Phobie de l'AstraZeneca : à Lyon, les doses du vaccin restent sur les bras de médecins généralistes

Suspendu pendant quelques jours en France à la mi-mars, puis réintroduit dans la campagne de vaccination anti-Covid, l'AstraZeneca continue de faire peur. Chez les médecins généralistes, la colère gronde alors que les prises de rendez-vous sont en chute libre. Exemple, dans la Métropole de Lyon.

L'AstraZeneca, le mal aimé des vaccins anti-Covid. Les patients sont de moins en moins nombreux à prendre rendez-vous chez leur généraliste qui ne dispose que de ce vaccin. Les doses leur restent sur les bras.
L'AstraZeneca, le mal aimé des vaccins anti-Covid. Les patients sont de moins en moins nombreux à prendre rendez-vous chez leur généraliste qui ne dispose que de ce vaccin. Les doses leur restent sur les bras. © FTV

À la question de savoir comment il va, le docteur Pascal Dureau répond par "ça pourrait aller mieux. Franchement, on en a jusque-là", dit-il en remontant ses mains jusqu'au niveau du cou. Et pour cause, dans son cabinet médical, les patients sont de moins en moins nombreux à prendre rendez-vous pour se faire vacciner avec l'AstraZeneca. "La vaccination, c'était vraiment la chance que nous puissions sortir de cette crise. Et là, on est en train de tout mettre par terre", s'exclame le médecin généraliste basé à Vénissieux, dans la Métropole de Lyon.

"Phobie et propagande"

"Il faut arrêter de mettre en exergue des choses qui arrivent de façon extrêmement rare", indique Pascal Dureau tout en s'installant derrière son ordinateur. Ouverture de son calendrier de rendez-vous pour la vaccination anti-Covid. Ce 7 avril 2021, une seule case de cochée pour le lundi suivant, alors qu'un mois plus tôt, le 8 mars vingt-deux patients étaient vaccinés sur la même journée.

Pour expliquer cette baisse de candidats au vaccin, le généraliste n'y va pas par quatre chemins. Pour commencer, il dénonce "l'amateurisme dans la manière dont la présentation de la vaccination a été faite". Puis, il évoque une forme de "propagande sur la mise en avant d'effets secondaires qui sont très minoritaires et qui  ne remettent pas en cause le bénéfice que l'on peut attendre de cette vaccination". À mots couverts, le médecin s'interroge sur ceux qui sont à l'oeuvre derrière tout ça, s'il n'y a pas des intérêts commerciaux d'un côté ou de l'autre. "Il y a quelque chose de pas logique dans la façon de présenter à la population un vaccin qui a toutes les vertus et l'autre qui ne les a pas. Ils ont tous les deux des effets secondaires !"

On ne peut pas arrêter la vaccination sur des considérations qui sont de l'ordre du ragot. C'est de la propagande. 

Dr Pascal Dureau, médecin généraliste à Vénissieux (69)

Les effets secondaires et les cas de thrombose liées à l'AstraZeneca, le médecin généraliste n'en a point vus depuis qu'il a commencé à vacciner contre le Covid-19. Il dit même avoir observé plus de complications avec le Pfizer, tout en rappelant le principe de la vaccination : "on injecte un virus, ce virus fait son travail, et on peut avoir de la fièvre". 

Aujourd'hui, on a 1 à 2 morts par jour du Covid parmi nos patients. Mais moi, je n'ai jamais eu un seul effet secondaire sur la vaccination réalisée sur tout le cabinet médical.

Dr Pascal Dureau, médecin généraliste à Vénissieux (69)

"Étendre la vaccination avec tous les vaccins, sur tous les lieux"

Dans la petite réserve réfrigérée pour les vaccins, Pascal Dureau ressort un flacon vide... mais aussi une seringue. "Il nous reste une dose. Une dose qui n'a pas été utilisée parce que le patient n'est pas venu. Il avait pris rendez-vous, mais il n'est pas venu parce qu'il a eu peur". Le médecin a du mal à cacher son exaspération. "Aujourd'hui soit on continue comme ça, à perdre des doses, soit on réagit et on dit que pour sortir de cette maladie, il faut vacciner". 

Le généraliste, membre de l' Union Régionale des Professionnels de Santé, souhaite que les pouvoirs publics, les autorités sanitaires réagissent. Que tous les vaccins soient accessibles dans les cabinets médicaux, pour que les patients aient le choix. "Il n'y a pas de raison que le Pfizer soit réservé aux centres de vaccination", finit-il par lâcher. 

Direction, le centre de vaccination de Gerland à Lyon. Là, 2.000 injections sont réalisées chaque jour. Peuvent prétendre au vaccin : les personnes de 70 ans et plus, les personnels de santé, les personnes à comorbidité et celles souffrant de pathologies pouvant entraîner une forme grave de Covid. "On rassure, à Gerland, c'est que le Pfizer pour le moment", avoue Nadia. Comme tous les professionels de santé mobilisés, l'infirmière doit faire face aux questions. "On nous demande surtout est-ce que c'est l'AstraZeneca ?"

Nadia, qui estime avoir administré 3.000 doses depuis qu'elle a rejoint la campagne de vaccination, comprend que les gens aient peur avec la médiatisation des effets secondaires possibles avec l'AstraZeneca : "moi, dès que j'entends parler d'un vaccin où il y a des thromboses, des choses comme ça, je suis comme tout le monde... même en étant infirmière, je m'inquiète un peu".

Longtemps accusée d'être trop lente, la campagne de vaccination en France doit accélérer lors de ce mois d'avril, avec la livraison de 12 millions de doses tous vaccins confondus, dont 3 millions d'AstraZeneca, selon les chiffres du ministère de la Santé.
 

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