Brest : le parcours sans fautes d'une bachelière sans papiers et sans titre de séjour

Publié le Mis à jour le
Écrit par Carole Collinet-Appéré

Un bac avec mention très bien. Une volonté à toute épreuve. Mimoza est une jeune fille brillante qui n'attend désormais plus qu'une chose : un titre de séjour pour entamer sa vie d'étudiante dans le Finistère.

Lorsqu' elle est arrivée à Brest, il y a quatre ans, Mimoza ne parlait pas un mot de français. La jeune fille a fui l'Albanie, avec son frère, sa soeur et ses parents. La famille a tout laissé derrière elle. Pour le meilleur.

C'est ce que Mimoza espère désormais. Elle vient de décrocher son bac avec  mention très bien. Mais ce qu'elle attend plus que tout, c'est un titre de séjour que la préfecture du Finistère ne lui a toujours pas délivré.

"J'ai fait ma demande de régularisation à ma majorité, en 2018, raconte Mimoza. Cela fait un an et je n'ai pas de réponse. Ca va compliquer les choses pour la suite surtout que je suis admise à la faculté de médecine de Brest"

"Insécurité permanente"

Mimoza n'aspire à rien d'autre que pouvoir continuer sereinement ses études ici. Sans cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Car, à n'importe quel moment, elle risque d'être expulsée vers un pays où elle ne veut plus remettre les pieds. "Si nous sommes partis, confie Melinda, la maman, c'est parce qu'Ambra, ma plus jeune fille, était en danger. Il se passe des choses graves en Albanie, comme les enlèvements des filles qui sont ensuite mises de force sur le trottoir. C'est de cela qu'elle a été menacée".

 




La famille choisit Brest "pour mettre tout cela très loin de nous" dit encore Melinda. Elle y retrouve également la cousine Suela, qui, elle, a obtenu la nationalité française. "Chaque préfet a sa manière de voir les choses, je m'en rends compte, explique cette dernière. Je suis ici depuis 11 ans, j'ai galéré mais je m'en suis sortie. J'espère que ce sera pareil pour Mimoza et sa famille. L'Albanie n'est pas un pays sûr, il y a la corruption, la mafia. Qui a envie de vivre dans cette insécurité permanente ?".

"Faire avec ce que j'ai"

Depuis son arrivée, Mimoza n'a jamais laissé ce contexte d'incertitudes empoisonner sa vie. L'une de ses enseignantes au lycée Dupuy de Lôme la décrit comme "une élève courageuse, bosseuse, qui aime les défis".

Elle finit même major de sa classe. Elle a très vite maîtrisé la langue française, sa clef d'entrée pour mener une scolarité sans failles.

Sa soeur suit la même ligne. Deux esprits brillants qui ont appris à contourner les écueils pour tracer leur route. "J'étais perdue en arrivant, se souvient Mimoza. C'est très dur de s'adapter à une nouvelle société qui n'est pas la tienne. Puis je me suis fait des amis, j'ai trouvé ma place".

 
 

Sans papiers, elle ne peut accéder à une bourse étudiante. "J'aurai le droit d'aller en cours à la fac, mais pour le reste, je ne sais pas comment je vais faire puisque je n'existe pas officiellement".

Philosophe, elle ajoute : "j'essaie de faire avec ce que j'ai". Un vieil ordinateur sans accès à internet, pas d'argent pour acheter le moindre manuel scolaire.

"Je suis déjà contente d'être ici, sourit-elle. C'est une chance mais ce serait évidemment bien mieux si j'obtenais mon titre de séjour. Je veux juste être une fille comme les autres et dire que moi aussi, j'ai le droit d'avoir la vie dont je rêve"

 

Le bac à peine en poche, Mimoza envisage de prendre un peu d'avance sur la rentrée. Elle va passer l'été la tête dans les cours de première année de médecine.

L'histoire ne dit pas encore si elle se lèvera chaque matin, à 4h, pour potasser, comme elle le faisait au lycée.

 
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