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Bretagne : le succès des cafés-librairies

L'Autre Rive, café-librairie situé à Berrien / © Fred TANNEAU / AFP
L'Autre Rive, café-librairie situé à Berrien / © Fred TANNEAU / AFP

Depuis les années 2000, les cafés-librairies se multiplient en France. La Bretagne est la première région à développer ce nouveau modèle qui donne à repenser le commerce du livre. 

Par AFP

Le long d'un chemin de randonnée, à Berrien, une grande maison noyée dans les arbres : un café-librairie, un modèle en développement en France, où nourritures terrestres et nourritures spirituelles se donnent rendez-vous. 

On y achète des livres mais on peut aussi, selon les cas, s'y restaurer, boire un verre... Pour ces lointains héritiers des "salons de lecture" du XIXe siècle, "il n'y a pas de typologie", constate Marc Le Dret, gérant et fondateur en 2006, avec sa compagne Katita Reynes, de L'Autre Rive, café-librairie en centre-Bretagne. 


Une autre vision du commerce du livre


Depuis les années 2000, les cafés-librairies se sont multipliés en France, note l'Agence régionale du livre de Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA). Elle en répertorie au moins 110, le plus souvent dans des villes petites et moyennes, des lieux touristiques
ou exceptionnels. En figure de proue, la Bretagne, avec 23%, suivie par PACA (16%). Une "vision conviviale du commerce du livre s'est propagée", relève l'Agence.

L'Autre Rive incarne cette "vision conviviale" : concerts, débats, rencontres, expositions, lectures, ateliers thématiques, manifestations hors les murs, comme cette "brigade d'intervention poétique" en forêt. "Nous sommes des bébés de l'éducation populaire", résume Marc Le Dret. "Nous voulions ouvrir un lieu pour créer des liens", appuie Katita Reynes, car "on ne vient pas ici juste pour acheter un livre". 

À L'Autre Rive, on cherche, comme souvent dans les cafés-libraires, à faire corps avec l'éco-système, ne serait-ce qu'en proposant pour la restauration des produits locaux et des bières brassées à quelques kilomètres... 

"Ces dernières années, on a vu émerger des projets économiques", se réjouit Katita Reynes. Et Berrien devrait bientôt passer la barre des 1.000 habitants sous laquelle la population était tombée dans les années 1990. Le lieu est membre de Calibreizh, fédération des cafés-librairies de Bretagne. À travers Calibreizh, "on essaie de travailler de manière cohérente dans notre diversité", explique sa présidente, Valérie Fèvre. "Le réseau permet notamment de coordonner des manifestations littéraires" qu'un seul café-librairie ne pourrait porter. Calibreizh, c'est "un état d'esprit. On attend des membres qu'ils s'investissent". Si ouvrir un café-librairie apporte "une marge économique plus importante" qu'une librairie classique, ça demande aussi "davantage de personnel", relève Marie-Cécile
Grimault, chargée de l'économie du livre dans l'établissement public régional "Livre et lecture en Bretagne".

Mais ces lieux restent avant tout des librairies : à peine 10% des cafés-librairies ont un chiffre d'affaires café-restauration supérieur au chiffre d'affaires livres, selon l'étude menée par l'Agence du livre de PACA. A L'Autre Rive, le chiffre d'affaires provient pour moitié du livre et pour moitié de l'activité de restauration-bar. Mais, en matière de librairie, Marc Le Dret peut s'offrir le luxe de choisir les livres présentés et de refuser l'office fréquemment imposé par les éditeurs. 

Un secteur aux revenus variables


Quant aux revenus, ils sont très variables. Si à L'Autre Rive, qui compte quatre salariés et le gérant, on a "gagné sa vie tout de suite et on est en constante progression", c'est parfois plus difficile. Valérie Fèvre, dont la librairie "La Cabane à Lire" va fêter ses dix ans à Bruz (sud de Rennes), reconnaît la "difficulté financière". Avec son associée, "on dégage à peine un SMIC, ça dépend des mois". Et ce, "à plus de 50 heures par semaine !".

Pour Mme Grimault, face à l'érosion des ventes, liée notamment à la concurrence d'internet, "l'ambiance particulière de chaque café-librairie facilite la fidélisation des clients".  "Les fondateurs ont généralement envie de s'ancrer dans un territoire, d'en être
des acteurs",
souligne Mme Grimault. Parfois, les projets se construisent avec des acteurs déjà implantés.À l'exemple du "Tagarin", que vient d'ouvrir Isabelle Philippe à Étables-sur-mer, en baie de Saint-Brieuc : "je compte bien travailler en synergie avec ce qui existe déjà", dit-elle, citant un festival littéraire, un autre de marionnettes, une compagnie de théâtre, etc... "Il faut avoir vécu avant d'ouvrir un lieu comme ça", analyse Marc Le Dret. "Tous les porteurs de projet ont une certaine bouteille..."





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