Sang de ver marin : malgré la suspension de l’essai, le patron d’Hemarina reste confiant

Franck Zal, le co-fondateur d'Hemarina reste optimiste / © FRED TANNEAU / AFP
Franck Zal, le co-fondateur d'Hemarina reste optimiste / © FRED TANNEAU / AFP

La société morlaisienne Hemarina ne baisse pas les bras: malgré la suspension de l’essai clinique sur des patients Covid-19 dans un état grave, elle se dit confiante dans l’obtention rapide d’une nouvelle autorisation pour son produit à base d'hémoglobine de ver marin.

Par Catherine Aubaile


Ce serait une lettre anonyme qui serait venue tout chambouler: l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) a été avertie que des expériences menées par la société Hemarina en 2011 sur des porcs avaient abouti à la mort de tous les porcs testés. Or cette étude ne figurait pas dans le dossier lorsqu'elle a accordé son feu vert à l'essai baptisé MONACO, qui devait concerner dix patients souffrant de détresse respiratoire aiguë, la forme grave du Covid-19. L’ANSM a donc retiré l'autorisation et demandé qu’on lui communique les résultats de l'expérience de 2011. Ce qu'Hemarina a fait : « J’ai répondu dans la nuit, pour être hyper réactif, pour ne pas faire pâtir les patients» raconte Franck Zal, dirigeant d’Hemarina, qui précise avoir transmis un rapport de 300 pages sur le sujet.
 
 

Entre 2011 et aujourd'hui, le produit est passé de la 2CV à la Porsche

 

« En 2011, ce n’était pas du tout le même produit. C’était trois ans après la création de la société, (…) on allait chercher nos vers marins sur la plage, on extrayait nos molécules.

C’était vraiment les premiers tests. Aujourd’hui c’est une molécule qui est complétement purifiée dans des conditions pharmaceutiques. 

 C’est un peu comme comparer une 2CV et une Porsche!.»


Selon Franck Zal, concernant l'essai de 2011, les porcs sont morts d'un choc hémorragique létal, qui n'était pas lié au produit: «cet essai avait été fait dans un modèle extrême. On retirait 80 % du volume sanguin des porcs et on attendait qu’ils soient quasiment morts pour essayer de les ressusciter.»

« Dès 2012, d’autres tests sont menés sur des rats, un chien, et ne rencontrent plus de problèmes.
 On a fait énormément d’études sur des animaux: des transplantations cardiaques, hépatiques, rénales, pancréatiques, et tout ça s’est extrêmement bien passé. Ensuite on est passé à un essai clinique sur l’homme, où on a transplanté des reins sur 60 patients (…) On a montré que ce produit était 100% sûr, qu’il n’y avait pas d’effets secondaires attribués au produit, et surtout (...) que les greffons qui étaient préservés dans ce produit repartaient trois fois plus vite que dans des conditions standards.
»
 
Suspension essais cliniques sur le sang de ver marin
ITW Franck Zal, directeur Hemarina Interview recueillie par Catherine Aubaile
 

Faut-il repartir de zéro ?


« L’essai MONACO, qui devait démarrer de manière imminente dans deux hôpitaux parisiens, était rigoureusement balisé: il s’agissait de commencer par administrer de très petites doses au démarrage, 10 mg par litre de sang, jusqu’à atteindre la dose efficace. En l’absence d’effet délétère pour le patient, une deuxième phase aurait permis de vérifier si l’hémoglobine de ver marin permettait de restaurer les capacités d’oxygénation de l’organisme.»


Cet événement réduit-il à néant tout le travail effectué par Hemarina?


« Pas tout à fait : tout le protocole qui a été établi depuis 3 semaines et validé par l’ANSM et le Comité de protection des personnes restent valables. Mais le dossier devra repasser par ces deux instances pour obtenir de nouvelles autorisations.»

Le patron d’Hemarina veut croire que cette étape peut être franchie rapidement. Mais il doit surtout trouver un nouveau promoteur : car la plus mauvaise nouvelle est venue de l’AP-HP, instance qui dirige tous les hôpitaux de la capitale, et qui a annoncé qu'elle ne porterait plus ce projet.

Je suis complètement convaincu de la technologie que je propose

Tout en accusant le coup, Franck Zal se veut optimiste pour la suite: « il n’y a pas que Paris en France : on a des contacts avec d’autres hôpitaux, qui sont demandeurs du protocole. On a aussi des contacts dans d’autres pays » poursuit-il, mais sans donner plus de précision. « Je suis complètement convaincu de la technologie que je propose. Je suis prêt, j’attends.» conclut-il.





 

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