Finistère : il récolte et produit du thé au pays de l'artichaut

Une plantation de thé à Sibiril, dans le nord-Finistère... Plutôt insolite dans une région où l'artichaut est roi. Pourtant, Michel Thévot y a fait pousser 2.000 théiers. Un producteur passionné de botanique dont des thés blanc, vert ou noir fleurent bon le terroir.
© Bruno Valibouse

"On dirait un peu la Chine ici" sourit Michel Thévot. Et pourtant, nous sommes au moulin de Kérouzéré, à Sibiril dans le Finistère. Un climat doux et humide. Idéal pour cultiver du thé. Sur un terrain en pente, exposé plein Est, ce passionné de botanique bichonne les 2.000 pieds de camellia sinensis (ou théiers) qu'il a plantés en 2018. Et l'année 2020 s'annonce déjà comme un "cru" exceptionnel.


"Le climat du Léon : parfait pour le thé"


"Regardez, comme ils ont poussé, s'exclame le producteur finistérien. Les arbustes atteigent 70 cm de haut désormais. On a déjà fait quatre récoltes cette année. On en prévoit une cinquième fin septembre".

Du thé en pays léonard, c'est plutôt singulier. Mais pas si étonnant, si l'on en croit ce spécialiste. "Le climat du Léon est parfait pour le thé : il ne fait jamais froid, il y a le Gulf Stream, les embruns, l'humidité qui remonte de la terre et une chaleur intéressante".
La preuve que les théiers de Michel Thévot affectionnent ce terroir : chaque récolte produit vingt kilos de petites feuilles qui, une fois séchées, donneront trois kilos de thé

 
Michel Thévot a planté 2000 pieds de camellia sinensis en 2018, sur un terrain en pente exposé plein Est
Michel Thévot a planté 2000 pieds de camellia sinensis en 2018, sur un terrain en pente exposé plein Est © DR
 


D'une récolte à l'autre, on n'obtient pas les mêmes arômes et pourtant c'est la même plante

Michel Thévot


"Faire pousser, ce n'est pas un souci" confie cet homme passionné qui embrasse du regard les 2.400 mandariniers, citronniers, poivriers et autres plantes inhabituelles qu'il a fait grandir dans le parc du moulin de Kérouzéré.
Quand il s'est installé ici, il y a quinze ans, Michel Thévot a non seulement reconstruit le moulin, qui n'était à l'époque qu'un tas de vieilles pierres, mais il a aussi créé ce petit trésor botanique. 

Produire du thé, un jeu d'enfant pour lui ? Presque. Car, il ne suffit pas de maîtriser la culture du camellia sinensis, il faut aussi savoir transformer les feuilles pour obtenir un thé blanc, vert, rouge ou noir à l'arôme inédit.


Oxydation particulière


C'est là qu'Emile Auté entre en jeu. Il est l'un des trois récoltants-producteurs français - les deux autres sont... en Bretagne : outre Michel Thévot à Sibiril, Denis Mazerolle produit lui aussi du thé mais dans le Morbihan, à Languidic.
"Je me suis rapproché d'Emile, raconte Michel Thévot, parce qu'il a une grande connaissance de la transformation de la feuille. Il y a été initié lors de ses voyages au Vietnam, notamment". Une partie de la production de Sibiril est donc transformée sur place et également chez Emile Auté dans le Loir-et-Cher.
"Tous les thés, explique ce dernier, qu'ils soient blancs, verts ou noirs proviennent de la même plante. Le thé blanc, par exemple, est fabriqué à partir de jeunes bourgeons. Les feuilles sont séchées plus vite et peu travaillées".
 
A gauche, les feuilles de thé fraîchement récoltées. A droite, les feuilles déjà transformées qui viennent d'être infusées
A gauche, les feuilles de thé fraîchement récoltées. A droite, les feuilles déjà transformées qui viennent d'être infusées © DR


En revanche, pour obtenir des thés rouge ou noir, la méthode est plus complexe car les feuilles subissent une oxydation plus longue. "On laisse déjà les feuilles à l'ombre pour qu'elles soient ramollies. Cela permet de les rouler sans les briser. Le roulage favorise leur oxydation et le développement du goût"


Thés de terroir


Et puis il y le thé à mi-chemin entre le vert et le noir : le oolong. Un thé auquel Michel Thévot a dédié sa quatrième récolte de l'année.
Comme Emile Auté est un maître des saveurs et qu'il défend la notion de thés de terroir, dont le goût refléterait le lieu où il a été planté, il a eu l'idée de plonger les feuilles dans un bain de vapeur au miel avant leur transformation. Mais pas n'importe quel miel : celui produit par les abeilles qui viennent butiner les arbres et plantes dans le parc du moulin de Kérouzéré. Résultat : un thé "rare et original" selon les deux connaisseurs.
 

En 2021, je planterai 1.000 théiers supplémentaires. Pour l'instant, ils sont conservés en pot dans une serre

Michel Thévot



L'histoire du thé fabriqué à Sibiril ne s'arrête pas en si bon chemin. Elle prend même une dimension internationale. Michel Thévot présentera le thé issu de la premièce récolte 2020 au concours des thés du monde organisé par l'Agence de valorisation des produits agricoles (AVPA) à Paris, en novembre prochain

Le thé du Léon face aux thés de Chine, d'Inde ou encore d'Afrique, un voyage aux saveurs éclectiques. Un goût d'ici et d'ailleurs. 
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