Détecter le cancer du sein grâce à une simple prise de sang, des recherches "prometteuses" menées à Clermont-Ferrand

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Écrit par S.B avec Cyrille Genet

Diagnostiquer le cancer du sein grâce à une prise de sang : au centre Jean Perrin de Clermont-Ferrand, des recherches prometteuses débutent pour mettre en place un diagnostic plus fiable et plus rapide. Une technique qui fait appel à l’intelligence artificielle et à l’optique quantique.

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Le centre de lutte contre le cancer Jean-Perrin de Clermont-Ferrand participe à un programme de recherche visant à détecter les cancers du sein sans passer par la mammographie. Ce lundi 5 juillet, les premières patientes ont été intégrées au programme. D’une grande complexité, ces recherches menées en Arabie Saoudite mêlent optique quantique et intelligence artificielle : « Nous utilisons des prises de sang. Nous les centrifugeons et récupérons du plasma. A partir de là, la technologie devient plus complexe puisque nous utilisons une technique d’optique quantique qui permet de définir en une fraction de seconde un profil moléculaire au niveau du plasma avec un million de variables », explique Jean-Marc Nabholtz, professeur de la King Saud University.

Un procédé complexe

Ce profil moléculaire est dressé grâce à des lasers : « On utilise des lasers à puissance calculée et quand on lance ces lasers sur le plasma, au niveau quantique et moléculaire, les électrons vont se charger d’énergie et s’éloigner très rapidement du noyau puis vont revenir et larguer l’énergie. Ils vont revenir taper, le noyau, c’est ce qu’on appelle le phénomène de recollision électronique. Il y aura à ce moment-là deux signaux très spécifiques : l’un photonique, c’est-à-dire de la lumière que l’on peut mesurer par absorption, et l’autre électromagnétique, vibrationnel, que l’on peut mesurer également. Ces signaux sont reproductibles et cela nous permet d’identifier les molécules et de bâtir un profil plasmatique complet. »  Grâce à ce profil, il pose une question en binaire : « Est-ce qu’une dame a un profil moléculaire lié à un cancer du sein ou non ? »

Un procédé "extrêmement fiable"

Les résultats de l'étude ont suggéré la possibilité de détecter des cancers du sein par simple prise de sang avec une sensibilité (détection du cancer) de 97 % et une spécificité (détection du type de cancer) de 98 %. « Pour référence, le dépistage du cancer du sein par mammographie possède une sensibilité de 70 à 86 % et une spécificité de 91% », indique le centre Jean Perrin dans un communiqué. Ce procédé serait donc "extrêmement fiable", mais permettrait aussi de changer le mode de dépistage actuel « coûteux et irradiant », comme le précise Frédérique Penault Llorca, directrice générale du centre Jean Perrin. Elle ajoute : « C’est une étude qui est, à mon avis, extrêmement prometteuse et qui nous permettra peut-être de faire connaître le nom de Clermont-Ferrand bien au-dela des frontières de la France. On en attend un outil de diagnostic très précoce du risque de survenue d’un cancer ou de la présence d’un cancer très localisé. Cela permettrait un traitement curatif avec des chances de survie quasiment à 100% pour les patientes. »

Un diagnostic "très précoce"

Le centre Jean Perrin est l’un des 5 établissements en France à participer à l’étude, fruit d’une collaboration avec des chercheurs de l'Université de King Saud en Arabie Saoudite, à l’origine de ces recherches prometteuses. « On est complétement dans la médecine du XXIe siècle, une médecine personnalisée, prédictive, une médecine de précision. On est passés dans une autre étape de la gestion du risque et du diagnostic très précoce », se félicite Frédérique Penault Llorca. Au total, l’étude est menée sur 500 patientes porteuses d'un cancer du sein, 500 femmes non porteuses qui seront les patientes témoins et 100 femmes non-porteuses mais considérées comme à hauts risques, que l’on appelle « exploratoires ». La même approche pourrait être déclinée dans la détection précoce d'autres types de cancer comme le cancer du côlon, cancer du pancréas, cancer de l'estomac, cancer du poumon, cancer de l'ovaire et cancer de la prostate, précise le centre.