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Les extravagants honoraires d'une avocate radiée du barreau de Lyon

Il y en aurait pour près de 2,5 millions d'euros. Maître Laurence Chakirian, avocate radiée par le barreau de Lyon, doit répondre devant la justice d'honoraires extravagants imposés à des clients "fragilisés". Comment cette avocate reconnue a-t-elle pu ainsi basculer "dans l'irrationnel" ?    
© Max PPP
Jacques Vincent est l'une des nombreuses victimes de Me Laurence Chakirian, une avocate lyonnaise  radiée du barreau le 10 février 2015 et qui ne pourra donc plus jamais exercer. L'ancien kinésithérapeute de Meyzieu aurait pu couler une retraite paisible à Peyrins dans la Drôme. Mais il est aujourd'hui ruiné. Toute son assurance vie y est passée : 446 115 euros, rien de moins : Une somme colossale réclamée d'octobre 2012 à Mars 2013 par son avocate pour régler une sombre affaire de captation d'héritage. "J'étais en deuil, psychologiquement affaibli par la disparition de ma tante" reconnaît-il. Mais il admet aussi s'être laissé abuser à l'époque par l'empathie débordante et le tutoiement facile de cette avocate empressée, rapidement devenue injoignable au téléphone, ses extravagants honoraires encaissés.
 

Des victimes  psychologiquement et financièrement détruites " 

Aujourd'hui porte-parole d'un collectif qui a porté plainte contre l'avocate, Jacques Vincent "évoque" des victimes psychologiquement et financièrement détruites". Il se rappelle encore des mots de l'avocate : "Je me battrai pour vous". "Tous les gens se sont fait avoir", dit -il, décrivant une personnalité sympathique, très à l'écoute mais capable du plus total détachement, une fois payée. Il y aurait ainsi une vingtaine de particuliers lésés pour plus d'un million d'euros mais aussi plusieurs banques. Un préjudice global évalué à 2,3 millions d'euros. Sans compter d'autres victimes qui selon Jacques Vincent , ne se seraient pas encore manifestées et qui sont expressément invitées à se joindre à l'action en justice.        

Laurence Chakirian a-t-elle agi de sa propre initiative ou ne serait-ce pas plutôt l'action d'une organisation aux méthodes plus abouties ? Jacques Vincent le pense. Il estime que l'ancienne avocate a bénéficié de complicités actives dans son entourage immédiat, qui ont encaissé directement plusieurs chèques. Procédure plutôt surprenante, émanant d'un cabinet d'avocat. Là encore, Jacques Vincent a porté plainte contre l'un des protagonistes.       

Maître Jakubowicz , qui représente les intérêts des victimes, estime que Me Chakirian a "fait beaucoup de mal à la profession". Il évoque à son tour des personnalités fragiles qui ont emprunté pour régler les honoraires de l'avocate .Elles sont aujourd'hui en situation de surendettement . Il y aurait aussi des malades et des handicapés dont l'état de santé aurait encore empiré depuis les faits. 

 

Me Jakubowicz : Ces gens sont des malheureux qui ont été bernés"




 Me Jakubowicz souligne la vulnérabilité de ces clients "bernés". Il rappelle que la relation entre l'avocat et son client doit justement reposer sur la confiance. Or, l 'avocate incriminée a profité des circonstances pour exiger des sommes que rien ne justifiait. Pour une affaire de famille, explique-t-il  , elle a réclamé plus de 400000 euros. Le dossier aurait pu être bouclé pour 10 fois moins : "C'est délirant", s'indigne-t-il.

La question est justement posée : Comment cette avocate charmante au premier abord, reconnue et appréciée dans le milieu, a-t-elle ainsi pu abuser ses clients pour basculer "dans l'irrationnel" ? N'était-ce qu'une façade honorable pour masquer de plus noirs desseins ?
 

Me Luciani , avocat de Mme Chakirian: "J'essaie de trouver des explications "






Maître Felix Luciani est l'un des défenseurs de Laurence Chakirian. Il évoque "une femme aujourd'hui en grande difficulté psychologique". Une femme qui ne conteste pas les honoraires excessifs imposés à ses clients mais qui ne serait plus en état d'en mesurer le préjudice. "Il faudra une expertise psychiatrique" explique l'avocat en évoquant déjà la notion d'irresponsabilité. "Les honoraires perçus étaient sans commune mesure avec ce que l'on pouvait demander et c'est un euphémisme", reconnaît Me Luciani : "Qu'il y ait surfacturation, oui , mais qu'il y ait escroquerie, c'est à voir"...

Selon Me Luciani, l'avocate a traversé une période difficile dans sa vie personnelle " qui lui aurait fait perdre tout contact avec le réel". Il semble, explique-t-il, qu'elle ait brûlé tout cet argent dans un tourbillon". Un comportement tout à fait irrationnel qui ne s'expliquerait selon lui que "par une abolition du discernement".  Laurence Chakirian nourrissait avec ses clients une relation quasi-fusionnelle ." Il a d'abord fallu qu'elle se persuade elle-même de ce qui lui était dû pour qu'elle en persuade les autres", avance-il comme justification, évoquant encore "une forme de sincérité".

La justice va donc devoir apprécier la vraie personnalité de l'avocate, faire la part des choses entre le machiavélisme et le délire d'une femme perdue. Me Chakirian a-t-elle agi sous l'emprise d'un trouble psychiatrique ou est-elle tout bonnement malhonnête, mue par la cupidité ?

Une instruction pénale est ouverte. A
 ce jour, Mme Chakirian n'a pas encore été convoquée par la justice, ni entendue. Les parties civiles attendent maintenant avec impatience sa mise en examen pour faire valoir une tromperie et déclarer leur préjudice. 
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