvent être reprises par la commune, après arrêté municipal et délibération du conseil municipal. 

En 1987 : réquisition des concessions à perpétuité à Clermont-Ferrand
Il y a 30 ans, en 1987, la ville de Clermont-Ferrand avait engagé des actions pour retrouver les héritiers des concessions à perpétuité. Intervenante : Elizabeth Fouillade, adjointe au maire de Clermont-Ferrand en 1987. - INA


Ad vitam aeternam




La législation permet aux communes de procéder à l’incinération des restes humains exhumés des concessions "échues " ou « non échues mais en état apparent d’abandon ». Les urnes recueillant les cendres doivent être déposées dans l’ossuaire.
A Clermont-Ferrand, les restes humains exhumés d’une concession reprise par la commune sont déposés dans un reliquaire portant le nom du défunt. Ce reliquaire est ensuite déposé dans l’ossuaire, où il reste ad vitam aeternam. Notez bien qu’à partir du moment où il y est entré, aucun reliquaire ne peut être sorti d’un ossuaire.

Le cimetière des Carmes est loin d'être à l'abandon... ce sont certaines tombes qui le sont. En effet, à l'automne 2017, deux cents concessions funéraires ont fait l’objet d’une procédure de constat d’abandon, sur le seul cimetière de Montferrand. 

© R. Custos / France 3 Auvergne
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