INSOLITE. Tué par les baskets, le dernier crépin ferme :" Pendant la guerre de 14, l'armée pouvait commander 3000 chaussures cloutées"

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Écrit par Silvie Boschiero .

Après 127 années d'existence, le dernier crépin de Lyon baisse le rideau de sa caverne d'Ali Baba spécialisée dans le matériel de cordonnerie, des cuirs rares jusqu'aux clous de chaussures. La fin d'une époque et d'une histoire de famille.

" C'est un magasin que je connais depuis les années 80, quand je suis arrivé à Lyon pour faire mes études. Il me rappelle ma campagne... Ca me rend triste qu'il ferme définitivement ", soupire ce quinquagénaire nostalgique venu acheter une ceinture. Le magasin date de la construction de l'immeuble en 1895 et depuis rien n'a bougé. La façade habillée de bois et les grands rayonnages patinés n'ont pas changé depuis l'ouverture de cette boutique dédiée à la cordonnerie.

Les crépins, des grossistes en cordonnerie

Des fournisseurs de matériel pour chaussure, baptisés les crépins, il y en avait alors des dizaines à Lyon. "A l'époque, les cordonniers n'étaient pas seulement des réparateurs de chaussures, ils les fabriquaient !"  explique Jacques Baudière, 78 ans, dernier propriétaire de cette affaire familiale fondée par son grand-père. 

Sur les comptoirs, à côté des peaux de vache bicolores et des cuirs exotiques de gazelle ou de crocodile, des outils en tout genre dont Jacques Baudière est le dernier à connaître l'usage. Il a gardé tous les stocks de son grand-père, certaines boîtes de clous à chaussure sont là depuis plus de 125 ans. "Pendant la guerre de 14, l'armée pouvait passer des commandes de 3000 chaussures cloutées, à fournir dans des délais très courts. Ce magasin, c'est toute une histoire..." se souvient-il avec amusement.

Les baskets ont tué la chaussure à l'ancienne

Jacques Baudière, dernier crépin lyonnais

S'il n'a pas trouvé de repreneur, c'est que "l'évolution des modes de consommation a tué la profession. Aujourd'hui, on est tous en baskets, donc les cuirs à semelle, c'est du passé !" constate-t-il sans amertume. "Quand je fermerai la porte pour la dernière fois, dans quelques jours, j'aurai un petit pincement au cœur mais il faut savoir s'arrêter !'

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Après 127 ans d'existence, l'une des plus anciennes boutiques de Lyon baisse le rideau ©France 3 Rhône Alpes

Et c'est aussi la physionomie de ce coin de la Presqu'Ile lyonnaise qui va changer.  Après 127 ans sans lifting, qui peut dire à quoi ressemblera dans quelques mois le 15 de la rue Tupin ?

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