"On n'en est qu'au début." Dans les Côtes-d'Armor, le voisinage en colère contre un poulailler de 180 000 volailles

Le Collectif Sauve-qui-poules a organisé une déambulation à Plestin-les-Grèves, dans les Côtes-d'Armor, ce dimanche 10 mars contre l'extension d'un poulailler visant à engraisser 180 000 poules et dindes. Circulation de camions pour évacuer les déjections des animaux, crainte pour le cours d'eau à proximité, des habitants dénoncent cet agrandissement qui a le feu vert de la préfecture.

"L'exploitation se situe sur un affluent du fleuve qui alimente en eau potable tout le canton de Plestin-les grèves, un fleuve déjà très pollué", s'insurge Eric Auvrouin, membre du Collectif Sauve-qui-poules et de Plestin-Environnement.

Lutter contre l'industrie agroalimentaire

C'est peu dire que le projet d'extension du poulailler de Kerboriou, entre Plestin-les-Grèves et Trémel, dans les Côtes-d'Armor, suscite l'incompréhension de la trentaine d'habitants du Trégor venue manifester ce dimanche 10 mars 2024.

D'autant que la ferme qui doit s'agrandir se situe dans le bassin versant de la Lieue de Grève, une baie dite "à algues vertes", régulièrement touchée par des marées vertes provoquées par le déversement d'azote dans les cours d'eau qui se jettent dans la mer. Les manifestants rencontrés pointent la proximité immédiate de la future usine avec un affluent du Yar, qui se jette dans la baie de la Lieue de Grève. C'est l'une des huit baies bretonnes soumises à un risque sanitaire en raison de la prolifération d’algues vertes.

Cette manifestation a pris la forme d'un carnaval, où les participants arboraient costumes et masques à l'effigie des volatiles. Les volatiles sont même doués de parole et entonnent en chœur leur hymne du jour : "Les poulettes, elles sont trop chouettes, les enfermer, c’est un péché."

"Il faut faire quelque chose, les petites gouttes d’eau font les grandes rivières et on informe à la bonne franquette", sourit une manifestante, costumée de la tête aux pieds. "Avec nos déguisements et notre voix, on porte notre message. On espérait un peu plus de mobilisation mais ce n'est pas perdu, action après action. C’est hors de question qu’on nous fasse des fermes-usines."

C’est hors de question qu’on nous fasse des fermes-usines.

Une manifestante

Éric Auvrouin, membre du conseil d’administration de Plestin environnement, s'inquiète des futures conséquences de l'activité sur cette ferme : "On ne peut déjà plus pêcher, on ne peut pas boire l’eau. On nous dit que les fientes seront envoyées en Mayenne, mais ce sera seulement les surplus."

Les inquiétudes des manifestants

Selon un avis délibéré de la Mission régionale d’autorité environnementale de Bretagne, la capacité de l'élevage va passer d'environ 50 000 volailles à 181 300, répartis sur trois poulaillers. Deux nouveaux poulaillers seraient construits. 980 tonnes d'effluents par an seraient produites par la société : "Ceux du bâtiment d’élevage existant seront épandus comme c’est le cas actuellement et ceux des nouveaux bâtiments seront intégralement transportés hors exploitation pour être compostés." L'avis précise aussi que "le trafic routier augmentera et pourra représenter jusqu’à 380 camions et tracteurs par an contre environ 80 actuellement."

Dans un courrier en réponse à cet avis de la MRAE, le Gaec répond que "l’export des déjections a été choisi car il est plus simple à mettre en place. Les fumiers seront curés en fin de bande et expédiés vers la station de compostage de l’entreprise repreneuse, pour être ensuite expédiés vers des zones moins sensibles (hors bassins algues vertes et ZAR)."

Face à la faible mobilisation du jour, et aux autorisations déjà reçues par les exploitants de l'élevage, Éric Auvrouin se veut malgré tout optimiste. "On sait qu'on n'aura pas le grand soir aujourd'hui. On n'est qu'au début d’un mouvement beaucoup plus important. Ce n’est pas parce qu’on n’est que 25 qu’il faut renoncer."

Le combat va continuer dans les prochains mois pour les manifestants. Trois associations environnementales ont introduit un recours, non suspensif, en annulation devant le tribunal administratif de Rennes.