Euro 2024. France-Portugal : “Quoi qu’il arrive, on gagnera”, le dilemme des Portugais d’Auvergne

Ce vendredi 5 juillet, à 21 heures, le quart de finale de l’Euro 2024 opposera la France au Portugal. Un classique du football européen et un déchirement pour la communauté portugaise d’Auvergne. A quelques heures du match, certains Lusitaniens se livrent avec émotion.

Vendredi 5 juillet, à 21 heures, et pour au moins 90 minutes, de nombreux Portugais qui résident en France, auront leur cœur qui bat plus vite et plus fort. En effet, ils seront derrière leur écran de télé pour suivre la rencontre entre la France et le Portugal dans le cadre d’un quart de finale de l’Euro 2024 en Allemagne, qui s’annonce explosif. Mais entre Mbappé et Ronaldo, leur cœur balance. C’est le cas des nombreux Lusitaniens installés en Auvergne. Parmi eux, à Dompierre-sur-Besbre, près de Moulins dans l’Allier, Luis Bebiano s’attend à un match serré. Né en France, de nationalité franco-portugaise, ce dessinateur de maisons de 47 ans, est le président de l’association Dompierre Portugal. Elle compte une centaine d’adhérents et a été créée “pour faire vivre la culture lusitanienne".

Stress et adrénaline au programme

Originaire de Trás-os-Montes, dans le nord du Portugal, près de la frontière espagnole, Luis s'attend à un match dur à vivre : “Je suis triste que le quart de finale se fasse entre la France et le Portugal. J'aurais préféré une finale. Si la France avait fini première de son groupe en poule, cela aurait été différent”. Il est partagé : “Je suis attaché aux deux équipes. Je suis né en France, je suis français, mais j’ai du sang portugais. Quand ces deux pays s’affrontent, on est tous un peu pareil : certains sont plus attachés au Portugal, d’autres à la France mais je suis attaché aux deux. Il y a cette adrénaline qui s’installe devant le match. On ne sait pas pourquoi il y a ce stress. Il n’y a pas d’enjeu pour nous.” 

"L’avantage est que j’aurai une équipe qui passera, quoi qu’il arrive"

Jusqu’à présent, les prestations des deux équipes n’ont pas été à la hauteur selon Luis : “On est en face d’équipes qui défendent très bien. Une contre-attaque peut faire basculer le match. Les deux équipes ont du mal à rentrer dans la surface de réparation et à marquer des buts. C’est pourquoi il n’y a pas de buts. Autre explication : les joueurs évoluent dans des grands clubs, avec beaucoup de compétitions. Ils accumulent de la fatigue et ils sont cramés pour la plupart. C'est brouillon, ils ne jouent pas au ballon”. Le quadragénaire est certes tiraillé mais il s’emballe à l’idée d’accéder à la demi-finale, à coup sûr : “J’espère qu’on aura un match exemplaire car pour l’instant c’est poussif. Les années passent et les sensations sont les mêmes à chaque fois. L’avantage est que j’aurai une équipe qui passera, quoi qu’il arrive. Si on ne supporte que la France ou le Portugal, l’aventure va se terminer vendredi pour l’une des deux équipes”.

Oublier la politique le temps d'un match

Le Bourbonnais cite ses joueurs préférés : “Je suis attaché à Ronaldo. Il y a aussi Vitinha, qui joue au PSG qui est très bon. Côté français, j’aime bien Mbappé. A l’époque, j’aimais bien Benzema, mais il n’est plus dans l’effectif”. Malgré un contexte politique incertain, où la binationalité est devenue un thème de campagne, cette compétition de football est vécue comme une parenthèse enchantée. Une bouffée d’oxygène. “L’Euro permet de laisser un peu la politique de côté, de se changer les idées, de vivre de belles émotions : la joie si ça passe, la tristesse si ça ne passe pas. Cela permet de se rassembler et de parler d’autres choses. On met de côté la politique et le temps qui n’est pas de la partie” confie le président de l’association culturelle. Ce soir, tout sera prêt pour savourer la rencontre et vivre un moment festif : “Les adhérents vont se rassembler au local, les jeunes et les moins jeunes et partager ce moment. On va souhaiter que le meilleur gagne. Il y aura un écran de télé. Pour payer les charges du local, on en profite pour proposer quelques beignets de morue, une bière Super Bock, du porto”. Il conclut, ému : “Je n’ai pas de pronostic car mon cœur est partagé. Il y aura peut-être les prolongations et ça va aller aux pénaltys, avec un super gardien portugais qui va qualifier le Portugal...On ne va pas s’emballer”.

Je suis gagnante quoi qu’il arrive. En revanche, ma famille au Portugal risque de m’en vouloir si la France gagne

Marcela Ribeiro Da Silva Meyrel, Portugaise en France depuis 24 ans

Marcela Ribeiro Da Silva Meyrel, Portugaise de 46 ans mariée à un Français, réside à Lezoux, dans le Puy-de-Dôme. Elle est dans l’hexagone depuis 2000. Originaire de la région de Guimarães, dans le nord du Portugal, elle aussi se réjouit de la rencontre à venir : “Ce n’est pas un déchirement car je suis contente pour les deux. Je me sens française et portugaise. Le Portugal, ce sont mes origines. J’espère que cette équipe va gagner. Mais si elle perd, je serai contente aussi pour la France. C'est le pays de mon mari, de mes enfants. C’est mon pays désormais”.

"Je ne regarderai pas le match car je suis trop stressée"

Ses deux enfants défendent chacun leur équipe : “Mon fils Nathan,13 ans, est pour la France, ma fille Louise, bientôt 9 ans, pour le Portugal. Ça va être tendu. J’ai parié 5 euros avec mon fils que le Portugal allait gagner. Je sais que ce n’est pas bien. Je pense qu’ils vont gagner 2 à 0”. Elle poursuit : “Je ne connais pas grand-chose au foot. Je pense que Ronaldo a trop d’influence sur le jeu portugais : cela empêche les autres joueurs d’être eux-mêmes. J’adore Diogo Costa : c’est le gardien de Porto, mon club de cœur. Lundi il a été exceptionnel”. Il a en effet créé l'exploit d'arrêter trois tirs au but contre la Slovénie. Il est d'ailleurs devenu le premier portier à stopper trois tirs au but lors d'une même séance à l'EuroMais ce soir, à 21 heures, Marcela ne sera pas avec ses enfants et son mari pour vivre cette rencontre haletante : “Je ne regarderai pas le match car je suis trop stressée. Je serai dans ma chambre, je zapperai, j’entendrai ma famille crier”.  

Beignets de morue, poulet grillé, côtes de porc au menu

Isidore Fartaria, 70 ans bientôt, vivra aussi le match en famille. L’entrepreneur arrivé en France en 1962, à l’âge de 8 ans, est originaire de la région de Fatima. Ce fan de rugby en général et de l’ASM en particulier, dont il est un l'un des dirigeants, aime aussi le ballon rond. Il est également consul honoraire sur 7 départements du centre de la France, soit une population de 33 000 Portugais. Il commence sur le ton de la plaisanterie : “Je ne sais pas si pour la communauté auvergnate c’est un déchirement mais il est sûr que pour la famille Fartaria, ça va l’être”. Il poursuit : “On a rendez-vous ce soir à 20 heures, à Royat, chez moi. À 21 heures on sera tous prêts pour le match. On a un gros dilemme : on est 6 frères dont 3 sont nés au Portugal avant 1962 et 3 sont nés en France. J’espère que, bien installés dans nos pantoufles à crampons, une bière Super Bock à la main, avec modération, chacun va soutenir son pays de naissance. Le choix définitif sera fait pendant le casse-croûte avec des beignets de morue, du poulet grillé, des côtes de porc et du riz, avec le petit pastel de nata (petit gâteau à la crème, NDLR) pour terminer”.

Mettre de côté ses malheurs

Isidore est catégorique : “Si la France prend le dessus, nous la soutiendrons tous ensemble. Idem si c’est le Portugal. Ce qui est sûr, c’est qu’à l’issue du match, il n’y aura aucun perdant au sein de la famille Fartaria”. Lui aussi prend ce match comme une éclaircie dans cette actualité bien maussade, à quelques jours du second tour des législatives : “Par les temps qui courent, nous les binationaux avons peut-être intérêt à faire profil bas. C'est ce que l’on se disait avec mes frères. Pendant 2 heures, tout le monde va oublier ce qu’il se passe, dans les pays, dans les familles. Ils vont oublier leurs malheurs”.

Le "drame" de l'Euro 2016 

Depuis 1980, 13 matches ont eu lieu entre les deux équipes. Résultat : une victoire portugaise, dix succès français et deux matches nuls. La France n’a perdu qu’une seule fois. C’était en finale de l’Euro 2016. Isidore n’a pas oublié : “Cela a été un drame la dernière fois. J’ai été champion avec le Portugal une fois, peut-être que là on sera champion avec la France ce soir”. Le consul insiste : “On est heureux de voir Mbappé affronter Ronaldo. Ils n’ont pas le même âge, donc la vitesse de pointe n’est pas la même. Ce sont deux grands champions qui vont s’affronter. Que le meilleur gagne. Le gardien portugais est formidable, avec 3 arrêts de tirs au but. Ils peuvent lui élever une statue s’ils vont plus loin”. À quelques heures du coup de sifflet final, l’homme d’affaires ne se hasarde pas à un pronostic : “Mon cœur balance. Je ne ferai pas de pronostic. C’est le dilemme d’avoir deux nationalités et ça remplace largement la politique. Les équipes ont le même parcours, la chance a plus marqué de buts que les joueurs. Quoi qu’il arrive, on gagnera ce soir. On n’a pas de doutes là-dessus. Ça va bien se passer”. Ce soir, le match aura des airs de fête : “On se chambre, il n’y a pas de pugilat. Cela va se finir par une magnifique photo qui va rejoindre l’album de la famille”. Un cliché où les supporters français et portugais seront tout sourire à coup sûr, se projetant déjà sur la demi-finale à venir. 


 

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