Pouzzolane, pierre de Volvic, corne d’Aubrac : à Clermont-Ferrand, cet artisan lunetier n’est jamais à court d'idées

Lundi 5 juillet, Norberto Fernandes, artisan lunetier et opticien installé à Clermont-Ferrand va recevoir le prix du public « Graines de boss », un concours entrepreneurial remis par la Métropole. Une distinction qui vient saluer le travail d’un artisan passionné par son métier.
Dans son atelier de la Glacière, à Clermont-Ferrand, Norberto Fernandes imagine et conçoit des montures de lunettes originales.
Dans son atelier de la Glacière, à Clermont-Ferrand, Norberto Fernandes imagine et conçoit des montures de lunettes originales. © Norberto Fernandes

Intarissable. C’est ainsi que peut paraître Norberto Fernandes, tant son métier lui plaît. Installé depuis 2 ans dans le quartier de la Glacière à Clermont-Ferrand, il est opticien mais surtout artisan lunetier. Il nous explique toute la nuance : « Il faut bien dissocier les deux professions. Ce sont des métiers liés mais distincts. L’opticien est l’expert de la vision. Il va acheter des montures et va adapter les verres, après un examen de la vue. Il est vendeur. L’artisan lunetier est l’étape d’avant. Pendant 13 ans, quand je vendais des lunettes, je ne savais pas de quoi je parlais. J’ai voulu approfondir les choses et je me suis rendu compte que le design, la fabrication à la main, collaient avec mes valeurs. Cela donne plus un sens à mon métier. Je kiffe ce que je fais. Je crée la monture complètement avec le client. Cela demande beaucoup de temps car je crée tout de A à Z. A ce jour j’ai réalisé environ 200 paires sur-mesure ».

Une boutique ouverte il y a 2 ans

Agé de 36 ans, le chef d’entreprise a eu un parcours riche avant de se lancer. Il raconte : « Je suis de Clermont-Ferrand. J’y ai fait mes études. A Vichy, j’ai suivi mon BTS. J’étais opticien pendant 13 ans, en tant que salarié. Il y a 2 ans, j’ai décidé d’ouvrir ma petite boutique dans mon quartier, à la Glacière. J’ai suivi des formations d’artisan lunetier, comme l’école des Meilleurs Ouvriers de France à Morez, un petit village du Jura, et je suis parti à Paris pour découvrir des petits artisans lunetiers. Je vais souvent en formation chez un designer et fabricant artisanal, mon mentor, à Oyonnax, dans l’Ain ».
 

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par norberto.artisan lunetier (@norbertolunetier)

Un travail exigeant

La création de la monture nécessite tout un savoir-faire. De nombreuses heures de travail sont requises : « Pour la création pure, il faut compter entre 10 à 15 heures : il y a le dessin, le prototype qui ressemble beaucoup à la réalité. Je prends rendez-vous avec le client. On prend le temps de réfléchir ensemble. On essaie de créer la monture que le client souhaite. Cela donne beaucoup de travail. Chaque monture est une nouvelle aventure avec le client. C’est comme un nouveau tableau à chaque fois. Avec un étui auvergnat en cuir fabriqué à Thiers, la monture revient à 369 euros pour une création complète ». L’artisan ne concevait pas ouvrir sa boutique aillleurs qu'à la Glacière, plutôt que dans l’hyper centre de la capitale auvergnate : « J’avais envie de m’installer à la Glacière. Il y avait un besoin je pense. Je voulais sentir ce côté village, avec la petite boutique de l’artisan lunetier comme il y a 50 ans. Il y a une vraie relation humaine, à l’ancienne, avec les gens. J’ai toujours vécu là. Je prenais le bus pour aller au lycée et je me suis toujours dit, quand j’ai commencé à faire de l’optique, qu’un jour je m’installerai là, à cet endroit. On a refait la boutique avec une bande de copains. Cela donne un côté authentique ».
 

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par norberto.artisan lunetier (@norbertolunetier)

Des collaborateurs autour de lui

Dans sa boutique, Norberto compte désormais plusieurs salariés. En riant, il confie : « J’ai des collaborateurs comme disent les boss. J’ai une salariée qui vient de Nîmes, et qui est en CDI. Je viens d’embaucher une apprentie en BTS pour la partie optique. Je travaille aussi avec un freelance et il m’aide pour la création des lunettes. Je fais aussi travailler des copains de Clermont-Ferrand, en auto-entrepreneurs ».

Circuits-courts et innovation

Jamais à court d’idées, le jeune entrepreneur privilégie les circuits-courts. Il indique : « Je mets aussi l’accent sur l’innovation, en travaillant des matériaux de ma région. Je suis en train de collaborer avec un tailleur de pierre. J’ai deux cornes d’Aubrac qui sont en train de sécher dans mon jardin. J’essaie de travailler un mélange de 50 % de corne d’Aubrac avec du bio-sourcé.  Je privilégie les circuits-courts et je veux mettre en avant les produits auvergnats. Je fais de l’incrustation en pierre de pouzzolane, en pierre de Volvic, à la demande. Je travaille en ce moment sur le caoutchouc. Je fais aussi de la corne de buffle et c’est très haut de gamme ».

Lauréat d'un concours

Lundi 5 juillet, il va recevoir à Polydome le prix du public « Graines de boss », un concours entrepreneurial remis par la Métropole. Il souligne : « C’est gratifiant. Je suis fier de recevoir ce prix, surtout parce qu’il vient du public. Ca me donne envie d’aller encore plus loin. Mais ce n’est pas facile, je travaille 7 jours sur 7. Je suis passé par des moments difficiles comme tout entrepreneur. L’année dernière j’avais déjà reçu le Trophée des entreprises de La Montagne. Ce sont des prix qu’on garde toute la vie. J’en ai gagné deux et c’est génial. En 2 ans, c’est déjà super ce qui nous arrive. Ce qui me plaît le plus est le lien avec le client. On crée une relation incroyable. A chaque fois, on a un vrai dialogue et il y a une rencontre. Le côté médical avec les examens de vue me passionne aussi. Créer quelque chose qui n’existe pas, toute la partie design, me plaît beaucoup ». Norberto planche déjà sur de nouveaux projets et de nouvelles collaborations. Il conclut : « Mon cerveau fonctionne travaille tous les jours, tout le temps et j’essaie de trouver quelqu’un pour me canaliser et s’occuper de tout ce que je déteste, comme les papiers ». Ainsi, lundi, l’artisan ira chercher son prix mais sera dès le lendemain dans son atelier, à plancher sur des dessins ou des idées de matériaux originaux à travailler. 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
artisanat économie entreprises