RENTREE LITTERAIRE. L’auteure lyonnaise Carole Fives choisit de rendre léger le suicide assisté

Publié le
Écrit par Franck Giroud

Pour cette rentrée littéraire, Carole Fives aborde le difficile sujet du choix de mourir lorsqu’on est gravement malade.  Avec « le jour et l’heure », elle dédramatise « le suicide assisté ».

Carole Fives nous avait habitués à un univers plus artistique que philosophique dans ses précédents ouvrages. Le monde des beaux-arts et des lettres était mis en avant. Et la voilà plongeant dans le débat du suicide assisté au travers de l’itinéraire d’une famille de médecins.

C’est une sorte de road trip. Six personnes partent de Lyon dans la même voiture pour Bâle en Suisse. Au retour, ils ne seront plus que cinq. La mère, Edith a choisi de mettre un terme à ses souffrances par la procédure du « suicide assisté » en pays helvète. Des guillemets sont nécessaires pour nommer cet accompagnement vers la mort. Toutes les nuances seront apportées à cette démarche par Carole Fives dans ce court roman choral.

Dans la voiture, la famille au grand complet. Edith, la mère, son mari, Simon, et leurs quatre enfants, trois filles et un garçon. Tous ou presque sont médecins. C’est dire s’ils se sont déjà confrontés aux tenants et aboutissants de la vie et de la mort. Mais face au choix de leur mère ou compagne, chacun réagit à sa façon. Au cours de ces trois derniers jours avant la fin, Carole Fives nous donne à entendre les voix intérieures de chacun. Peu de dialogue mais des souvenirs, des regards de chacun sur leur vie de famille et la décision de leur mère. Le ton est léger, les moments partagés sont doux sans être mièvres.

Libérer la parole autour de la mort

En choisissant de multiplier les points de vue, l’auteure installe des débats intimes qui n’échappent à personne. L’une des filles avoue « moi, à la différence de maman, j’ai toujours préféré que la vie décide pour moi ». Une autre imagine l’après : « Perdre sa mère, c’est devenir définitivement adulte, c’est se dire, je ne peux plus aller chouiner dans les jupes de Maman, je n’ai plus qu’à m’assumer. »

Carole Fives libère la parole autour de la mort au travers de ses personnages. Les situations déclenchent beaucoup de rires, de tendresse. C’est le père, Simon qui conduit cette famille vers « le jour et l’heure », qui est sans doute le plus touchant. En bon médecin, il revient en quelques mots sur sa mission de tenir en vie coûte que coûte les patients. « La mort n’est pas notre sujet ». Pourtant, il se tourne vers les philosophes grecs : 

Philosopher, c’est apprendre à mourir, pensent-ils. Et si soigner, c’était aussi apprendre à mourir ?

Simon

Carole Fives "le jour et l'heure"

La question reste en suspens. En tout cas, le choix d’Edith et le respect de celui-ci par toute la famille accompagnante, est une leçon d’humanisme pudique. Dans ce roman, face à la mort choisie, l’amour triomphe .

"Le jour et l'heure" de Carole Fives, édition J.C. Lattès.

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