Après le discours présidentiel, les acteurs du tourisme et de l'hôtellerie-restauration en Aura en attendent d'avantage

En évoquant un déconfinement progressif à compter du 11 mai tout en maintenant leur activité à l'arrêt, le Président de la République Emmanuel Macron a plongé les acteurs régionaux du secteur touristique dans un certain flou. De leur côté, les hôteliers-restaurateurs interpellent les assurances

Nicolas Daragon, est maire de Valence depuis 2014 et vice-président du Conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes depuis 2016. Il préside le Comité du tourisme Auvergne-Rhône-Alpes. Il estime que le discours présidentiel n’a pas été suffisamment clair, et regrette de ne pas être d’avantage fixé sur la saison estivale.
 
Yannick Kusy : Quel est votre sentiment, en tant que Président d’Auvergne Rhône-Alpes Tourisme, après les dernières déclarations du Président de la République ?
 
Nicolas Daragon : Il reste énormément d’incertitude. D’abord parce que personne ne peut prévoir l’évolution de cette épidémie dans notre pays. Mais il y aussi des imprécisions un peu stressantes, notamment quand j’entends que les écoles, les collèges, les lycées vont reprendre. Je prends un exemple dans ma ville, où se trouve un lycée qui comprend 2000 élèves, dont un millier qui mange à la cantine. Et, en revanche, on indique au restaurateur qu’il ne va pas pouvoir reprendre son activité. On le dit aussi aux hôteliers, alors qu’il y a bien des internats dans certains lycées. Cela crée une incompréhension et, finalement, soit le Président de la République en a trop dit, soit pas assez.
 
YK : Vous vous inquiétez pour la saison estivale ?
 
ND : Je peux prendre un deuxième exemple dans le domaine touristique, que sont les festivals. Si j’écoute bien, les rassemblements sont interdits jusqu’au 15 juillet. A Valence, notre festival est prévu à compter du 20 juillet. Son organisation engage un demi-million d’euros. Il est gratuit, ne fait aucune recette… Que doit-on faire ? Le maintenir, l’annuler ? Je pense qu’il aurait mieux valu qu’il nous dise que tout était annulé cet été. Cela met les acteurs du tourisme un peu plus dans le flou.
 
YK : Cela signifie que vous espérez encore des annonces d’assouplissement du confinement d’ici au 11 mai ?
 
ND : Il y a deux solutions. Soit on a des certitudes sur l’après 11 mai, et on nous annonce des mesures claires. Soit on n’en a pas et, dans ce cas là, qu’on nous dise clairement que la saison estivale est à oublier.  On est entrain d’expliquer à tous les acteurs du tourisme que l’on « va voir, au jour le jour » Difficile de fixer une ligne directrice quand, en parallèle, on nous explique que l’on va reprendre l’école. On peut mettre 2000 élèves dans un lycée, mais pas 300 spectateurs dans un festival. C’est très surprenant.
 
YK : Que vous disent les professionnels depuis hier ?
 
ND : On a énormément de retour des professionnels du tourisme. Ils nous donnent leurs quatre grands besoins impératifs. D’abord des besoins de trésorerie, d’annulation de charge, d’actionner les assurances, et d’informer les personnels sur les mesures de chômage. Du côté de la Région, nous avons d’abord saisi le Premier Ministre pour qu’il intervienne au près des assureurs-crédit, afin qu’ils déclenchent leurs indemnisations. Ce sont échéances, liées à des crédits, qui peuvent tuer des professionnels du tourisme. Enfin on a écrit au Préfet de Région pour qu’il permette des fermetures administratives, parce qu’elle peuvent ensuite être assurées, alors qu’aujourd’hui cela n’est pas le cas. Ce sont des actions concrêtes qui pourront sauver une partie des professionnels du tourisme.
 
YK : Quelles actions la Région Auvergne Rhône-Alpes a-t-elle engagées depuis le début de ce confinement ?
 
ND : On prépare un plan de relance marketing, sans savoir si la saison va avoir lieu, imaginez… Dans le domaine purement touristique, un fond spécial de 20 millions d’euros a été mis en place, dans le cadre d'un plan d'aide à l'économie de 600 millions d'euros. Il permet d’aider jusqu’à 5000 euros les très petites entreprises, ou associations de tourisme. On a déjà reçu 1400 dossiers de demande, que nous sommes entrain d’instruire. On a contacté 40 000 professionnels du tourisme via le Comité régional, on a fait des séminaires en ligne. Bref, on essaye de rester en contact avec tous les professionnels qui ont besoin d’écoute, et qui sont en grande détresse, et pour lesquels l’absence de lisibilité pose de grosses difficultés.
 
YK : Pour un maire comme vous, le plus simple ne serait-il pas d’annuler purement simplement la saison, quitte à revenir plus fort l’an prochain ?
 
ND : Les activités culturelles génèrent de l’activité touristique. Un festival comme celui de Valence remplit tous les restaurants de la ville pendant la soirée. Cela attire aussi des clients vers les hôtels, qui viennent parfois de loin pour profiter d’un spectacle gratuit. Je vous laisse imaginer la situation si le 25 juin Emmanuel Macron annonce à la télévision que tout est réglé, et que l’activité peut reprendre pleinement. Et que, nous, on a déjà décidé de tout annuler… Je ne peux pas renoncer à cette saison touristique, tant que nous n’avons pas un discours clair du gouvernement. Si on doit clairement tout annuler, cela signifie que l’argent que l’on va économiser sur cette saison pourra servir à aider l’économie locale
 

Les professionnels réclament un engagement plus solidaire des assureurs

Alain Grégoire est président de l’UMIH Auvergne Rhône-Alpes. Il représente une bonne partie des professionnels de la restauration et de l’hôtellerie. Il lance un coup de gueule à l’intention des assureurs qui, selon lui, ne joue pas le jeu de la solidarité nationale.
 
Yannick Kusy : Comment vivez-vous les dernières annonces présidentielles ?
 
AG : ll faut d’abord saluer les annonces faites sur le plan de la santé. Il y a un calendrier clair, un timing et cela fera l’objet de précisions durant les prochains jours. Sur l’aspect économique, nous sommes en partie rassurés concernant l’effacement des dettes sociales promis par l’Etat sur toute la durée du Covid 19. Le renforcement du dispositif d’activité partielle. Aujourd’hui l’activité partielle coute environ 10% à un employeur sur les salaires. On va pouvoir sans doute aller plus loin, et le réduire au maximum. Globalement, si l’on passe des paroles aux actes, cela va dans le bon sens.
 
YK : La profession a été citée dans ses déclarations…
 
AG : A plusieurs reprises, le Président a employé le mot « solidaire ». Les professionnels de la restauration de l’hôtellerie l’ont apprécié à juste titre car, de notre côté, nous avons joué cette carte de la solidarité dès le 15 mars. Dès que le gouvernement a décidé de fermer l’ensemble des restaurants de France, tout comme les cafés, les bars, les brasseries et les discothèques, on a mis en place immédiatement ces fermetures. Notre secteur d’activité a respecté à la lettre les souhaits du gouvernement. Je précise que notre profession est largement solidaire des soignants aujourd’hui. Les patrons de bars, de brasserie donnent, cuisinent, livrent des plats pour les personnels de soin, les pompiers, la Croix-Rouge… Bref, la solidarité, ça nous parle
 
YK : Avez-vous des inquiétudes ou des attentes fortes ?
AG : Certains propos méritent tout de même des éclaircissements. Notamment lorsque le Président a indiqué que les assureurs devaient « faire plus ». Nous souhaitons que les assureurs fassent « beaucoup plus ». Car dans ce domaine, on peut à l’inverse parler de non-solidarité. C’est même du cynisme, un abandon total de leur devoir d’assureur, au sens d’une relation forte avec les assurés. L’Umih Auvergne Rhône-Alpes sera arc-boutée sur ce point. Concrètement, il y a 15 jours, les assurances ont mis 200 millions d’euros sur la table. Ce matin, ils ont mis un milliard d’euros. C’est rien. C’est l’équivalent de 1% de l’effort nécessaire. Ces gens prennent le défi de loin.
 
YK : Que leur réclamez-vous ?
 
AG : Nous avons fait une étude très précise, chiffrée et étayée au niveau national, et j’ai piloté moi-même ce groupe de travail. Nous avons voulu connaître l’impact de la prise en charge de la perte d’exploitation par les assurances. Ce qu’il nous faudrait, c’est 3%. Je veux donc dire que, si les assureurs se délestaient de 3% de leurs fonds propres, on pourrait prendre en charge la perte d’exploitation pour l’ensemble de notre filière. Cela permettrait d’éviter les défaillances, les dépôts de bilan, pas de chômage pour des dizaines de milliers de salariés, et un retour à une activité à peu près stabilisée fin 2020. Et sans vraiment toucher leur trésor de guerre, ou leur portefeuille, en tout en respectant leurs règles de solvabilité.

Bonus vidéo : Le président du Groupement National des Indépendants,   l'autre syndicat des hôteliers et restaurateurs en Auvergne-Rhône-Alpes, ne cache pas son pessimisme
Président délégué du GNi, syndicat des professionnels de l'hotellerie et de la restauration