Escroquerie au "faux Le Drian" : les deux suspects jugés en appel

Deux hommes, soupçonnés d'avoir escroqué de riches personnalités en se faisant passer pour le ministre breton Jean-Yves Le Drian, sont jugés en appel à Paris depuis ce lundi 22 juin. En première instance, ils avaient été condamnés à 7 et 11 ans de prison, ainsi qu'à 1 et 2 M€ d'amende.

Un dessin représentant Gilbert Chikli (au centre) and Anthony Lasarevitsch (premier à gauche) lors du procès de l'escroquerie des "faux Le Drian". Palais de justice de Paris ce 4 février 2020
Un dessin représentant Gilbert Chikli (au centre) and Anthony Lasarevitsch (premier à gauche) lors du procès de l'escroquerie des "faux Le Drian". Palais de justice de Paris ce 4 février 2020 © Benoit Peyrucq / AFP


La vaste escroquerie avait coûté environ 55 millions d'euros à trois victimes. Les deux prévenus, Anthony Lasarevitsch et Gilbert Chikliqui, ont toujours contesté l'intégralité des faits. Ils avaient fait appel de leur première condamnation.

 

Un autre projet d'arnaque

 

Lors de son audition, ce lundi, au premier jour de ce deuxième procès, Anthony Lasarevitsch a de nouveau clamé son innocence mais a, pour la première fois, reconnu avoir eu l'intention de réaliser une autre arnaque en Ukraine, où ils ont été arrêtés à l'été 2017.

"J'ai été en Ukraine pour faire une escroquerie", a-t-il déclaré dans le box. Le plan consistait à se faire passer pour le prince Albert II de Monaco auprès de fortunes monégasques, afin de leur soutirer de l'argent, a-t-il admis. "Gilbert devait parler au téléphone et moi, je devais organiser", a-t-il résumé, évoquant, en refusant de la nommer, une autre personne devant initialement les rejoindre mais qui ne serait finalement pas venue.

Au fil des questions, il a reconnu avoir cherché un appartement, dressé une liste de cibles potentielles et s'être procuré pour "2.200 euros" un masque en silicone du prince - qui n'était cependant pas de bonne qualité, a-t-il assuré. "Je l'ai essayé, il allait pas, on voyait que ça ressemblait pas du tout. On l'a pris, on l'a jeté", a-t-il dit.
Pour autant, il a répété n'avoir "rien à voir" avec l'escroquerie au "faux Le Drian", qui a été réalisée au cours des mois précédents. "Je suis novice, c'est la première fois que je fais ça. [...] J'ai fait appel juste pour vous dire la vérité", a-t-il affirmé.

 

Une arnaque visant 150 personnalités

 

Entre 2015 et 2017, plus de 150 personnes et organisations ont été contactées par téléphone par des escrocs qui se présentaient comme Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense - il est aujourd'hui ministre des Affaires étrangères.

Le "ministre" demandait, en urgence, une aide financière pour des opérations secrètes de l'Etat français, promettant un remboursement immédiat. Dans certains cas, ils ont organisé des vidéoconférences en utilisant un masque du ministre. Au moment où ils ont été arrêtés, les enquêteurs ont retrouvé dans les téléphones de MM. Chikli et Lasarevitsch des éléments pouvant faire penser à une escroquerie concernant le prince de Monaco. Les similitudes avec le "faux Le Drian" ont constitué, en première instance, un élément important de l'accusation, mais la défense a soutenu que le mode opératoire était connu et que les responsables étaient ailleurs.


Avant cette affaire, Gilbert Chikli, 55 ans, était connu de la justice française comme l'un des pionniers de l'escroquerie dite au "faux président", selon laquelle un usurpateur se fait passer au téléphone pour un patron auprès de ses salariés, dans le but de se faire transférer de l'argent.
En 2015, il a été condamné à sept ans de prison alors qu'il était en fuite en Israël et son histoire a inspiré un film.

 
Gilbert Chikli doit être interrogé ce mardi et le procès doit s'achever lundi 29 juin.

 

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