Un comité de soutien à Anne Soupa : l’enjeu de la crédibilité de la candidature d’une femme à l’archevêché de Lyon

Christine Pedotti, patronne du mensuel Témoignage Chrétien, et l’association La Parole Libérée, deux appuis de poids, ont créé un comité de soutien à la candidature d’Anne Soupa à l’Archevêché de Lyon.

Anne Soupa a postulé pour succéder à l’archevêque de Lyon Philippe Barbarin
Anne Soupa a postulé pour succéder à l’archevêque de Lyon Philippe Barbarin © AS
Anne Soupa, candidate à la succession de Philippe Barbarin à la tête du diocèse de Lyon, a désormais son comité de soutien. Deux jours après l'annonce de sa candidature au poste d’Archevêque de Lyon, l’information parait dans Témoignage Chrétien. Elle est signée, Christine Pedotti, directrice de la rédaction et de la publication. Qui précise qu’au «premier rang de cette initiative se trouve l’association La Parole Libérée».
Une seule adresse mail est donnée pour tout contact : anne.eveque@gmail.com.
Le nombre d’adhésions ou de signatures que pourra rassembler ce comité donnera une crédibilité nouvelle à la candidature d’Anne Soupa.

En théorie, elle n’a aucune chance. Elle est femme, elle est laïque, elle est engagée dans un combat féministe depuis plus de dix ans sans que rien n’ait bougé au sein de l’Eglise Catholique. Même le Pape François s’est cassé les dents sur la question. Alors sa candidature est, au mieux, saluée comme un geste symbolique, au pire regardée avec condescendance. Sa démarche militante n’est même pas étonnante. Pas plus que le soutien de Christine Pedotti, qui l’accompagne dans tous ses combats depuis 2009. Elles ont fondé le «Comité de la jupe», puis le Mouvement réformateur appelé la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones. Le crédo de ces femmes engagées dans l’Eglise Catholique : "ni partir, ni se taire".
 

Les trois points forts de sa démarche

Anne Soupa expliquait les trois points forts motivant sa démarche sur notre antenne le mardi 26 mai :

La place des femmes dans l’Eglise Catholique
«Cela paraît impensable aux consciences catholiques et même aux non catholiques d’imaginer une femme évêque. Moi je dis : pourquoi pas ? Il faut changer cette mentalité».

La gouvernance de l’Eglise
«La gouvernance de l’Eglise est actuellement concentrée entre les mains des prêtres. Or la base de recrutement des prêtres est trop étroite pour représenter clairement des opinions diverses et les mentalités du monde moderne».

Les abus sexuels dans l’Eglise
«Une gouvernance uniquement cléricale favorise l’entre-soi. Plus de femmes et moins d’abus».
 

Sexualité, célibat, le féminin dans sa globalité, les catholiques veulent-ils débattre de toutes ces questions ?

Dès avant l’annonce de sa candidature, La Parole Libérée est venue rejoindre Anne Soupa. François Devaux, président de l’association, fer de lance du combat contre la pédophilie dans l’Eglise, considère que son projet est «pertinent» pour porter les vraies questions : la gouvernance centralisée voire sacralisée, le rôle des prêtres, l’exercice quasi-monarchique du pouvoir.
Des travaux sont menés en France comme au niveau des Nations-Unies sur la pédophilie dans l’Eglise. La question est, selon lui, liée aux autres thèmes que sont la sexualité, le célibat des prêtres, la place de la femme et plus largement du féminin dans sa globalité.
Près de 500 000 femmes sont en effet en première ligne dans la vie de l’Eglise Catholique : célébrations en l’absence de prêtres, enseignement, vie quotidienne, elles «tiennent la boutique».
 

Candidature solitaire ou démarche collective ?

François Devaux accorde donc à Anne Soupa «une vraie légitimité» pour interpeler la hiérarchie, pour interroger cet état de fait. Il voit aussi «un peuple catholique qui commence à relever la tête, à s’interroger, à sortir d’une position docile». Et il souhaiterait justement qu’il «donne de la voix», ce peuple catholique qui fait vivre l’Eglise «quand les décisions sont toutes aux mains des clercs».

Pour autant, il laisse à Anne Soupa la responsabilité de sa candidature. Et c’est là tout l’enjeu d’un comité de soutien. Une candidature solitaire, individuelle, aurait du mal à trouver une légitimité autre que symbolique.
Observateur engagé de l’Eglise Catholique, Christian Terras (revue Golias), rappelle qu’à l’origine, les évêques étaient élus par les fidèles, et que leur candidature était portée par une communauté. Aujourd’hui, c’est Rome qui désigne les évêques. Une démarche reproduisant ce schéma n’aurait aucune utilité. Un comité de soutien rassemblant adhésions et signatures au-delà des cercles engagés ou des associations militantes démontrerait le caractère collectif de la démarche. Et donnerait un nouveau poids à la candidature d’une femme au siège d’archevêque de Lyon.
 
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