30 ans après la catastrophe du Mont Sainte-Odile, l'association ECHO porte le souvenir des 87 disparus

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30 ans après le crash d'un Airbus A320 d'Air Inter sur le Mont Sainte-Odile, rescapés et proches des victimes se retrouveront le dimanche 23 janvier 2022 sur les lieux de la catastrophe pour honorer la mémoire des 87 personnes disparues. Parmi eux, des familles lyonnaises. L'approche de la date anniversaire ravive les émotions...

"30 ans ! Pour nous c'était hier !" résume Bernard Laumon en guise de préambule. Depuis le drame du Mont Sainte-Odile, il a certainement dû se répéter un millier de fois. Aujourd'hui encore, 30 ans après le crash de l'Airbus A320 qui transportait 96 personnes, équipage compris, le président de l'association ECHO (Entraide de la Catastrophe des Hauteurs du Sainte-Odile) se prête de bonne grâce aux questions. Une énième interview pour raconter le combat de ces bénévoles et éviter que cette tragédie ne tombe dans l'oubli.

Bilan : 87 victimes 

Après Alvaro Rendon, Bernard Laumon a repris le flambeau de l'association en 2014. Le crash lui a coûté un frère. D'autres ont perdu un parent ou un enfant. Ses souvenirs n'ont pas pris une ride. Comment résumer trente années de combat pour obtenir justice et faire la lumière sur les raisons de ce drame ? Des anecdotes qui s'enchaînent, une galerie de portraits, des figures de l'association, autant de fortes personnalités et l'émotion refait surface sans prévenir. Alors la voix au bout du fil s'éraille, imperceptiblement. On devine la gorge nouée de notre interlocuteur même si le flot de paroles est à peine moins fluide.

Bernard Laumon s'interrompt et se reprend pour évoquer ce sinistre soir de janvier 1992. Ce soir-là, alors qu'il apprend la nouvelle par une brève à la télévision, il est à mille lieux d'imaginer que son frère figure dans la liste des victimes. L'annonce est brutale. "C'est ma belle-soeur qui m'a appelé à 4 h du matin. Mon frère je l'avais vu la veille, il ne m'avait pas parlé de son voyage à Strasbourg où il se rendait régulièrement pour son travail". 

Le drame a marqué l'opinion publique. Le résumé du film tient en quelques lignes : ce 20 janvier 1992, un Airbus A320 d'Air Inter reliant Lyon à Strasbourg s'écrase près du Mont Sainte-Odile avec 96 passagers et membres d'équipage à son bord. L'avion a percuté un versant enneigé du mont de la Bloss. Il s'est abîmé dans une zone boisée à 800 mètres d'altitude. La catastrophe aérienne s'est produite à une vingtaine de kilomètres de l'aéroport d'Entzheim, pourtant les secours mettent plus de 4 heures à arriver sur place. Une terrible attente pour les survivantsLe bilan définitif se passe de commentaires : 87 morts, dont 5 des 6 membres d’équipage. Seules 9 personnes ont survécu par miracle mais certaines ont gardé de lourdes séquelles.

D'autres victimes auraient-elles pu échapper à ce tragique destin ? Sans doute, si les secours étaient arrivés plus tôt, selon Bernard Laumon. Mais contrairement à  un mauvais film catastrophe, le scénario avait laissé trop de place à l'improvisation.

Comme une famille soudée par le deuil

Le deuil a rapproché les proches des victimes et aussi les survivants. "Au début, bizarrement, certains se sentaient presque coupables d'avoir survécu," se souvient le président. Un malaise vite balayé. Née peu après l'accident, l'association ECHO est très rapidement devenue "comme une véritable famille". "On a partagé tellement de choses fortes, les mêmes questions, même si tout le monde ne vivait pas le deuil de la même manière," précise Bernard Laumon.

Et comme dans toute famille, il y a ceux que l'on côtoie régulièrement, ceux avec qui l'on passe toutes ses vacances, ceux qui donnent des nouvelles de temps et temps et ceux qui ne viennent qu'aux incontournables retrouvailles annuelles. Les membres de la famille ECHO sont soudés par le deuil. Les liens se sont un peu distendus depuis la fin du combat judiciaire mais ils sont indéfectibles. "On sait que l'on peut compter les uns sur les autres. L'association, c'est une sorte de micro-société avec des gens très différents avec la volonté d'avancer ensemble. Un mot la résume, c'est solidarité," assure-t-il. Pour ce 30e anniversaire, tous ou presque se préparent une nouvelle fois à serrer les rangs, malgré la crise Covid. L'absence de commémoration sur le site de l'accident : "c'était impensable", selon Bernard Laumon. 

Trois décennies après ce drame, des proches des victimes et des rescapés vont donc se retrouver pour rendre hommage aux disparus. Un rassemblement hautement symbolique dans une petite clairière. Cette réunion est prévue quelques jours après la date anniversaire. "On se réunit toujours le dimanche le plus proche de la date de la catastrophe," explique Bernard Laumon.

"J'avais besoin de comprendre"

Après une instruction fleuve de 15 ans et deux procès, il n'y a pas eu de condamnation. Six personnes - un contrôleur aérien et cinq anciens cadres de l'Aviation civile, d'Air Inter et d'Airbus Industrie - avaient pourtant été mises en examen et renvoyées devant le tribunal pour "homicides et blessures involontaires".
En première instance, en 2006, les juges avaient relaxé les six prévenus, tout en reconnaissant, au civil, les responsabilités des compagnies Air France (qui avait absorbé Air Inter), et Airbus. Le parquet a fait appel du jugement.

La cour d'appel de Colmar, deux ans plus tard, a confirmé la relaxe des six prévenus mais écarté la responsabilité civile d'Airbus, pourtant reconnue en première instance. "Pour les plaignants, ce combat c'était le pot de terre contre le pot de fer," résume sobrement le président d'ECHO. "Moi, je voulais comprendre, savoir ce qui s'était passé et comment éviter que cela se reproduise," ajoute-t-il. 

C'était il y a 30 ans. Pour les familles des victimes, c'était hier.