Dissolution du Conseil Français du Culte Musulman : "c'est un échec pour nous tous", selon Kamel Kabtane, recteur de la Mosquée de Lyon

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Écrit par Emilie Rosso .

Ce samedi 5 février, le Conseil Français du Culte Musulman sera remplacé par le Forif. Le Forum pour l'islam de France deviendra donc le nouvel interlocuteur des pouvoirs publics. Pour Kamel Kabtane, actuel recteur de la Mosquée de Lyon, il s'agit d'un "échec".

Exit le CFCM, désormais c'est le Forif qui sera le nouvel interlocuteur officiel des pouvoirs publics et qui représentera les musulmans français. Un changement de sigle et un changement d'instance qui marque un tournant important dans la gouvernance de l'islam de France.

"C'est un échec pour nous tous", regrette Kamel Kabtane, le recteur de la Mosquée de Lyon. "J'ai moi-même participé à la création du CFCM il y a 20 ans, et tous les idéaux qui ont présidé à la création de cette instance n'ont pas été respectés", reconnaît-il.

Une instance gangrénée par des luttes de pouvoir

Créé en 2003 par Nicolas Sarkozy, sur une idée de Jean-Pierre Chevènement, le Conseil français du culte musulman avait pour objectif d'instituer un interlocuteur officiel de l'islam, comme c'est le cas pour les autres religions. Établir un dialogue et "faire avancer la représentation de l'Islam de France", comme le raconte Kamel Kabtane. Car "pour être reconnu, il faut être représenté". Mais ces derniers mois, le Conseil était en proie à une crise profonde. Les huit fédérations nationales ou représentatives de courants de l'islam qui le composent se sont livrées une lutte de pouvoir sans merci qui a conduit Gérald Darmanin à annoncer sa dissolution, en décembre dernier. Le gouvernement dénonçait notamment l'ingérence des grands pays musulmans sur la représentation de l'islam en France.

On ne peut pas en vouloir aux différents pays d'origine qui veulent avoir la main sur leur immigration

explique Kamel Kabtane.

Mais, "cette volonté on la ressent d'autant plus qu'il s'agissait d'une volonté de représenter les musulmans, par le haut. Nous avons construit une structure dans laquelle on a commencé par construire le toit, et on a oublié de construire la base et c'est cette base qui aujourd'hui ne se ne se retrouve plus dans le CFCM et ne se sent pas représentée, ni même concernée par les décisions importantes qui sont prises par cet organisme, sans aucune concertation, sans qu'il y ait véritablement un dialogue avec la base", dénonce le recteur de la Mosquée de Lyon.

Une nouvelle instance controversée

Réuni ce samedi 5 février à Paris, le Forum pour l'islam de France (Forif), va donc officiellement remplacer le CFCM. Il sera composé d'acteurs de terrain choisis par l'Etat, par l'intermédiaire de listes émanant des préfectures, à la suite d'"assises territoriales de l'islam de France".
Ce Forif aura vocation à se réunir annuellement, parallèlement aux "assises territoriales". Pour l'Etat, il s'agit de "ne pas instituer un interlocuteur unique" et d'avancer avec des acteurs qui "s'engagent à être constructifs", selon l'AFP. Une révolution souhaitée par l'exécutif mais qui laisse plusieurs observateurs dubitatifs sur sa légitimité et son utilité. Comme Franck Frégosi, directeur de recherche au CNRS, qui a publié une tribune dans le Monde cette semaine et pour qui "la création du Forif se présente plutôt comme une opération médiatique destinée à démontrer que le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, entend, lui aussi, laisser son empreinte sur la gouvernance de l'islam, comme tant d'autres avant lui".
"Peut-être que le CFCM, on l'a tué trop tôt, admet lui aussi Kamel Kabtane, il aurait fallu le réformer de l'Intérieur, c'est un outil qui n’appartient pas à l'État, il appartient aux musulmans et c'est pour ça que la représentation à partir de la base, des territoires est la meilleure option". Il regrette également la disparition d'une vraie instance de représentation. "Le Forif est un lieu de réflexion et de proposition. Il n'est pas un lieu de représentation, il n'a pas été élu et je pense que la représentation ne peut venir que des musulmans eux-mêmes", conclut le recteur de la Mosquée de Lyon.

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