"Les arbres qu’on plante aujourd’hui vont rafraichir nos enfants en 2040"

La Métropole de Lyon a lancé le Plan Canopé en 2018. Un des objectifs est d'atteindre 30% de surface ombragée sur le territoire contre 27% aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que les arbres peuvent être de vrais remparts aux grosses chaleurs urbaines.
<p>Dans le quartier de la Confluence à Lyon, on fait pousser des arbres et on cultive de la terre.</p>
Dans le quartier de la Confluence à Lyon, on fait pousser des arbres et on cultive de la terre. © RICHARD MOUILLAUD / MAXPPP

Frédéric Ségur est le directeur du service Arbres et paysages à la Métropole de Lyon. Il est à l'origine du Plan Canopée, lancé en 2018, qui porte haut et fort l'idée de "forêts urbaines". Augmenter le nombre d'arbres et donc la superficie d'espaces ombragées permet de gagner quelques degrés. Et, comme il l'explique dans l'entretien qui suit, cela peut sauver des vies.

L'enjeu, il est important aujourd'hui, il faut rafraîchir la ville ?
La principale vulnérabilité des villes, comme Lyon ou Clermont-Ferrand, c'est justement les problèmes d'îlots de chaleur, c'est-à-dire que la ville surchauffe. Toute l'année, il fait entre 2 et 4 degrés de plus au centre de la ville qu'en périphérie. Mais pendant une période de canicule, vous pouvez avoir jusqu'à 11 degrés de plus la nuit, et c'est pour ça que les gens étouffent, n'arrivent pas à se reposer. C'est pour ça qu'on a des mortalités pendant les vagues de chaleur, c'est à cause de ce non rafraîchissement nocturne. Ce problème, il est lié à ce qu'on appelle l'îlot de chaleur urbain, c'est-à-dire que toutes les surfaces, comme l'enrobé noir, accumulent de la chaleur pendant la journée et la restituent pendant la nuit. Donc, il faut trouver quelque chose pour lutter contre cet îlot de chaleur urbain. Ce qu'on a trouvé, c'est d'avoir des sols perméables et d'avoir de la végétation, et notamment des arbres. Les arbres ont beaucoup plus de pouvoir rafraîchissant qu'une simple pelouse parce qu'ils font de l'ombrage. 

L'enjeu, c'est l'ombre ?
L'enjeu, c'est d'abord l'ombrage effectivement. On a fait des mesures en température ressentie pendant une période de canicule, on a jusqu'à 10 degrés d'écart en termes de température ressentie si vous êtes sous l'arbre ou si vous êtes en plein soleil.

Le plan Canopée au niveau de la métropole de Lyon, c'est 300 000 arbres. C'est le nombre ou c'est la surface qui a du sens ?
Le nombre n'a pas de sens, il ne faut pas s'arrêter à ça. Ce qui compte, c'est l'objectif qualitatif. Qu'est-ce qu'on cherche à avoir ? On cherche à augmenter la surface ombragée, donc il faut que les arbres qu'on plante soient plantés dans de bonnes conditions pour pouvoir pousser et se développer. Si c'est pour planter des arbres qui végètent et qui meurent comme sur un parking de supermarché au bout de 10 ans, ça ne sert à rien, on n'aura rien gagné pour les générations à venir. L'objectif, ce que l'on mesure, c'est la surface ombragée. La mesure qu'on a faite sur la métropole de Lyon, c'est à peu près 27% de la superficie du territoire qui est ombragée par des arbres. Ce qui fait 14 500 hectares sur la métropole et l'objectif serait d'atteindre 30%. Il y a des études américaines qui disent que pour qu'une ville soit résiliente par rapport aux questions de changement climatique et de dégradation de la qualité de l'air, il faudrait être entre 30 et 40% de surface de canopée. C'est pratiquement le seul levier qu'on a pour avoir des villes qui soient encore vivables dans 30, 40 ou 50 ans parce qu'il faut du temps pour que les arbres poussent. Vous savez que d'ici 2100, on pourrait avoir des températures, en pic de chaleur, qui pourraient dépasser 50 degrés, peut-être même 55 degrés. On ne sait pas ce que ça représente. Le record de chaleur actuellement en France, il est de 46 degrés. Et là, ce sera complètement invivable si on n'a pas d'ombre et si on n'a pas l'autre facteur rafraîchissant de l'arbre, ce qu'on appelle l'évapotranspiration.

On estime que pour faire 30 centimètres de sol fertile naturel dans la nature, il faut 3000 ans à peu près sous notre climat.

L'évapotranspiration, on va en parler justement. On dit qu'un arbre équivaut à 5 climatiseurs. C'est vrai ?
Oui. Vous avez sans doute remarqué que si vous mangez sous un parasol, vous avez quand même chaud. Et si vous mangez sous un arbre, c'est beaucoup plus frais. Alors il y a effectivement le rafraîchissement par l'ombrage, ça intercepte le rayonnement solaire et donc on a une sensation de chaleur en moins. Mais ce que fait l'arbre, et que ne fait pas le parasol, c'est que l'arbre pompe de l'eau dans le sol, 95% de l'eau pompée dans le sol par l'arbre pour s'alimenter, pour faire sa photosynthèse, va être transformée en vapeur d'eau dans l'atmosphère. Cette vaporisation consomme des calories et abaisse la température.

Pour planter des arbres, il faut de la terre. On dit qu'il faut arrêter de consommer de la terre agricole, alors comment fait-on pour planter des arbres ? La terre, où allez-vous la chercher ?
Depuis le 19e siècle, le modèle est lié à ce qu'on appelle l'étalement urbain. La ville se développe et elle se développe en consommant les espaces qui sont autour, un département tous les 10 ans, voire tous les 6 ans pour certains experts. Aujourd'hui, comme on ne veut plus avoir cette consommation de terre naturelle, parce qu'il faut un temps infini pour qu'elle se fasse. On estime que pour faire 30 centimètres de sol fertile naturel dans la nature, il faut 3000 ans à peu près sous notre climat. On ne va pas attendre 3000 ans, on a donc mis en place des processus pour régénérer les sols à partir de matériaux qui ne sont pas des terres, qui sont des matériaux de sous-couche, des limons, des terres assez profondes qu'on ne pourrait pas utiliser parce qu'elles n'ont pas de vertu agronomique, elles n'ont pas de fertilité, mais on travaille justement pour rétablir cette fertilité en incorporant des composts, en incorporant ce qu'on appelle de la vie biologique. La terre est un matériau vivant, il faut des vers de terre, il faut des bactéries, il faut des champignons, il faut qu'elle vive et c'est ce qu'on est en train de faire, ce sont des usines à terre qui sont faites à partir de matériaux recyclés.

Lyon n'est pas la seule ville à vouloir planter des arbres. Anne Hidalgo promet 170 000 arbres d'ici une dizaine d'années. C'est un peu la course à l'échalote...
Je ne pense pas que ce soit un effet de mode. Je pense que c'est une lame de fond qui va se développer encore pendant des dizaines d'années. Ce n'est pas un objectif 2030 qu'il faut viser. Il faut se dire que les arbres qu'on plante aujourd'hui vont rafraîchir nos enfants en 2040 ou en 2050, le temps qu'ils se développent. Et nous, on bénéficie des arbres qu'on a plantés sur la métropole depuis le début des années 90. On a commencé une politique pour répondre à une demande sociale des habitants et on s'aperçoit que les arbres qu'on a plantés il y a 30 ans, ce sont ceux qui nous font de l'ombre aujourd'hui. Avec ces changements climatiques qui vont s'intensifier d'ici la fin du siècle, il faut qu'on intensifie notre manière de lutter et tout le monde doit être mobilisé. Donc un des objectifs du plan Canopée, ce n'est pas uniquement que la Métropole de Lyon plante, ce n'est pas uniquement que les villes plantent, c'est que tous les acteurs, les citoyens, les entreprises, les copropriétés, les bailleurs sociaux, les promoteurs, que tout le monde s'y mette.

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