Pour Laurence Cottet, addictologue, "l'alcoolisme est avant tout une maladie qui se guérit d'abord par le dialogue"

Publié le Mis à jour le
Écrit par Yannick Kusy .

Consultante en addictologie, et Laurence Cottet est auteur d'un livre passionnant relatant 15 années durant lesquelles elle a vécu l'enfer de l'alcoolisme. Désormais très active dans la prévention, elle prône le dialogue et la patience pour s'en sortir durablement. Rencontre

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« Non ! J’ai arrêté ! », s’intitulait l’autobiographie de Laurence Cottet, racontant 15 années de sa vie durant lesquelles elle luttait contre une maladie encore tabou : l’alcoolisme. Une maladie qui peut tuer, mais dont on peut aussi guérir, et qui touche un français sur 10.  

Laurence occupait un poste à haute responsabilité dans le secteur du BTP, lorsqu’elle a dû affronter ce fléau. « Je suis devenue alcoolique, je le sais bien aujourd’hui, pour plusieurs raisons. Elles sont souvent multiples. Il faut les connaître, les travailler, et les accepter pour s’en sortir durablement. Cela prend des années » explique-t-elle.

Parmi ces raisons, certaines sont liées au travail. Cadre supérieure dans un groupe important, Laurence subissait un stress énorme, une pression sous forme de course à la performance. « Cela m’angoissait, et me poussait à utiliser cet alcool, un peu comme un psychotrope, pour essayer d’évacuer ce stress. Il existait aussi des raisons liées à ma vie personnelle, sur lesquelles j’ai aussi dû avancer. » Une part de réflexion qui fait davantage partie du « jardin secret » du patient, qui se travaille avec l’aide d’un professionnel de la santé, dans le secret de son cabinet.

Un travail sur soi-même qui n’est pas une évidence. « C’est très long. Et c’est souvent émaillé de rechutes. Et même de ré-alcoolisation. L’alcool est là, partout. Si on veut se stabiliser durablement et guérir comme je l’ai fait, on travaille pendant des mois, voire des années les causes de la maladie. Et un jour, on voit enfin le bout du tunnel. » prévient notre interlocutrice

Un fléau qui touche tous les secteurs professionnels

Aujourd’hui, selon Laurence Cottet, tous les secteurs professionnels sont potentiellement concernés. Certains peut-être de manière plus prégnante, comme le BTP, la restauration-hôtellerie et l’agriculture. « Si je prends mon exemple dans le BTP, je peux vous dire que l’alcool a toujours été présent. C’était même un outil de management, une véritable culture. Heureusement depuis une dizaine d’années, ce secteur est en train de remettre l’alcool à sa juste place, avec une fonction conviviale et festive, en encadrant les pots d’entreprise. Les interdire serait une erreur, car ils entrainent la clandestinité. C’est tout un dialogue qu’il faut mettre en place » détaille Laurence qui, aujourd’hui, anime de nombreuses formations dans ce milieu.

Dans son ouvrage, l’auteur détaille comment le malade apprend à se cacher, et s’autodétruit progressivement. Jusqu’à, dans son histoire personnelle, ce jour du 24 janvier 2009 – « c’est marqué ! », précise-t-elle - où elle s’effondre sur le sol, ivre-morte. Ce jour signifie aussi la fin de sa carrière. « Plus tard, je découvre que tout le monde savait. Alors que cela faisait des années que je souffrais, dans le silence, de cette maladie. Ne sachant pas à quelle porte aller frapper. Ni à la médecine du travail, ni chez mon manager... Mes collègues, croyant bien faire, me cachaient. Je voulais mourir, et j’ai fait plusieurs tentatives de suicide. »

Le jour de sa chute sera, à posteriori, le plus beau jour de sa vie. « Enfin, ma maladie était mise en lumière. Plus personne ne peut affirmer qu’il n’est pas au courant » se souvient-elle.

Aider les autres à en parler

Il faut aussi pouvoir détecter les signes annonciateurs de l’alcoolisme : « Dès que l’on dépasse les seuils fixés par Santé publique France, à savoir deux verres par jour et pas tous les jours, il faut déjà réagir. Se poser la question de sa propre relation avec l’alcool. » Les proches doivent savoir que jamais un alcoolique ne les écoutera. « On peut, en revanche, amener une personne qui consomme trop à aller en discuter avec un ancien alcoolique peut être efficace. Il existe des associations d’anciens buveurs qui font un travail formidable. » C’est le cas de son association "France Janvier sobre", où l’on n’est pas anonyme, et où la maladie est affrontée à visage découvert, grâce à un dialogue très constructif.

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Laurence Cottet : lutte contre l'alcoolisme

Depuis sa chute en 2009, Laurence Cottet s’est relevée et elle essaye, aujourd’hui, de faire changer le regard des autres sur cette maladie. « En douze ans, les choses ont énormément changé. Ce qui est formidable » sourit-elle. « Plus j’avançais dans ma guérison, plus je me demandais ce que j’allais faire de ça. A l’époque où je luttais seule contre l’alcoolisme, ce qui m’a manqué le plus, c’était de pouvoir en parler à quelqu’un. » Laurence en a donc fait sa mission, qui est, désormais, devenue son emploi. Elle est devenue consultante en addictologie. « C’est ce que l’on appelle la résilience », conclut-elle.

Prévenir les risques du "binge drinking"

Habitante de la Drôme, près de la forêt de Saou, Laurence trouvé dans cette partie de notre région un havre de paix. « Mon histoire avec l’alcool, c’était à Paris. Dans un microcosme pour lequel je n’étais pas du tout faite. Les événements que j’ai vécus m’ont fait migrer vers ce département. C’est aujourd’hui mon bol d’air quotidien. Cela n’a plus rien à voir avec la vie qui était la mienne, avec l’alcool. » se réjouit Laurence Cottet.

Parmi les sujets qui préoccupent l’auteur, figure aujourd’hui l’alcoolisme récurrent qui touche les jeunes. Ce que l’on surnomme le « Binge drinking ». Pour lutter contre cette tendance, Laurence Cottet émet plusieurs idées. « Il faut d’abord le dénoncer, comme on le fait déjà depuis plusieurs années. Les jeunes jouent avec l’alcool. Heureusement, beaucoup d’entre eux prennent conscience des risques qui les attendent dans le futur. » Selon cette experte, il ne faut pas leur interdire : «Plutôt les encadrer, leur expliquer, et faire de la pédagogie

Soucieuse de transmettre ses connaissances et son expérience aux futures générations, Laurence s’active et préside, chaque année depuis 4 ans, à l’opération « Janvier sobre ». Une organisation qui encourage chacun à passer un mois entier sans alcool. « En souhaitant vivement qu’à travers ces actions, les messages passent et que de nouvelles générations viennent relayer nos équipes de bénévoles» espère-t-elle.

Voir ou revoir l'émission Vous êtes formidables avec Laurence Cottet sur France.tv

 

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