Manifestation des personnels hospitaliers : en Auvergne, des soignants « à bout de souffle »

Suite à l’appel national à manifester lancé par plusieurs syndicats, des rassemblements ont eu lieu mardi 7 juin en Auvergne, à Clermont-Ferrand, Montluçon ou encore Aurillac. Les soignants dénoncent des conditions de prise en charge dégradée et demandent plus de moyens.

En pleine crise des urgences et à quelques jours des législatives, les personnels hospitaliers manifestaient mardi 7 juin dans plusieurs dizaines de villes en France pour réclamer des hausses de salaires et d'effectifs sans attendre le résultat de la "mission flash" commandée par Emmanuel Macron. Pour cette première journée d'action du second quinquennat Macron, neuf syndicats et collectifs de soignants organisent des rassemblements dans au moins cinquante villes. L’accent était mis sur la situation des urgences pédiatriques au CHU de Clermont-Ferrand : « En 10 ans on a doublé le nombre de passages, les effectifs paramédicaux et médicaux sont les mêmes. On a du mal à absorber l’activité. Les équipes sont fatiguées, montrent des signes d’essoufflement. On a des départs de collègues paramédicaux qui ont du mal à trouver du sens à ce qu’ils font. On a des gens d’expérience qui nous quittent et on se retrouve avec des prises en charge qui en pâtissent. On a moins de temps pour les enfants et les parents », dénonce le docteur Pierre-Amael Noailly-Charny. Hôpitaux périphériques en difficulté, seule permanence de soins pour les parents et les enfants la nuit, les urgences pédiatriques sont en difficulté. Ils demandent plus d’effectifs et une permanence de soins assurée par la médecine de ville. « On est à bout de souffle », alerte le docteur Noailly-Charny. Il évoque un délai d’attente augmenté, mais également une fatigue source d’erreur, une prise en charge dégradée, et des enfants hospitalisés loin de leur domicile.

"C’est une population qui ne reconnaît plus son hôpital"

A Montluçon, ce sont les urgences, déjà fermées à deux reprises, qui sont en danger : « Il y a des difficultés liées à un manque de personnel, un épuisement du personnel suite à la crise du Covid mais qui datait aussi d’avant. Aujourd’hui, les urgences sont en difficulté. On a peur. Les urgences de Montluçon c’est 180 000 habitants, le Cher, l’Indre, la Creuse… Connaissant la situation de la médecine de ville, on est inquiets pour les personnes âgées, les enfants", dénonce Rémi Soulier, délégué syndical. Il compte 200 à 300 emplois supprimés en 20 ans : « Aujourd’hui il y a une difficulté à recruter mais il fallait peut être se poser la question avant, quand on a supprimé des services et des lits. Il faut aussi que le métier soit attractif avec des augmentations de salaire. Le Ségur ne suffit pas », affirme Rémi Soulier. Selon lui, il manque du personnel partout, des contractuels précaires attendent 4 ans et plus pour être titularisés…  Il craint pour la santé du personnel :« C’est la fatigue qui s’accumule, c’est beaucoup de demande, des arrêts longue durée, des accidents qui se répètent, des burn out. C’est une population qui ne reconnaît plus son hôpital. La politique du gouvernement nous mène à ça. » Mais pour lui, le soin n’est pas uniquement physique : « On défend un hôpital généreux qui prend en charge les problématiques sociales. On est sur un territoire où, on le sait, il y a beaucoup de familles qui sont dans la précarité. Ce n’est pas de la bobologie, il y a des gens qui arrivent aux urgences dans une détresse sociale et qui viennent faute de médecin, qui font face à des difficultés et qui ont besoin d’accompagnement. »



Une "mission flash"

A Paris, les manifestants étaient attendus devant le ministère de la Santé à partir de 13h30. D'autres actions ont lieu, souvent devant les hôpitaux, comme à Grenoble où plus de 200 personnes se sont rassemblées dans la matinée devant le CHU selon les syndicats, qui ont dénoncé dans un communiqué leurs conditions de travail "extrêmement dégradées",  entraînant "une perte de chance réelle pour les personnes nécessitant des soins". A Strasbourg également, "aucun service n'est épargné, l'hôpital public est en train de mourir par manque de moyens", a affirmé le responsable local de la CGT, Pierre Wach, lors d'une conférence de presse. La mobilisation touche aussi d’autres localités comme Aurillac, Epernay ou Cherbourg, où Emmanuel Macron est venu la semaine dernière annoncer une "mission flash" sur les services d'urgences. Car c'est bien là que le feu couve: faute de soignants, au moins 120 services ont été forcés de limiter leur activité ou s'y préparent, selon un décompte fin mai de l'association Samu-Urgences de France. C'est d'ailleurs son président François Braun qui devra rendre les conclusions de la "mission flash" à l'Elysée d'ici fin juin. Un délai justifié afin de "regarder service d'urgence par service d'urgence et Samu par Samu, territoire par territoire où il y a des besoins", a expliqué M. Macron dans un entretien à la presse régionale vendredi, promettant  "des décisions d'urgence dès juillet".

Mais pour son opposante Marine Le Pen, "cette mesure n'a qu'un seul intérêt, c'est d'enjamber l'élection législative" des 12 et 19 juin. L'ex-finaliste (RN) de la présidentielle a dénoncé mardi sur Franceinfo "une forme d'escroquerie politique" et accusé le chef de l'Etat réélu de n'avoir "strictement rien fait" durant son premier mandat pour l'hôpital qui "s'effondre sous nos yeux". La méthode ne convainc pas non plus le premier syndicat français : "Le temps des enquêtes est dépassé", affirme le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, dans une tribune dans Libération. Il y réclame "des négociations urgentes sur l'organisation du travail" pour remettre sur pied un hôpital "au bord du KO".

"Secouer les tabous" 

Sur le terrain, le temps presse: "On risque d'être dans une situation très, très problématique cet été" et "je crains fort qu'il y ait des drames", a alerté sur RTL le chef des urgences de l'hôpital Avicenne à Bobigny (Seine-Saint-Denis), Frédéric Adnet. Attendu au tournant, M. Braun a assuré la semaine dernière qu'il n'entendait pas produire "un énième rapport" mais bien "rédiger l'ordonnance" attendue par les hospitaliers, ajoutant avoir "déjà des pistes". Certaines figurent dans un courrier envoyé à la ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon, le jour de sa nomination et publié sur le site internet de Samu-Urgences de France. Elles sont parfois consensuelles, comme la revalorisation du travail de nuit et du weekend, "très pénible" mais majoré de seulement un euro de l'heure pour les infirmières, ce qui est "complètement aberrant", souligne-t-il. D'autres idées inquiètent, comme l'obligation d'appeler le 15 pour filtrer l'accès aux urgences, mise en oeuvre à Cherbourg ou à Bordeaux. Un scénario "injouable" pour Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), qui prédit une explosion des appels vers des Samu "déjà débordés". Avec un risque de perte de chance pour les patients. L'option a toutefois des défenseurs dans la majorité, à l'instar du député de Charente Thomas Mesnier, lui aussi urgentiste, qui a jugé nécessaire dans le Journal du dimanche de "se remettre en mode gestion de crise pour passer le cap de l'été", quitte à "recentrer" ces services "sur leur vrai métier, les urgences vitales". Désireux de "secouer les tabous", l'élu plaide même pour des "Smur sans docteurs", avec seulement des infirmiers dans l'ambulance pour pallier l'absence de praticiens par endroits, et suggère de transformer en "antennes de jour" les services d'urgence que "nous ne parvenons plus à maintenir ouverts" en permanence.

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