La commune de Sathonay-Village, tout près de Lyon, a annoncé la mise en place d'une interdiction de circulation nocturne pour les mineurs de moins de 15 ans qui ne seront pas accompagnés. Elle s'applique pour trois mois, depuis le 31 mai jusqu'au 31 août 2024.
Tous les soirs, dès 22h et jusqu’à 6h du matin, les mineurs de moins de 15 ans ont l’interdiction de circuler sans un adulte à leurs côtés dans les rues de Sathonay-Village, commune d'environ 2 500 habitants de la Métropole de Lyon, voisine de Rillieux-la-Pape. Les contrevenants à cette règle s'exposent à une contravention de 2ᵉ classe, soit une amende de 68 euros. Cette interdiction de sortie fait l'objet d'un arrêté signé le 27 mai, par le maire de la commune. Une mesure pour la tranquillité publique court pour le moment jusqu’au 31 août 2024.
Couvre-feu estival, les Sathonards partagés
"Ça peut être une bonne idée", indique un jeune homme. "Ça reste de la responsabilité des parents de veiller sur ses enfants et sur ce qu'ils font jusqu'à leur majorité. Que la mairie mette en place ce dispositif, ce n'est pas mal. Selon moi, c'est une mesure qui est là pour aider et non pour contrôler les gens. Il ne faut pas que ça devienne abusif".
"Pourquoi pas ? Mais en pleine journée aussi, il peut se passer des choses. On ne peut pas les empêcher de sortir toute la journée, on ne peut pas les mettre en cage. Que faire ? Ce n'est pas idiot mais c'est une fausse bonne idée," déclare une autre habitante.
"Ça peut être une bonne idée mais c'est dommage pour les jeunes qui ne commettent pas de dégradations. Quand j'étais jeune, j'aimais bien sortir le soir et retrouver mes amis. Mais je comprends aussi les décisions qui s'imposent pour ce genre de problème. Mais c'est bizarre d'en arriver là !", assure une troisième Sathonarde.
Les habitants de la petite commune semblent partagés devant cette décision de couvre-feu pour les mineurs. Des mineurs privés de sortie la nuit entre 22h et 6h du matin : c'est la deuxième année consécutive que cette mesure d'interdiction a été prise à Sathonay-Village. Elle est même étendue cet été aux jeunes de moins de 15 ans.
L'opposition municipale dénonce un choix uniquement répressif et inopérant face à la délinquance juvénile. "Nous n'avons pas de bilan de l'efficacité de la mesure en 2023. Sans l'intervention des parents, cela n'aura pas beaucoup d'effets", selon Pierrick Maintigneux.
Un précédent à l'été 2023
L'été dernier, en juin 2023, le maire de Sathonay-Village avait déjà pris un arrêté visant les jeunes de moins de 13 ans qui n’étaient pas accompagnés d’au moins un adulte. L'interdiction de sortie s'appliquait dès 22h et jusqu’à 6h du matin.
Cette décision avait été prise après des incidents et des dégradations. Alors que les vacances scolaires venaient de débuter, la commune avait été victime de divers actes de vandalisme : feux de poubelles, tags, tuiles ou vitres brisées, ... "Ils ont même dégradé la sirène des pompiers", a indiqué Jean-Paul Juventin, actuel maire de Sathonay-Village. Ce dernier a pris la suite de Jean-Pierre Calvel, décédé fin août 2023. "Quand l'arrêté a été mis en place, la gendarmerie a pu faire des contrôles d'identité. Avec des réquisitions de caméra, ils ont pu identifier des enfants, alerter les parents, la justice", a expliqué l'élu.
Qui sont les auteurs des incivilités ?
Pour le maire, la commune est "calme en apparence". Mais certaines nuits, surtout en fin de semaine, des habitants subissent des nuisances sonores. Parfois jusqu'à 4 ou 5 heures du matin. Des nuisances qui ont lieu essentiellement en période de vacances. L'arrêté viserait à prévenir ces mineurs des accidents.
Ces jeunes peuvent faire des bêtises dangereuses pour eux aussi. Cet arrêté, c'est aussi pour préserver ces enfants.
Jean-Paul JuventinMaire de Sathonay-Village
"Ce sont des enfants en vacances... Il y a des jeunes de la commune, des jeunes qui viennent de l'extérieur ou des enfants qui ont habité la commune et qui reviennent en période de vacances. Ils viennent dans le parc la nuit avec les copains...", résume l'édile. L'an dernier, les dégradations ont coûté près d'un millier d'euros à la petite commune.
Pas de lien avec l'affaire Nahel
Jean-Paul Juventin note toutefois que les incivilités et actes de vandalisme proférés au début de l'été dernier ne sont pas en lien avec les émeutes survenues après la mort de Nahel à Nanterre, le 27 juin 2023. L'adolescent de 17 ans a été tué par un policier. "Je ne dis pas que les informations n'influencent pas ces jeunes mais je n'irais pas jusque-là. Même sans l'affaire de Nahel, on aurait eu à peu près la même chose", estime le maire.
En 2023, des communes de la métropole de Lyon, avaient connu plusieurs nuits de violences urbaines après la mort de Nahel. De nombreuses dégradations avaient notamment été recensées sur le réseau TCL. À Rillieux-la-Pape, la médiathèque, le poste de police, une crèche ou encore un local associatif avaient été pris pour cible. Des violences avaient eu lieu aussi à Vaulx-en-Velin, Villeurbanne et dans plusieurs quartiers de Lyon. Les affrontements avec la police avaient fait des blessés.