Dissolution de l’Assemblée nationale par Macron : "Un coup de poker", selon ce politologue

A l’issue des élections européennes, ce dimanche 9 juin, Emmanuel Macron, le président de la République, a annoncé la dissolution de l'Assemblée nationale et la tenue d’élections législatives le 30 juin et le 7 juillet. Un pari politique qu’analyse Mathias Bernard, politologue.

Emmanuel Macron, le président de la République, a annoncé dimanche 9 juin la dissolution de l’Assemblée nationale. Il convoque de nouvelles élections législatives le 30 juin et le 7 juillet, après la victoire du RN. Mathias Bernard, politologue, analyse ce coup politique : « C’est une énorme surprise. C’est complètement inédit dans l’histoire politique contemporaine. Il n’y a pas de précédent de dissoudre l’Assemblée nationale dans la foulée d’une élection. On ne voit pas bien quelle est la réelle intention d’Emmanuel Macron. On peut avoir deux interprétations. Soit il espère rejouer sur la peur que représente l’arrivée potentielle au pouvoir du RN auprès d’une partie de l’électorat et face à cette perspective, il espère remobiliser son électorat en 3 semaines.
On peut imaginer une autre hypothèse, un peu baroque : il est prêt à laisser l’expérience du pouvoir au RN, dans une logique de cohabitation, pour que le RN montre, selon lui, son incapacité à gérer le pays dans les 3 années avant la présidentielle. Il est difficile de trancher entre ces deux hypothèses. Ce qui est étonnant, c’est qu’au moment où il dissout, il n’est pas en position de force, avec un score très faible pour la liste de la majorité. Finalement, il accède à la demande qui était celle de son principal opposant, qui demandait une dissolution. C’est extrêmement surprenant
».
Selon les premières estimations, à 20 heures, le RN était largement en tête avec 31,5 %, devançant Renaissance, le parti présidentiel, qui obtiendrait 15,2 % des suffrages, et le PS qui serait crédité de 14 % des votes.

"On aura l’élection législative avec la campagne la plus brève de toute l’histoire"

Pour l’expert, le pari du chef de l’Etat est osé : « Il s’agit d’un coup de poker. Cela ressemble très risqué. On aura l’élection législative avec la campagne la plus brève de toute l’histoire. Jamais il n’y aura eu que trois semaines de délai entre l’annonce d’une élection législative et le premier tour, même lors du précédent de 1997. C’était la dernière dissolution, sous Jacques Chirac : il y avait eu quasiment un délai d’un mois et demi. En trois semaines, il semble compliqué de voir une évolution du rapport de forces, tel qu’on le constate aujourd’hui et qui est ce soir très favorable au RN et à l’ensemble du camp de la droite populiste et radicale ».

La prime au sortant ?

Cette campagne de trois semaines seulement sera forcément inédite, selon Mathias Bernard : « Une campagne en trois semaines va limiter le nombre de candidatures. Ce seront forcément les partis qui auront pignon sur rue qui vont présenter des candidats. Il y aura potentiellement une prime au candidat sortant. Il n’est pas sûr qu’on ait une assemblée plus gouvernable à l’issue de cette dissolution qu’aujourd’hui. Une majorité macroniste à l’issue de cette élection semble aléatoire. Passer de 15 % de l’électorat à une majorité absolue à l’assemblée semble très compliqué en trois semaines ».
En 1997, lors de la dernière dissolution de l’Assemblée nationale, Jacques Chirac avait voulu renforcer sa majorité mais les élections avaient conduit à une majorité de gauche et à une cohabitation avec le gouvernement de Lionel Jospin.

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