Une plage, une histoire : la cale de Beg-Meil, un lieu d’inspiration pour Marcel Proust

Située sur la commune de Fouesnant-Les Glénan, dans le Finistère, la plage de la cale est au cœur de la station balnéaire de Beg-Meil. A la fin du XIXème siècle, l’écrivain Marcel Proust, à la santé fragile, s'y ressourça et y entama la rédaction de son premier roman.
 
Au coeur de la station balnéaire de Beg-Meil, dans le sud-Finistère, la plage de la cale. On s’y promène, on s’y baigne, on y accoste… A la fin du XIXème siècle, l’écrivain Marcel Proust y entama la rédaction de son premier roman.
Au coeur de la station balnéaire de Beg-Meil, dans le sud-Finistère, la plage de la cale. On s’y promène, on s’y baigne, on y accoste… A la fin du XIXème siècle, l’écrivain Marcel Proust y entama la rédaction de son premier roman. © OMT Fouesnant-les Glénan
Les cabines de plage ont disparu mais pour le reste, la plage de la cale telle que l’a connue Marcel Proust en 1895 a peu changé.

C’est sur le même débarcadère que le jeune dandy parisien, âgé de 24 ans, accoste le 8 septembre 1895. Il est accompagné de son ami, le compositeur Reynaldo Hahn, âgé de 21 ans.
 
Une carte postale de la plage de la cale à Beg-Meil. L'écrivain Marcel Proust y accosta le 8 septembre 1895. Il y restera jusqu'au 27 octobre 1895.
Une carte postale de la plage de la cale à Beg-Meil. L'écrivain Marcel Proust y accosta le 8 septembre 1895. Il y restera jusqu'au 27 octobre 1895. © Archives départementales du Finistère - 2 Fi 58/113


Sous le charme de Beg-Meil

Les deux jeunes hommes arrivent de Concarneau, après avoir visité Belle-Ile et Quiberon.
Pour Philipe Dupont-Mouchet, auteur du livre «  Marcel Proust à Beg-Meil », « c’est par hasard que les deux hommes sont arrivés à Beg-Meil.»
 
«Depuis Concarneau, on distingue très bien Beg-Meil. On constate qu’il y a une végétation luxuriante, que c’est exposé plein sud, qu’il y a de belles plages et de belles criques.
Marcel Proust et Reynaldo Hahn ont eu envie de voir ce qu’il y avait de l’autre côté de la baie.
Ils ont donc embarqué dans le bateau à vapeur « Le Léna » qui était en service depuis peu de temps. »


Arrivés sur la plage de la cale, Marcel Proust et son ami s’installent à l’Hôtel Fermon qui surplombe les lieux. Construit en 1886, l’établissement deviendra par la suite et sous le nom du « Grand Hôtel » un lieu de villégiature pour une clientèle aisée. 
 
Construit en 1886, le Grand Hôtel devient rapidement un lieu de villégiature fréquenté par une clientèle aisée. Marcel Proust y descend avec son ami le compositeur Reynaldo Hahn en 1895. Aujourd'hui, le bâtiment existe toujours et accueille l'Agrocampus Ouest.
Construit en 1886, le Grand Hôtel devient rapidement un lieu de villégiature fréquenté par une clientèle aisée. Marcel Proust y descend avec son ami le compositeur Reynaldo Hahn en 1895. Aujourd'hui, le bâtiment existe toujours et accueille l'Agrocampus Ouest. © Archives départementales du Finistère - 2 Fi 58/106


Entre terre et mer

Marcel Proust avait entendu parler du charme de ce petit coin de Bretagne par André Bénac, un ami de ses parents. Sur place, l’écrivain et le musicien ne sont pas déçus !
 

Un pays enchanteur, en dehors du monde, une terre de beauté. Mélange de poésie et de sensualité. Beg-Meil est la plus noble et douce et délicieuse chose que je connaisse.

Marcel Proust - manuscrit Jean Santeuil

Les deux amis occupent leurs journées très simplement, comme le font aujourd’hui encore les vacanciers qui viennent à Beg-Meil.

« C’est une vie de promenade, de lecture et de rêverie devant l’océan » raconte Philippe Dupont-Mouchet.
« Marcel Proust se balade tous les jours. Il va jusqu’au sémaphore, par le « Chemin Creux », ce qui fait une trotte depuis son hôtel ! »
 
Marcel Proust ( au premier plan) avec son ami Reynaldo Hahn. L'écrivain et le musicien profitent de leurs journées à Beg-Meil pour flâner et lire. Marcel Proust trouvera les lieux très propices à l'écriture.
Marcel Proust ( au premier plan) avec son ami Reynaldo Hahn. L'écrivain et le musicien profitent de leurs journées à Beg-Meil pour flâner et lire. Marcel Proust trouvera les lieux très propices à l'écriture. © Philippe Dupont-Mouchet


Les flâneries, les longues promenades rythment le quotidien de Marcel Proust et Reynaldo Hahn. La lecture aussi, dans les dunes, à l’abri du vent.
Loin des mondanités parisiennes, Marcel Proust semble apprécier une vie au calme, entre terre et mer.

« Marcel Proust et Reynaldo Hahn sont deux jeunes dandys parisiens qui ne sont pas habitués à la rusticité de cette vie campagnarde mais il vont très bien s’y faire. Loin des chroniqueurs mondains, ça leur change la vie ! » souligne Philippe Dupont-Mouchet

Une vie au plus près de la nature… Les pommiers notamment font grande impression sur Marcel Proust ! Sa correspondance en témoigne :
 

Beg-Meil, les pommiers y descendent jusqu’à la mer et l’odeur du cidre se mêle à celle des goémons. Ce mélange de poésie et de sensualité est assez à ma dose. Lieux charmants où les pommes mûrissent presque sur les rochers, endroit primitif et rare.

Marcel Proust - septembre 1895



Un nouveau souffle

En plus de la beauté des paysages, la douceur du climat fait du bien au jeune écrivain, asthmatique depuis son enfance.
 

Venez, nous ferons de grandes marches et le soir vous verrez si vous dormez ! Vous verrez l’air qu’il fait là-bas. Là où nous menons une vie saine et une vie heureuse, nous aimons à croire qu’il réside en effet le secret de la force et le privilège de la beauté. 

Marcel Proust - manuscrit Jean Santeuil

La beauté du paysage et la douceur du climat de Beg-Meil ravissent Marcel Proust. De santé fragile, asthmatique depuis son enfance, le jeune homme de 24 ans décide alors de prolonger son séjour. Il restera en tout 50 jours dans la station balnéaire.
La beauté du paysage et la douceur du climat de Beg-Meil ravissent Marcel Proust. De santé fragile, asthmatique depuis son enfance, le jeune homme de 24 ans décide alors de prolonger son séjour. Il restera en tout 50 jours dans la station balnéaire. © OMT Fouesnant-les Glénan / LLG


Beg-Meil, un lieu inspirant pour Marcel Proust

Si Beg-Meil est un lieu ressourçant pour Marcel Proust, il tient également une place importante dans la création de son oeuvre.

« On peut vraiment dire que l’écrivain adulte est né à Beg-Meil. Lorsqu’il est arrivé, il a eu tout de suite envie d’écrire. C’était frénétique. Il voulait écrire un livre sur la Bretagne… En quelques jours, c’est devenu un roman ! »

Ce livre, c’est un roman autobiographique découvert après la mort de l’écrivain et publié en 1952 sous le titre de « Jean Santeuil ».

« Au cours de mes recherches, explique Philippe Dupont-Mouchet, j’ai examiné tous les feuillets du manuscrit. On en trouve rédigés sur le facturier de l’hôtel Fermon de Beg-Meil ! Il écrivait avec ce qui lui tombait sous la main car il avait cette frénésie d’écrire. Et cette frénésie, c’est la genèse de l’œuvre de toute sa vie. »
 
C'est à Beg-Meil que Marcel Proust entame la rédaction de son premier roman, Jean Santeuil, prémices de son oeuvre "A la recherche du temps perdu".
C'est à Beg-Meil que Marcel Proust entame la rédaction de son premier roman, Jean Santeuil, prémices de son oeuvre "A la recherche du temps perdu". © Manuscrit Jean Santeuil - NAF 16615 - BnF / Philippe Dupont-Mouchet

Philippe Dupont-Mouchet a consacré deux années d’études au séjour de Marcel Proust dans la station balnéaire finistérienne ; un séjour trop vite survolé selon lui par les biographes.
Car pour lui, pas de doute, ce texte commencé dans le Finistère en 1895 est une ébauche de « A la Recherche du temps perdu », le grand œuvre de Marcel Proust écrit entre 1909 et 1922.

« Dans le manuscrit, on retrouve les thèmes, les épisodes et certains personnages de « A la recherche du temps perdu ». A Beg-Meil, il fait une rencontre déterminante, le peintre Alexander Harrison, qui lui servira de modèle pour Elstir dans La Recherche. Autre exemple, dans « Jean Santeuil », on peut lire le nom Beg-Meil écrit quatre fois puis se transformer en Bec-Meil. Dans le texte, ce Bec-Meil est déjà le nom d’une petite station balnéaire, semblable à Balbec dans La recherche… » précise Philippe Dupont-Mouchet


Marcel Proust quitte Beg-Meil le 27 octobre 1895, en promettant au directeur du Grand Hôtel d’y revenir. Une promesse qu’il ne tiendra pas. 
 
La cale de Beg-Meil vue de la mer. Après son départ en octobre 1895, Marcel Proust n'y reviendra plus mais le souvenir de ce lieu le marquera tout au long de sa vie. 20 ans après après son séjour, il mentionnera encore les charmes de Beg-Meil dans sa correspondance.
La cale de Beg-Meil vue de la mer. Après son départ en octobre 1895, Marcel Proust n'y reviendra plus mais le souvenir de ce lieu le marquera tout au long de sa vie. 20 ans après après son séjour, il mentionnera encore les charmes de Beg-Meil dans sa correspondance. © Archives départementales du Finistère - 21FI 385


Mais comme le souligne Philippe Dupont-Mouchet, « Beg-Meil ne l’a plus jamais quitté ».  L’écrivain n’oubliera jamais la petite station balnéaire bretonne et sa plage de la cale.
Dans une lettre de 1914, bien des années donc après son séjour finistérien, on peut lire que les impressions de Marcel Proust sur Beg-Meil sont encore très fortes.
 

J’adore Beg-Meil qui d’ailleurs n’est qu’un clos de pommiers versant sur une baie lente où il est exquis de vivre. Et si vous allez un soir en barque de Beg-Meil à Concarneau, vos rames éparpilleront sur l’eau éblouissante et morte toutes les couleurs du soleil couché.

Marcel Proust - 24 août 1904

 
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