De l'Algérie à Clermont-Ferrand, la belle histoire de Rafik, prix du jeune chercheur

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Depuis 2015, Clermont-Ferrand est devenu la ville d’adoption de Rafik Arfaoui et la ville lui a bien rendu. Il vient de recevoir le Grand prix de la 25e édition du Prix jeune chercheur. Parmi 15 autres docteurs, il a défendu sa thèse en 15 minutes.

Mardi 12 avril, 15 jeunes docteurs ont défendu leur thèse devant un jury et un public. En 15 minutes, ils ont dû vulgariser leur travail, pour tenter de remporter un des six prix.

Rafik Arfaoui, a reçu le grand prix de la 25e édition du Prix jeune chercheur de la ville de Clermont-Ferrand. Sa spécialité, la géographie de l'aménagement et le titre de sa thèse : « Territoire multiple, accueil pluriel ». Il s’intéresse à l’accueil des demandeurs d’asile, hors des grandes villes. 

Une consécration pour cet Algérien de 32 ans. En 2015, il quittait Annaba, au nord-est de l'Algérie, pour rejoindre Clermont-Ferrand, avec une idée en tête : faire de la recherche.

Des vacances à la recherche

Le jeune homme, alors architecte urbaniste, n'arrive pas en terre inconnue. Il avait l'habitude de rendre visite à son frère, professeur de mathématiques au Lycée Ambroise Brugière. "J'avais fait des randonnées dans la Chaîne des puys", s'amuse Rafik Arfaoui, tombé sous le charme de la région. 

Il n'y a évidemment pas qu'une histoire de famille et de paysage, tient à préciser le chercheur. "Le département de géographie à l'université de Clermont-Ferrand est très reconnu. Il porte une forte attention aux villes intermédiaires et aux territoires ruraux, ce qui m'intéresse."

Un objet de recherche ancré dans l'actualité

En 2015, à son arrivé en France, Rafik Arfaoui est marqué par le sujet au centre du débat public : l'accueil des réfugiés. "J'ai voulu regardé dans la littérature scientifique, mais la plupart parlait des grandes villes, pas du rural. La reconfiguration des territoires par l'arrivée des populations exilées, était aussi peu étudiée."

L'étudiant a alors trouvé son sujet de thèse : l'accueil des demandeurs d'asile hors des grandes villes. Une thèse faite au sein du Laboratoire UMR Territoire, de l'Université de Clermont-Ferrand, avec deux directeurs de thèse : Jean-Charles Edouard et Mauricette Fournier.

L'Auvergne-Rhône-Alpes au cœur de sa thèse

Pour sa thèse, Rafik Arfaoui s'est intéressé à plusieurs lieux d'accueil des demandeurs d'asile, en Auvergne-Rhône-Alpes. Les communes d'Ambert (Puy-de-Dome) et du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), entre autres, ont ainsi fait l'objet de son étude. 

De sa recherche de 5 ans, il aura tiré plusieurs conclusions. Tout d'abord, il y a des inégalités sociales entre les demandeurs d'asile. Ceux qui sont dans une ville desservie par un train, peuvent plus facilement faire leurs démarches administratives.  "Quand l'Etat finance, il regarde le nombre de places dans les structures, pas la configuration territoriale", souligne le chercheur.

Les territoires ruraux s'adaptent

Deuxième conclusion, en réponse à ce manque de structures, les territoires ruraux se reconfigurent pour accueillir les demandeurs d'asile. Des ateliers de langue, des cantines solidaires ou encore du co-voiturage sont quelques-uns des exemples cités par le chercheur. 

Enfin, le chercheur s'est intéressé au vécu du ceux qui attendent l'asile. Il leur a fait dessiner la carte de leur lieu de vie, pour analyser leur vécu de l'espace.

"C'est un moment très stressant, pour certains, toute la localité se résume au centre d'accueil, au secours catholique." Pour d'autres comme les familles, il y a plus de lieux sur leur carte : l'école, le parc. "Ils vont davantage fréquenter le village, ce qui leur permet d'évacuer le temps de l'exil."

Témoignages

Le chercheur aura rencontré 86 personnes pour sa thèse, dont 20 demandeurs d'asile. Il a entendu des témoignages de violences, de viols, de racisme, mais il y a aussi été marqué par de belles histoires.

"Lors d'un atelier participatif à Ambert, une personne a reçu un courrier. C'était la réponse positive de son statut de réfugié." Un statut qui permet aux réfugiés de chercher un logement, un travail, mais "le statut de réfugié, ce n'est pas la fin de la galère", précise le chercheur.

Vulgariser 

Toutes ces années de travail et la thèse qui en est le résultat, Rafik Arfaoui, a dû les rendre accessibles pour un public non spécialisé, lors du Prix jeune chercheur. "C'était tout sauf facile, c'était un défi."

Présenter sa thèse en 15 minutes, devant un parterre de non-spécialiste, un défis reconnaît le chercheur. "Dans la recherche, on aime le détail, là il fallait vulgariser pour le grand public. On essaye de montrer que la recherche ce n’est pas qu’une personne avec un tablier blanc dans son laboratoire, qu’elle se fait aussi au contact de la société.»

"Mes parents sont même venus d'Algérie pour me soutenir", confie le chercheur, très fier de son prix. La reconnaissance du travail accompli et une prime de 5 000 euros.

Quand on lui demande ce qu'il compte en faire, il réfléchit quelques instants : "J'aimerais publier ma thèse et je dois racheter un ordinateur."

Et après ?

Depuis septembre 2021, c'est à Amiens que Rafik Arfaoui travaille. Il est enseignant chercheur à l'Université de Picardie Jules Verne, mais continue à garder un pied en Auvergne : "J'ai plusieurs projets de recherche qui ont un lien avec la région".

S'il ne sait pas encore où il sera en septembre prochain, il espère un jour enseigner et faire carrière à Clermont-Ferrand.