"Moi aussi, je peux faire ma connasse de la mode !" Virginie, influenceuse grande taille

Elle est sans complexe, Virginie Grossat, influenceuse mode grande taille. Militante "body positive", ses courbes, loin de les cacher, elle les assume et les montre sur les réseaux sociaux. Le succès est au rendez-vous. Rencontre.

"La mode grande taille, on considère cela comme une niche. Mais les femmes qui dépassent la taille 42, c'est la norme en France. Malheureusement, dans les magasins, il est difficile de s'habiller au-dessus de la taille 44".  

Virginie Grossat n'est pas ce qu'on appelle une brindille ou un modèle "skinny" et pourtant, cette fan de mode est influenceuse. Son poids, elle en a fait un atout professionnel. Coups de cœur fashion, collaborations avec des marques, voyages, elle poste sans complexe photos et vidéos sur les réseaux sociaux. Elle pose en robe, lingerie ou maillot de bain. 

Son compte Instagram a déjà rallié plus de 66 600 followers. Sur TikTok, elle cartonne aussi avec près de 410 000 abonnés. Sa popularité est incontestable, et pas seulement auprès des femmes rondes. La jeune femme de 35 ans est originaire de la région lyonnaise. Elle se définit comme une influenceuse de mode "grande taille" mais pas uniquement…  

Militante malgré elle

"Quand je mets une photo de moi en maillot de bain sur les réseaux sociaux, on ne me demande pas où je suis partie en vacances. On me dit : bravo ! Tu assumes ! Tu es fière de toi ! Les gens trouvent extraordinaire qu'une femme grosse soit visible sur les réseaux sociaux. Je suis devenue militante malgré moi avec les réseaux !", explique la plantureuse influenceuse.

Cette popularité est presque inattendue pour la fashionista : " au départ, je voulais faire comme toutes les instagrameuses de mon époque". Virginie a commencé à poster ses photos en 2014 : "c'était le boom des blogueuses, je voulais juste partager mes looks et mes bons plans, j'étais dans mon ego trip."

Au-delà de son amour des fringues et de la mode, Virginie Grossat milite aussi pour le body positivisme. Le mouvement incite à l'acceptation et l'intégration de tous les types de corps. Ses références : Beth Dito ou encore l'influenceuse américaine Tess Holliday. On ne peut également s'empêcher de penser à la comédienne française, Anne Zamberlan, figure emblématique et historique du mouvement "size acceptance" en France.

La militante ne dénigre pas la minceur valorisée dans les revues. "Je ne dis pas qu'il faut remplacer les minces par des dodues. Qu'il y ait des femmes minces dans la mode, c'est très bien, elles sont très belles. C'est juste le manque de représentations (d'autres corps) !" Quant à l'image des femmes rondes dans les magazines, elle est encore "très lisse" selon Virginie. "Quand on a une femme grosse ou curvy dans les magazines de mode, elle va avoir des fesses et des seins, mais pas de cellulite ou de ventre", déplore la belle ronde.

"Connasse de la mode"

Féminine jusqu'au bout des ongles, Virginie affiche une allure sophistiquée. Gros bijoux, sacs imposants, vêtements colorés ou près du corps, elle ne passe jamais inaperçue, assumant pleinement ses formes et son allure fellinienne. On devine qu'elle ne s'interdit pas grand-chose, sauf sourire sur les réseaux sociaux.

Elle explique vouloir aussi casser le cliché de la fille enrobée et rigolote. "Si vous regardez mes photos, je fais la gueule comme ces filles-là", assure-t-elle en montrant la couverture d'un vieux Vogue qu'on lui a proposé de feuilleter et de commenter. "On me reproche beaucoup sur mes photos de ne pas sourire ou d'avoir un air pompeux et arrogant. J'estime que moi aussi, je peux être une connasse de la mode !", lâche-t-elle en riant, "mais dans la vie, je suis une fille sympathique et agréable !"

Pas un sourire sur ses photos et dans ses vidéos.

École de mode et clichés

La mode n'est pas un simple loisir pour Virginie. Son parcours universitaire parle pour elle. Un Bachelor en marketing de la mode en poche, elle a passé deux ans à l'université de la mode à Lyon. "Quand je suis arrivée en école de mode, je détonnais totalement. Mes camarades étaient à 95% des filles obsédées par leur silhouette et la minceur". Souvent avec "des goûts uniformisés", voire stéréotypés. Un seul projet : faire sa place dans l'univers du luxe. Virginie affiche des goûts plus originaux, une volonté de mixer les tendances. Elle sort du lot.

Je suis une vraie fashionista. J'aurais pu imaginer un autre boulot, autre que dans la mode, mais je n'aurais pas été heureuse et épanouie.

Virginie Grossat

Les anecdotes, elle en a quelques-unes, parfois cocasses. "Je me sentais un peu comme l'ovni de la classe. La pause déjeuner en école de mode, ce n'était pas très sympa. Je mangeais mes lasagnes toute seule, pendant que les autres filles buvaient leur tisane ventre plat", raconte-t-elle en riant. "Mais au fil des années, en Master, avec des gens passionnés par la mode, on s'éloignait de ces clichés" ajoute Virginie.

"Je ne fais pas la promotion de l'obésité !"

Le mot "grosse", elle ne l'a pas banni de son vocabulaire. Au contraire, ce serait même plutôt difficile. Elle explique tout simplement :"je suis grosse. C'est mon destin, je m'appelle Virginie Grossat. Je ne peux pas bannir le mot "grosse" de ma vie, il fait partie de moi." Pas de langue de bois avec Virginie.

J'adore mes courbes, je ne vois pas pourquoi je les cacherais.

Virginie Grossat

C'est une femme sans complexe. Ne lui parlez pas de vêtements camouflage ou de régime minceur. Elle n'en a fait qu'un seul dans sa vie. Loin d'être une réussite, d'ailleurs, elle l'avoue, elle ne le referait pas. Virginie avoue n'avoir jamais été aussi mal "physiquement".

Faire du sport ? Virginie va droit au but. "Être grosse et faire du sport, ce n'est pas simple ! On nous dit d'aller courir, mais il n'y a pas de legging pour nous. Il y a peu de vêtements de sport à notre taille. Et c'est difficile de rentrer dans une salle de sport et d'être jugée, pas simple de se retrouver dans un vestiaire avec des femmes fit !" L'influenceuse a donc pris le parti d'organiser des cours de sport pour femmes rondes.

Les problèmes de santé ? Virginie remporte le dernier round. "Ma nature n'est pas d'être mince. Aujourd'hui, je n'ai aucun problème de santé (...) Je ne prône pas un mode de vie décadent. Vous ne me verrez pas manger 50 burgers à la suite, j'ai une vie comme tout le monde ! Je ne fais pas la promotion de l'obésité", indique-t-elle sans détour.

Grossophobie, etc

Mais tout n'est pas rose sur les réseaux sociaux. Très régulièrement, la blogueuse doit faire face à des insultes grossophobes, des commentaires déplacés, haineux et souvent salaces.

"Je suis grosse et en plus, je suis une femme. Ça fait beaucoup ! J'ai de la grossophobie ordinaire, critiques, harcèlement en ligne et pervers (...) Des fois, ça me fait un peu peur, mais ça me fait rire aussi," déclare l'instagrameuse.

Ses "haters", la jeune femme a confiné leurs insultes sur un autre compte Instagram. "Pour mon cas, être grosse n’a jamais été une barrière, mais au contraire génère des comportements déviants : fétichisation, perversion, harcèlement, grossophobie et parfois fanatisme. J’en parle sur mon autre compte  @lesreseauxdelamour car je n'ai pas envie de salir mon feed avec les atrocités que je peux recevoir", explique-t-elle dans un post à ses abonnés.

La mode lui a offert beaucoup d'opportunités. Alors ce qu'elle apprécie, c'est permettre à celles qui la suivent de prendre confiance. "Ce qui me fait le plus plaisir, c'est quand on me dit que j'ai permis à quelqu'un d'oser. Ça me touche beaucoup quand on me dit : grâce à toi, j'ai osé être bras nus, j'ai osé aller à la piscine, mettre une photo de moi sur les réseaux, j'ai osé aborder quelqu'un… Osez !", conclut la jeune femme.