La culture toujours confinée : déception dans le Rhône, en Ardèche et dans la Loire

La nouvelle était attendue avec une certaine fébrilité : les cinémas, théâtres et musées ne rouvriront finalement pas le 15 décembre et resteront fermés trois semaines de plus. Les réactions fusent dans les différentes institutions culturelles de la région.

La Culture restera confinée pour l'heure ...
La Culture restera confinée pour l'heure ... © France tv

Coup de massue et douche froide pour le monde de la culture, après les annonces de Jean Castex. Cinémas, théâtre ou encore Opéra, les réactions se multiplient. Ce matin, réunions de crise au programme pour de nombreuses institutions, comme dans la Loire, notamment pour gérer les annulations.  

 

"On laisse entendre que venir chez nous, c'est dangereux"

"Aujourd'hui, on est dépités. C'est de l'incompréhension surtout... après une réaction épidermique de colère hier, quand on a constaté que la culture était une fois de plus une variable d'ajustement de l'épidémie," a déclaré Julien Poncet, directeur général du théâtre de la Comédie-Odéon à Lyon. Il déplore cette décision alors que le monde de la culture et du spectacle avait été félicité pour la mise en place de protocoles sanitaires stricts. Il constate "une absence de perspectives". "Quand allons-nous pouvoir rouvrir, et enfin pouvoir exercer notre métier ?" s'interroge-t-il.

On ne peut pas vivre toute une vie entre le métro, le boulot et le dodo.

Julien Poncet

Julien Poncet, directeur du théâtre Comédie - Odéon à Lyon 11/12/20
Julien Poncet, directeur du théâtre Comédie - Odéon à Lyon 11/12/20 © France tv

"Dans les métros, on peut s'y rendre et y être entassés; dans les magasins, on peut s'y rendre et y être entassés. Donc on ne comprend pas pourquoi, nous la Culture, qui sommes beaucoup plus prudents, pourquoi nous devons servir de variable d'ajustement pour cette épidémie," déplore Julien Poncet. Il souligne par ailleurs, que "la période de fin d'année est cruciale". "Ce sont souvent les mois d'octobre à janvier qui nous permettent toute l'année de produire des spectacles, de faire vivre la Culture sur le restant des autres mois." Il prévient : "J'ai bien peur que nombre d'acteurs culturels ne se remettent pas de ces aller-retours". Il redoute aussi une défection du public à l'avenir en raison des annulations successives mais aussi car "on laisse entendre que venir chez nous c'est dangereux". Pour ce responsable de salle, l'avenir s'annonce sombre dans la profession : "C'est toutes nos entreprises qui sont aujourd'hui quasiment par terre, il va falloir reconstruire..." avec l'aide des pouvoirs publics. 

Un réveil difficile et une décision brutale

Pour Grégory Cometti, propriétaire du KFT, café-théâtre de Saint-Galmier, dans la Loire, le réveil est rude. Il se dit déçu mais pas vraiment surpris. Au lendemain de l’annonce de Jean Castex, il faut s’organiser pour gérer les annulations des fêtes de fin d’année.

Grégory Cometti - 11/12/20 - le propriétaire du KFT, café-théâtre de Saint-Galmier, dans la Loire, ne cache pas sa déception.
Grégory Cometti - 11/12/20 - le propriétaire du KFT, café-théâtre de Saint-Galmier, dans la Loire, ne cache pas sa déception. © S.Loeb

"On va encore devoir travailler pour des choses qui vont être annulées. C’est frustrant." Pour le gérant de cette petite salle, qui organise "de gros réveillons",  l’annonce a été "un peu brutale" et s'accompagne fatalement de pertes d'argent. La réouverture au 7 janvier ? Le patron de ce café-théâtre de la Loire est formel : "peu de salles vont y croire et peu de salles vont se risquer à refaire de la communication pour faire une réouverture le 7 janvier". 

Déception à l'Opéra de Lyon

A l'Opéra de Lyon, qui préparait d'arrache-pied la production de fin d'année "Béatrice et Bénédict", c'est la déception. Les équipes travaillent depuis plusieurs semaines sur cet opéra comique d'Hector Berlioz. Et même si les dates du 12 et 14 décembre étaient annulées depuis un moment, on espérait bien que le déconfinement potentiel au 15 décembre permette le tenue des autres représentations, planifiées -hypothétiquement- du 16 décembre au 1er janvier. 

C'est finalement raté, et c'est la déception qui prédomine : les cinémas, théâtres et musées ne rouvriront pas le 15 décembre et resteront fermés trois semaines de plus, pour réduire le risque de propagation de l'épidémie de Covid-19, dixit le Premier ministre, Jean Castex.

"La déception est forte pour l’ensemble des artistes, techniciens et personnels qui depuis plusieurs semaines  se préparaient à accueillir de nouveau le public à compter du 15 décembre, mais nous devons, en responsabilité, en accepter les principes et contribuer aux efforts demandés."

Opéra de Lyon

Alors à défaut de spectacle avec un opéra rempli -même à jauge réduite- de public, l'Opéra de Lyon annonce que sa production "des fêtes de fin d’année", ce "Béatrice et Bénédict" mis en scène par Damiano Michieletto et dirigé par Daniele Rustioni, sera néanmoins captée dans les tous prochains jours, puis diffusée dans les prochaines semaines sur .... France TV.

Un moyen de faire vivre malgré tout cette création  et "de partager avec le plus grand nombre ce très bel opus de Hector Berlioz". 

Incompréhension du côté des cinémas en Ardèche 

La déception est grande du côté des cinémas qui -tous- s'étaient préparés depuis plusieurs semaines à une possible réouverture le 15 décembre.

C'est le cas du cinéma Le Navire à Aubenas pour qui décembre représente son plus gros mois de l'année. C'est une sortie familiale importante qui compte beaucoup. La programmation était ficelée avec quelques films qui n'avaient connu que quelques jours de sortie en octobre et qui marchaient plutôt bien comme  "Adieu les cons" d'Albert Dupontel ou aussi "ADN" de Maïwenn. Tous attendaient le blockbuster, promis à faire un carton à l'approche de Noël avec "Wonder woman 1984" du studio Warner.

Christophe Maffy, gérant de la Scop Le Navire ne comprend cette décision ministérielle alors que le protocole sanitaire en vigueur dans les cinémas étaient très strict. Et de le rappeler encore et encore : le port du masque obligatoire durant le film, des sièges de séparation entre les groupes de spéctateurs et une gestion des flux de personnes controlée pour éviter les échanges.

"On est vraiment déçu, on y croyait. D'autant plus qu'aucun cluster n'a été recencé dans aucune salle de spectacle en France ni même dans le monde. On est donc très surpris, abasourdis. On trouve cela même injuste car nous sommes stigmatisés comme des lieux à risques ce qui n'est pas le cas du tout. On est pas moins sécur que le train, le métro ou le supermarché"

Christophe Maffy, la Scop Le Navire

La Fédération Nationale des Cinémas Français (CNCF) se réunit dans la journée ce vendredi 11 décembre pour décider de son plan d'action suite aux annonces gouvernementales. Christophe Maffy, gérant du cinéma Le Navire à Aubenas siège au sein de la commission nationale pour le quart sud-est de la France. Selon lui, un recours devant le conseil d'Etat devrait y être évoqué. 

Et qu'en est-il du service public de la culture ?

La nouvelle directrice de la scène régionale du théâtre de Privas, Christine Chalas, ne décolère pas. Le second confinement a révélé d'importants malaises psychosociaux un peu partout dans la société, la culture en avait profité pour redéfinir sa mission de service public. Un rôle fondamental pour continuer à se construire et vivre ensemble. "On a le sentiment d'être balayés du jour au lendemain, d'être inexistants, mis à l'écart" pointe la directrice du théâtre. 

Le théâtre de Privas, actuellement en travaux est toujours "hors les murs". C'est pour lui une période de transition délicate durant laquelle il faut maintenir les liens avec les abonnés et son public. Le théâtre avait "remué ciel et terre" pour programmer un spectacle après le 15 décembre. Le spectacle "Lobby" de la Compagnie Tie Break. Un spectacle hip hop haut en couleur à voir en famille. "J'ai de la colère... C'est à nouveau poser un lapin au public".

Ne remettant pas en cause l'importance de la sécurité sanitaire, Christine Chalas ne comprend l'unilatéralité de la mesure.

"C'est On ou Off. Cette impossibilité d'invention est vraiment problématique alors que nous pouvons inventer d'autres formes de représentation, d'autres modes de rendez-vous... çà peut être des promenades, des lectures... C'est notre métier, nous savons faire autrement..."

Christine Chalas, Directrice du Théâtre de Privas

Enfin, par solidarité avec les nombreux intermittents qui gravitent autour des scènes du spectacle vivant, Christine Chalas s'inquiète d'un durcissement de la précarisation des intermittents. Un spectacle est le résultat d'une chaîne de nombreux collaborateurs, un seul maillon qui manque à l'appel et c'est tout l'édifice qui s'écroule. En attendant des jours meilleurs, le théâtre de Privas entame sa mue par des travaux d'envergure. Le nouveau nom et sa nouvelle identité visuelle seront connus en mars 2021, l' ouverture du théâtre est prévue fin d'année 2021. 

A Vallon-Pont d'Arc, la grotte chauvet 2 était -elle aussi- prête à rouvrir pour le 15 décembre. Toutes les équipes s'étaient préparées pour la réouverture de la grotte. Des animations pour les vacances de Noël étaient également programmées commes des contes autour du feux et des ateliers autour des artistes aurignaciens. "On est forcément très déçus" commente la responsable communication de la grotte Chauvet 2 Fanchon Lafrileux.

"Nous réfléchissons à nous reconvertir dans la grande distribution commerciale ou religieuse pour pouvoir à nouveau accueillir du public." Certains acteurs ont choisi l'ironie pour réagir, c'est le cas de la SMAC 07, à Annonay. L'association avait déjà adapté son festival de chansons de bords et de bars, une 15e édition initialement prévue le 19 décembre. 

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