“Deskiñ brezhoneg er gêr” : apprendre le breton à la maison pendant le confinement

Internet et les réseaux vont être, ces prochaines semaines, les seuls vecteurs de transmission pour de nombreux bretonnants. / © B.Le Borgne / France Télévisions
Internet et les réseaux vont être, ces prochaines semaines, les seuls vecteurs de transmission pour de nombreux bretonnants. / © B.Le Borgne / France Télévisions

"Pep hini en e di", "chacun chez soi". Depuis le début du confinement, beaucoup d'enfants scolarisés en breton et d'adultes en formation n’ont plus de liens directs avec des locuteurs brittophones. Leurs enseignants s’organisent grâce aux nouvelles technologies.

Par Bleuenn Le Borgne


"La fermeture des écoles et les mesures de confinement ont aussi un impact sur la pratique de la langue bretonne pour les petits comme pour les grands", a posté l’association Dizale sur sa page facebook.
 

Comme des nombreux acteurs culturels, l’association qui assure le doublage d’œuvres audiovisuelles en breton, s’inquiète d’une rupture dans l’apprentissage de la langue bretonne pendant la période de confinement. En effet, pour de nombreux enfants scolarisés en breton, l’école est le seul lien avec la langue régionale, quand les parents et l’entourage ne la connaissent pas. L’association invite donc les familles à se rendre le site payant de vidéos en breton à la demande Breizhvod.com. Car internet et les réseaux vont être, ces prochaines semaines, les seuls vecteurs de transmission pour de nombreux apprenants.

Faire la classe en ligne: un nouveau métier


Émilie Sellin est enseignante à l’école bilingue de Plougastel-Daoulas (29). Elle a dû "apprendre un nouveau métier". "Je n’ai pas appris à faire cours en ligne ". Elle envoie des exercices par mail aux familles (voir la photo ci-dessous). L’enseignante a bien conscience du fait que tous les parents ne parlent pas breton et que les enfants doivent faire preuve d’une grande autonomie. "Je donne des choses un peu plus faciles que d'habitude à faire à mes élèves. Cela compense le fait de ne pas être à leurs côtés pour intervenir en cas de besoin", explique l’institutrice.
 
Même pendant le confinement, les cours de mathématiques en breton continuent pour les élèves des écoles bilingues. / © Emilie Sellin
Même pendant le confinement, les cours de mathématiques en breton continuent pour les élèves des écoles bilingues. / © Emilie Sellin

Comme beaucoup d’enseignants des écoles bilingues et Diwan elle a recours au site internet de Ti Embann ar Skolioù, la maison d’édition des manuels scolaires en breton. "Il y a toutes sortes de jeux en ligne : des devinettes, des jeux de mathématiques en breton,... Cela permet de soulager les parents et les enfants continuent d'avancer", raconte Émilie Sellin. Dans la mesure où beaucoup ne disposent pas à la maison de livres en breton, internet et l’ordinateur vont être d’une grande aide pour l’enseignement bilingue.

France 3 Bretagne a mis en ligne sur youtube, la semaine dernière, l’ensemble des épisodes de "Na Petra’ta", son émission jeunesse en breton. Les enfants peuvent continuer de suivre les expériences et découvertes de Erell et Tudu pendant la durée du confinement. "C’est une émission qui a une vraie visée pédagogique", selon Émilie Sellin, qui a envoyé un lien à ses élèves : "Je leur demande ensuite de répondre en breton à un questionnaire sur l’épisode qu’ils viennent de voir".
 


Des enfants autonomes


Jean-François lui, est papa de trois enfants scolarisés dans une école Diwan. De profession libérale, il ne travaille pas en ce moment. Il fait donc la classe à ses enfants le temps du confinement mais il ne parle pas breton. Pourtant, il dit ne pas rencontrer trop de difficultés : "Mes enfants sont en CP, CE2 et CM2 . Cela fait longtemps qu’ils font les devoirs en breton sans que j’ai besoin de trop intervenir. Ils ont une autonomie par rapport à cela".

Là, c’est évidemment un peu plus que des devoirs que les enfants ont à faire. Mais les consignes envoyées par les enseignants sont bilingues, afin que les parents puissent assurer la continuité scolaire. "Quand j’ai un problème avec un des deux petits, j’ai la grande qui peut aider pour traduire. C’est peut-être plus dur pour d’autres familles, qui ont des enfants plus jeunes", raconte le père de famille. "Pour nous ça va, résume-t-il, le plus dur, ce n’est pas le breton. C’est d'être papa, instituteur et de faire la cantine le midi, le tout en même temps."

Il reconnaît tout de même que ses enfants ne parlent pas beaucoup breton entre eux. Il espère y remédier en organisant des rendez-vous via internet avec leurs copains pour les encourager à discuter un peu en breton. Il fait aussi en sorte que ses enfants entendent la langue tous les jours avec les nombreuses références de vidéos en ligne transmises par les enseignants.

Les "gamers" au secours des formations longues


Voilà de quoi entretenir le breton des petits. Mais ils ne sont pas les seuls chamboulés dans leur apprentissage de la langue. C’est le cas également des adultes en formations longues. Là aussi, il faut s’organiser. "Nous n’avons jamais vécu cela, nous avons donc dû inventer, dans l’urgence, une nouvelle façon d’enseigner, à distance", nous raconte Nolwenn Guiziou, formatrice à Stumdi.

L’équipe pédagogique du centre de formation a échangé la semaine dernière sur les nouvelles technologies à sa disposition pour lui permettre d’assurer la formation et de respecter le programme. "Certains connaissent bien le monde des "gamers" et nous ont fait découvrir des messageries où l'on peut classer les conversations par salons", explique la formatrice. Ces sites de discussions sont utilisées en temps normal par les personnes qui jouent aux jeux vidéos en réseaux, avec d'autres partenaires à distance. Ces prochaines semaines, ils serviront de plateformes d'échange entre les formateurs et leurs stagiaires. "Nous serons sur le pont de 9h à 17h. Nous enverrons des vidéos (voir ci-dessous), avec des tutos pour expliquer certains points,  ainsi que des textes et des exercices." La professeure assure que les retours seront individuels et réguliers.
 
Extrait d'un cours de breton en ligne, grâce à Nolwenn Guiziou formatrice à Stumdi.
A Stumdi, les cours se font à distance pendant la durée du confinement imposé par l'épidémie de coronavirus. Les formateurs se servent de la vidéo pour expliquer certaines notions. - Nolwenn Guiziou /Stumdi - Nolwenn Guiziou / Stumdi
Traduction : "Bonjour les stagiaires de la formation « Ober » /« Pratiquer ». Ici Nolwenn. Je suis chez moi à Brest, confinée depuis mardi. Je travaille dur sur le contenu de la formation « Ober » /« Pratiquer »."
 

Réinventer la formation à distance


Nolwenn Guiziou a conscience que les horaires des stagiaires ne seront sans doute pas les mêmes que d'habitude, surtout pour ceux qui ont des enfants à la maison. "Mais l'on se dit aussi que ce sera peut-être une manière pour les enfants de se rendre compte de ce que font leurs parents. Nous espérons que la période sera propice à la création de liens en breton, au sein de la famille", poursuit-elle.

Pour la formatrice, cette période de confinement tout à fait inédite, est également une opportunité pour imaginer de nouvelles façons d’enseigner : "C’est finalement une occasion d’être créatifs ensemble. Cette expérience va sûrement nous apporter beaucoup sur la façon d’envisager la formation à distance. Qui sait, un jour nous aurons peut-être des stagiaires de Stumdi au Canada ou à Marseille ?"


Voici une liste non exhaustive de liens utiles, si vous souhaitez vous divertir en breton à la maison :

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