Randonnée, bivouac, élevage : comment apaiser la cohabitation en montagne ?

En période estivale, le pic du nombre de randonneurs sur les circuits d'Auvergne peut s'accompagner de conflits d'usage. Pour les différents acteurs du territoire, l'enjeu est d'apprendre aux touristes à profiter de la nature en gardant en tête qu'elle abrite aussi des activités économiques.

Le GR30 est l'un des circuits de grande randonnée les plus empruntés en Auvergne. En neuf jours, la boucle de 198 km permet de découvrir les plus beaux lacs d'Auvergne : Guéry, Chambon, Pavin ou encore ceux de La Godivelle. Le tracé balisé invite à traverser les pâturages verdoyants du territoire... Facile, en hiver, lorsque les bêtes sont à l'étable. La situation se complique en été.

"Des espaces de travail"

Les estives sont fréquemment traversées par des "pratiquants de la montagne" (randonneurs, campeurs, vététiste, traileurs...) générant, parfois, des conflits d'usage. "Ce n'est pas tout de dire "Venez chez nous, nous avons de beaux sites touristiques". Ces territoires sont aussi habités et des espaces de travail. C'est important de le rappeler car tous les promeneurs qui se rendent en montagne n'en ont pas les codes", indique Eve Alcaïde, responsable du pôle Economie rurale au Parc naturel régional des volcans d'Auvergne, qui couvre une zone de 400 000 hectares entre le Puy-de-Dôme et le Cantal.

La Fédération française de randonnée gère tout ce qui concerne les GR : balisage, déviation, création de topocartes... Et médiation. Lorsque la cohabitation se tend, des propriétaires peuvent fermer l'accès à leur parcelle. Celui-ci est encadré par une autorisation de passage, renouvelée tous les cinq ans et  pouvant être rompue à tout moment. Il y a trois ans, une randonneuse qui marchait avec son chien, sur un sentier à proximité du lac Servières, a été chargée par une vache. L'accès a été fermé et remplacé par un passage par la forêt. Dans le Puy-de-Dôme, le circuit du GR30 empruntait un chemin à proximité d'une zone humide a été récemment dévié pour la protéger.

Il peut arriver que des agriculteurs décident de fermer l'accès à leur parcelle parce qu'ils en ont marre que les touristes gênent leur troupeau. Mais, le plus souvent, nous dévions les tracés pour des raisons de sécurité ou pour protéger des endroits abîmés par une trop forte fréquentation.

Michel Faure

Responsable des sentiers à la FFRandonnée du Puy-de-Dôme

Des activités réglementées

En dehors des grands sites touristiques emblématiques, comme le puy Mary dans le Cantal, le puy de Dôme ou le massif du Sancy, le phénomène de "surfréquentation" reste peu existant en Auvergne. "Le nombre d'hébergements collectifs disponibles sur le territoire restreint l'affluence", constate Michel Faure. Mais depuis plusieurs années, de plus en plus de randonneurs en itinérance préfèrent dormir à la belle étoile grâce au bivouac. Symbole de la "micro-aventure", il offre une alternative aux refuges ou gîtes d'étapes.

"Il y a un fort engouement autour du bivouac mais, comme toutes les activités de pleine nature, il est soumis à une réglementation", rappelle Eve Alcaïde du Parc des volcans d'Auvergne. La pratique est interdite dans les Réserves naturelles nationales de Chastreix-Sancy et de la Vallée de Chaudefour. Ailleurs, elle est tolérée le long des sentiers, à condition d'avoir l'accord du propriétaire de la parcelle. Il faut installer son léger campement au coucher du soleil et être reparti à son lever, le lendemain matin. Deux aires de bivouac avec sanitaires et points d'eau ont été aménagées dans la région, à Chastreix et à Picherande sur le parcours du GR30. Une solution pour que les campeurs ne plantent pas leur tente n'importe où dans la nature ou à proximité de troupeaux. 

Adopter les bons comportements

Tout au long de l'année, et encore plus durant la période estivale, des gardes-nature sensibilisent les touristes aux "bons comportements en montagne". La majorité des conseils relèvent du bon sens mais sont bon à rappeler. "Dès que l'on ouvre une barrière, il faut veiller à la refermer afin que les bêtes ne s'échappent pas. Il faut éviter d'aller au contact des troupeaux et passer à l'écart de celui-ci. Partout, il est recommandé de tenir son chien en laisse pour ne pas qu'il gêne la faune sauvage ou les autres randonneurs. Ils sont par contre interdits dans les réserves naturelles", rapporte Eve Alcaïde. 

Le Cantal est concerné par des préconisations spécifiques en raison de ses multiples estives, par lesquelles passent de nombreux chemins de randonnées. "Il ne faut pas traverser les estives avec un chien, même tenu en laisse. Les vaches salers peuvent se montrer très protectrices envers leurs petits. Ils pourraient être considérés par des ennemis par les patous", prévient Eve Alcaïde. Dans le département, l'office de tourisme Hautes Terres organise des rencontres entre pratiquants (randonnée, VTT, trail...) et agriculteurs pour échanger sur les activités de chacun, prévenir les conflits d'usage et ainsi mieux faire rimer tourisme et pastoralisme.