Essure : un livre-enquête sur l'implant contraceptif qui fait scandale, "30 000 femmes désimplantées"

Deux journalistes, dont une Lyonnaise, publient une enquête sur l'affaire sanitaire autour des implants contraceptifs Essure retirés du marché en 2017 par le géant Bayer, après de très nombreuses plaintes de femmes. Interview avec Jacqueline Maurette, l'une des co-enquêtrices.

En marchant au téléphone tout en répondant à nos questions, la journaliste indépendante Jacqueline Maurette fait quelque chose qui n'est plus à la portée de certaines femmes victimes d'effets secondaires importants après avoir eu recours à l'implant contraceptif Essure : elle marche sans ressentir de douleurs.  

C'est tout le propos du livre Au Mépris du corps des femmes : le scandale des implants Essure. Publiée le 20 octobre 2022 aux éditions de L'Atelier, cette enquête menée par les deux journalistes Delphine Bauer et Jacqueline Maurette donne la parole à des femmes victimes de cet implant et décortique les failles médicales de cette affaire. 

Essure, loin du "miracle"promis

Lancé en 2002 aux Etats-Unis, l'implant Essure, commercialisé par le géant pharmaceutique Bayer, arrive en Europe la même année. Présenté comme un moyen de contraception "miracle", la méthode Essure est moins invasive que la ligature des trompes. La pose se fait en milieu hospitalier, en ambulatoire, par les voies naturelles, donc sans incision. Elle ne nécessite pas d’anesthésie générale et ne dure pas plus de 10 minutes. Il faut trois mois pour que l’obstruction soit totale, délai pendant lequel une autre contraception est nécessaire. Un contrôle est ensuite obligatoire pour vérifier le bon positionnement des implants dans les trompes, garant de l’efficacité de la méthode. 

200 000 femmes implantées en France

Mais l'implant développé par le laboratoire Conceptus se révèle vite moins idéal que prévu. Aux Etats-Unis, dès 2005, des femmes se plaignent de séquelles physiques importantes (douleurs, hémorragies, fatigue) suite à la pose de l'implant Essure. Bayer dédommage finalement les plaignantes contre leur silence. 

Mais au départ, ces femmes on ne les entendait pas. On leur disait qu'elles faisaient un burn-out

Jacqueline Maurette, journaliste

En France, le dispositif connaît un franc succès. Sur un million d'implants commercialisés dans le monde, environ 200 000 l'ont été en France. Mais comme outre-Atlantique, de nombreuses femmes se plaignent au fil des ans de troubles physiques très handicapants provoqués par l'implant. "C'est un ami médecin qui m'a dit qu'il était sur quelque chose de terrible, qu'il voyait des femmes détruites. Mais au départ, ces femmes on ne les entendait pas. On leur disait qu'elles faisaient un burn-out", confie Jacqueline Maurette, légèrement essoufflée à mesure qu'elle nous explique les détails de son enquête au bout du fil. 

Selon la co-autrice du livre, la première faille médicale de cette affaire concerne le processus de certification des implants Essure en Europe. "Les études de suivi faites par Conceptus sont trop courtes pour mesurer l'obsolescence des matériaux de l'implant. Les modes de certification étaient aussi trop laxistes à l'époque. Il y a plusieurs pistes de recherche pour déterminer la cause des douleurs des femmes. Cela pourrait être lié à un relargage de métaux lourds dans le corps, mais ça n'a pas encore été prouvé. Les soudures de l'implant relarguent vraisemblablement de l'étain", explique la journaliste scientifique. 

En France, Bayer bloque toutes les poursuites judiciaires

Jacqueline Maurette

co-autrice du livre

En 2017, alors que l'affaire n'est pas encore publique en France, Bayer annonce qu'il cesse la commercialisation de l'implant Essure, sans motiver précisément sa décision. "C'est ça le deuxième scandale de cette affaire, poursuit Jacqueline Maurette. En France, Bayer bloque toutes les poursuites judiciaires et c'est difficile de prouver la relation directe entre l'implant et les douleurs". Bayer est ainsi attaqué en justice par 132 femmes qui réclament la reconnaissance d'un préjudice d'anxiété. 

Dans leur livre, les deux journalistes donnent largement la parole à Anne-Cécile Groleas, une victime originaire de Vénissieux dans la banlieue de Lyon. Le témoignage d'Anne-Cécile est le fil rouge de cette enquête minutieuse. En 2018, elle s'est fait retirer ses implants, une opération lourde qui conduit à l'ablation de l'utérus.

Comme elle, 30 000 femmes se sont fait retirer leurs implants en France. Un chiffre énorme, selon la journaliste Jacqueline Maurette, qui dédicace son livre à toutes les victimes. "Ce livre, c'est une forme de reconnaissance pour elles. Ces femmes nous ont beaucoup aidées. Leur vie est foutue en l'air. Il y a des carrières professionnelles qui se sont achevées brutalement"

Le livre Au Mépris du corps des femmes : le scandale des implants Essure sera disponible dans les librairies le 20 octobre 2022 aux éditions de L'Atelier. 

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