COVID : au coeur du service de réanimation du CHU de Clermont-Ferrand

Publié le Mis à jour le
Écrit par C. L avec Delphine Cros
Mercredi 5 janvier, 13 patients atteints du COVID sont en réanimation au CHU de Clermont-Ferrand.
Mercredi 5 janvier, 13 patients atteints du COVID sont en réanimation au CHU de Clermont-Ferrand. © Delphine Cros / FTV

Au CHU de Clermont-Ferrand, 13 patients COVID sont actuellement pris en charge dans le service de réanimation. La plupart sont non vaccinés ou ont un schéma vaccinal incomplet. Immersion dans un service sous tension.

Dans le service réanimation du CHU de Clermont-Ferrand, les infirmières enchaînent les soins. Dans une salle, elles surveillent de près un patient COVID lourdement atteint. En détresse respiratoire, il a été plongé dans le coma pour être ventilé plus aisément. Amandine Thoinet, infirmière, explique : « Ce patient atteint du virus du COVID est plongé dans un coma, pour pouvoir être ventilé plus facilement, car ses poumons nécessitent une ventilation importante. De plus, il a besoin d’être mis sous dialyse et il lui faut une sédation profonde ».

"Cela devient assez difficile physiquement et psychologiquement"

Les gestes sont rodés, les soins parfaitement exécutés, car la pandémie dure maintenant depuis près de deux ans. L’infirmière poursuit : « Cela fait deux ans que nous sommes dans cette prise en charge et cela devient assez difficile physiquement et psychologiquement. Cela devient lourd. Même si on voit une prise en charge chez les patients atteints du COVID qui commence à s’alléger, on reste assez fragiles au niveau psychologique. On rentre dans une prise en charge que l’on connaît donc on appréhende moins les soins. On sait comment les prendre en charge, on sait comment ils vont réagir. On sait aussi comment cela peut se dégrader donc notre prise en charge a totalement changé, on n’est plus dans l’inconnu. On s’adapte plus facilement et on appréhende moins les choses. On arrive plus dans une lassitude des soins car on voit que le virus ne n’estompe pas. On arrive vers un épuisement physique et psychologique. Dans les équipes, il y a beaucoup d’arrêts. On tient bon malgré tout car notre métier est de soigner les gens et on a envie de les aider pour s’en sortir ».

Un variant Delta majoritaire en réanimation

Dans ce service, 13 des 19 lits sont occupés par des malades. Tous sont atteints du variant Delta donc aucun par Omicron. Bertrand Souweine, chef de service de l'unité de réanimation, souligne : « La plupart des patients admis ici sont des patients COVID. Ils rentrent pour des détresses respiratoires, plus ou moins sévères, Ils ont tous le variant Delta. Il n’y a pratiquement pas de variant Omicron. Ce sont essentiellement des patients non vaccinés ou avec un schéma vaccinal incomplet. Il y a aussi des patients vaccinés mais immunodéprimés. On a vraiment l’impression que le brassage de population a favorisé surtout l’émergence du virus Omicron. Celui-là impose des hospitalisations mais rarement en réanimation ».

La "routine" qui s'installe

Le médecin décrit une situation tendue mais sous contrôle dans son service : «  La situation est à flux tendu sans être dans une tension comme on a connu lors des autres vagues. On a un flux constant de patients avec COVID qui sont admis, parallèlement à un flux de patients non COVID. La balance entre ceux qui rentrent et ceux qui sortent est équilibrée. On a des patients qui présentent une prise en charge qui est plus simple en termes de gravité et de durée d’hospitalisation. Il y a une routine qui est en train de s’installer puisque ça va faire presque deux ans que l’on combat ce virus. Les équipes soignantes sont lasses, fatiguées. Néanmoins, elles ont pu prendre leurs vacances pour les fêtes de Noël, d’autant que cela n’avait pas pu être le cas l’an dernier ».

"Les équipes médicale sont prêtes à travailler et à accélérer"

Les fêtes de fin d’année ne font pas encore ressentir leur effet. Mais dans le service, les soignants se préparent à une suite tendue. Bertrand Souweine, chef de service de l'unité de réanimation, souligne : « Normalement, les plans sont prêts. On aura une augmentation du nombre de lits complets de réanimation, en convertissant un certain nombre de lits. Les équipes médicale sont prêtes à travailler et à accélérer ».

Des urgences qui vont être très sollicitées

Les professionnels de santé s’attendent à un afflux de patients aux urgences. Didier Hoeltgen, directeur général du CHU de Clermont-Ferrand, indique : « Pour l’instant, c’est une période où le service public tient le coup face à l’afflux de patients COVID, avec une cinquième, voire une sixième vague. Les soins critiques ont été fortement en tension mais s’ouvre devant nous une nouvelle période où c’est finalement toute la filière médecine qui va être sollicitée, avec sans doute un afflux massif. Soit à partir des modélisations de l’Institut Pasteur, soit à partir des propositions de l’Agence régionale de santé, soit à partir de la situation de l’Angleterre, cela va se traduire par de nombreuses urgences supplémentaires. On est arrivés à presque 200 urgences adultes par jour et 120 urgences pédiatriques. Cela se traduira bientôt par des urgences adultes supplémentaires, qui vont solliciter tous les lits de médecine ».

"On n’arrête pas de prévoir, d’organiser, d’anticiper"

Il ajoute : « On n’arrête pas de prévoir, d’organiser, d’anticiper. Tous les jours on modifie notre organisation. Nous allons bientôt ouvrir des lits supplémentaires de médecine. Nous allons réquisitionner d’autres acteurs pour faire en sorte que les filières d’aval, après les lits de médecine, soient sollicitées. On a appelé le privé pour qu’on puisse travailler ensemble à des débouchés pour les patients qui arrivent en médecine ».

Pour faire face à cette crise sanitaire, le directeur du CHU loue la bonne organisation de son hôpital : « On peut se dire qu’on est bien organisés, qu’on essaie de travailler ensemble, quoi qu’on en dise. On essaie d’irriguer le territoire, on travaille avec les EHPAD du territoire, on fait des réunions régulières pour déceler les clusters. On travaille avec les hôpitaux locaux, avec les hôpitaux pivot, le groupement hospitalier de territoire (GHT) et avec toutes les autorités. Cette cohésion des territoires fait qu’on décèle très vite la situation et qu’on peut agir avec souvent une semaine d’anticipation. C’est peut-être une des clés du succès de notre organisation. Pour les hospitaliers, ce sont des semaines de continuité. Nous étions sur le pont durant toute la période de Noël et on peut même dire que beaucoup d’hospitaliers n’ont pas pris de vacances. Nous sommes en train d’organiser les filières de médecine pour faire face à l’afflux massif après l’offensive qu’il y a eu sur les réanimations. On est sur une organisation qui repose sur de l’anticipation, sur un lien avec le territoire pour structurer les moyens en lits, en équipement, en personnel pour faire face à la crise qui est devant nous ». Depuis le début de la pandémie, 370 patients atteints du COVID ont été pris en charge dans ce service de réanimation.

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