Circuit d’été : à Locronan, les pierres parlent à Hervé Le Bihan

La Bretagne regorge de trésors, de sites à découvrir et qui mieux que ceux qui y vivent pour nous servir de guide ? À Locronan, Hervé Le Bihan est le dernier tisserand d’une cité qui connut un âge d’or grâce à la production de toiles de voiles. Les pierres en témoignent encore. 

© Galerie entrevue

À Locronan, Hervé Le Bihan est tisserand. L’unique héritier d’une tradition qui fit la richesse de cette cité à partir du XIIIe siècle. À cette époque, la Bretagne connaît un essor économique sans précédent grâce à la production et la vente de toiles de lin ou de chanvre. Utilisées pour la fabrication de voiles, celles tissées à Locronan font référence et équipent les plus grands navires d’Europe. 

Au XVe siècle, sous le règne de Louis XIV, la guerre économique que se livrent la France et l’Angleterre marque le début du déclin de l’industrie toilière. À Locronan, les derniers métiers à tisser vont disparaître dans les années 1910 pour finalement renaître un peu plus de deux décennies plus tard grâce à Marc Le Berre. Propriétaire du magasin "A la ville d’Ys" à Quimper, Marc Le Berre rêvait de ressusciter et de moderniser le tissage breton. En 1935, avec l’aide de Mme Andrieux, il rachète quatre métiers à tisser et crée l’atelier de tissage artistique saint Ronan. La tradition est sauve, perpétué aujourd’hui par Hervé Le Bihan, natif de Locronan, et qui s’est toujours passionné pour l’histoire de sa cité. 
 

La montagne de Locronan

Depuis le sommet de la montagne, vue sur Locronan et la baie de Douarnenez
Depuis le sommet de la montagne, vue sur Locronan et la baie de Douarnenez © Hervé Le Bihan


"Locronan a été construite sur les pentes de cette montagne granitique. On y retrouve des vestiges de carrières qui ont permis la construction de l’église et des maisons attenantes. Mais c’est aussi un lieu où le légendaire et le sacré sont toujours très présents. De là-haut, le panorama est magnifique. On y voit le port du Rosmeur, la baie de Douarnenez, la plaine du Porzay, le Menez Hom."

"Au lieu-dit Plas Ar Horn, dans le temps, il y avait un mégalithe en forme de corne sur lequel les femmes et les hommes venaient se frotter pour pouvoir avoir des enfants. Ce mégalithe a disparu entre les deux guerres, mais l’endroit reste un lieu symbolique important, sacré, où se dresse aujourd’hui une chapelle. Jusqu’à la fin du 19e, date de sa construction, il n’y avait sur la montagne aucune construction religieuse à part ce mégalithe." 

 

Les chemins creux

Autour de Locronan, les arbres ont parfois pris le dessus sur la lande, mais les chemins creux sont toujours là.
Autour de Locronan, les arbres ont parfois pris le dessus sur la lande, mais les chemins creux sont toujours là. © Hervé Le Bihan

"Des chemins creux permettent d’accéder à la montagne. Comme il n’y a pas eu de remembrement, il y en a beaucoup, et tout autour de Locronan aussi, que l’on peut emprunter pour descendre du côté de la pointe du Porzay, qui traversent des garennes, le bois du Duc, le bois du Nevet, d’anciens bois de charbonniers."

"Dans ce bois poussent des hêtres qui servaient à fabriquer le charbon. La cendre était utilisée pour blanchir les toiles. À Locronan, la nature a toujours joué un rôle important en lien avec son activité. Construite sur le versant nord, versant le plus froid de la montagne, le plus humide, l’eau, par exemple, était primordiale pour travailler le chanvre."

 

La place de l’église

Le cœur historiques et ses anciennes demeures en granit.
Le cœur historiques et ses anciennes demeures en granit. © Office du tourisme de Locronan


"Jusqu’au 17e siècle, cette place était beaucoup plus petite. C’était même une rue. Elle n’a été agrandie qu’à partir de 1650, et la plupart des demeures qui y ont été construites appartenaient à des notables ou de riches marchands de toile à voile. On peut encore trouver des traces de maisons plus anciennes, mais dans les rues adjacentes. Sur la place, on peut voir certaines maisons en pierres symétriques à l’étage, mais pas au rez-de-chaussée. Ce devait être d’anciennes maisons à pan de bois remplacé par de la pierre au 17e siècle. Ce qui me plait à Locronan, c’est d’arriver à lire sur la pierre, à voir tous ces petits détails qui racontent la vie du bourg. Et cette activité autour du tissage."
 

L’église Saint-Ronan

Accolée à la chapelle du Pénity, l’église Saint-Ronan (à gauche).
Accolée à la chapelle du Pénity, l’église Saint-Ronan (à gauche). © Office du tourisme de Locronan


"Quelqu’un a dit d’elle que c’était un monument de mousse et de lichen, qu’elle lui faisait penser à la ville d’Ys, sortie des flots avec ses piliers verdis par l’eau, un peu comme des algues, avec son atmosphère très très humide. L’église de Saint-Ronan date du 15e siècle et n’a connu aucune modification depuis. Excepté la flèche qui a chuté, touchée par la foudre. Il n’y avait alors pas assez d’argent pour la reconstruite, l’église est donc restée ainsi, décapitée. Mais elle compte bon nombre de joyaux architecturaux remarquables tels que sa voûte recouverte d’hermines et son rosaire restauré il y a deux ou trois ans."

"L’église de Saint-Ronan a été construite d’un seul jet, de 1424 à 1480, et pour ce faire les ducs de Bretagne avaient accordé aux habitants de Locronan des exemptions d’impôts. En fait, ducs et duchesses de Bretagne venaient se recueillir sur le tombeau de Saint-Ronan pour qu’il leur accorde "hoir et lignée’’. Au moyen-âge, Saint-Ronan était prié pour avoir des enfants."

 

Au grè des rues de Locronan

La rue Moal
La rue Moal © Office de tourisme de Locronan

"Avec le déclin de l’industrie de la toile de voile, la fermeture des ateliers de tissage, Locronan s'est peu à peu appauvri. Si bien qu’au 19e siècle, plus de la moitié de la population était mendiante. Les rues qui menaient à la place, très étroites, faisaient un peu coupe gorge. Aussi les voyageurs qui empruntaient la route de Quimper à Brest ont préféré passer par Châteaulin plutôt que Locronan. Le pont avait été modifié et c’était moins dangereux." 
 
La rue du Prieuré
La rue du Prieuré © Office de tourisme de Locronan


"Aussi pour les faire revenir, pour relancer le commerce, on a décidé d’agrandir certaines rues. Fin 19e, il y a eu pas mal de démolitions. Pour créer la rue du prieuré, la maison qui se trouvait en face de l’église a été abattue. En bas de la place, la rue des charrettes a été drôlement élargie, la rue du four aussi."
 


"C’est à ce moment-là aussi que les gens ont commencé à s’intéresser à l’architecture de la ville, on prend conscience de l’intérêt du patrimoine que l’on possède. De plus en plus de lettrés, d’artistes, viennent. Le sculpteur Job, toute une palette de personnages qui ont mis un peu de fantaisie à la cité. Locronan a un côté figé, mais dans le même temps, c’est une cité qui a été rêvée. Certaines maisons tombaient en ruine, elles ont été démolies. Jacques Pré, qu’on appelle aussi le bâtisseur, les a relevées en respectant le passé, mais un passé je dirais, un petit peu enjolivé."

Pour plus d'informations sur Locronan: cliquez ici.
 

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