Charte des principes de l'islam: deux imams lyonnais dénoncent un manque de concertation

Les deux recteurs des mosquées de Lyon et de Villeurbanne publient un communiqué commun pour dénoncer la "charte des principes" de l'islam par le Conseil français du culte musulman (CFCM).

Kamel Kabtane et Azzedine Gaci dénoncent dans un communiqué, mardi 26 janvier, la "charte des principes" adoptée par le Conseil français du culte musulman (CFCM).
Kamel Kabtane et Azzedine Gaci dénoncent dans un communiqué, mardi 26 janvier, la "charte des principes" adoptée par le Conseil français du culte musulman (CFCM). © R. Lafabregue / AFP

Les recteurs des mosquées de Lyon et de Villeurbanne, Kamel Kabtane et Azzedine Gaci, déplorent qu'aucune "concertation préalable avec les imams et les responsables des mosquées" n'ait été menée avant l'adoption de la "charte des principes" de l'islam par le Conseil français du culte musulman (CFCM).

"Cette charte établie sans consultation "

Les deux responsables religieux lyonnais, respectivement président du Conseil des mosquées du Rhône (CMR) et porte-parole du Conseil théologique des imams du Rhône (CTIR), affirment "ne pas se retrouver" dans "cette charte établie sans consultation et sans concertation préalable avec la base". "Nous regrettons vivement que le CFCM n'ait pas jugé bon de consulter les imams et les responsables des institutions musulmanes de France - malgré de nombreuses sollicitations - avant la ratification de cette charte qui les concerne directement", argumentent-ils dans un communiqué commun.

"Un climat de suspicion "

Ils estiment que rappeler aux musulmans de France qu'ils "sont des citoyens français" et qu'à ce titre, "ils sont tenus de respecter strictement les lois de leur pays et les valeurs de la République", ainsi que l'édicte la charte, "ne ferait que créer un climat de suspicion généralisée et de repli sur soi". "Les Français de confession musulmane ne comprendraient pas que l'on veuille les distinguer de leurs compatriotes en leur imposant des règles spécifiques", pointent les responsables de ces deux instances indépendantes du CFCM.  Condamnant "très vigoureusement l'instrumentalisation de l'islam à des fins politiques, l'ingérence des états étrangers ou la diffusion des discours haineux et nationalistes", ils soulignent que s'il convient de "mettre fin à certaines pratiques qui relèvent plus de la tradition que de la religion", celles-ci concernent "une minorité de musulmans".  "Pourquoi alors le mettre en avant dans une charte destinée à rassembler les imams?", s'interrogent-ils, se disant profondément attachés au "précieux principe de laïcité".

"Le CMR et le CTIR restent convaincus que seule une restructuration au niveau départemental pourrait sortir l'islam de France de ce désordre qui l'anime depuis des décennies", concluent-ils. Saluée comme un "acte fondateur" par l'exécutif alors que les députés entament les débats sur le projet de loi contre le séparatisme, la charte de l'islam adoptée le 18 janvier par le CFCM est loin de faire l'unanimité. Trois fédérations dissidentes ont réaffirmé mercredi dernier leur refus de signer un texte qui selon eux risque de "fragiliser" la confiance à l'égard des musulmans.

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