"Quelle profession accepte de voir son travail saccagé ?", dans le Finistère, chasseurs et agriculteurs s'allient contre les sangliers

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Reportage de Morgane Trégouët et Mathieu Herry ©FTV

Jusqu'ici épargné, le Finistère voit sa population de sangliers exploser ces dernières années. Un mammifère prolifique qui occasionne des dégâts de plus en plus importants sur les cultures, mais pas seulement. À Brennilis, chasseurs et agriculteurs se sont réunis ce mardi 2 avril 2024 pour faire le point sur la gestion de cet envahissant nouveau voisin.

En sortant ses vaches dans une prairie il y a quelques jours, Julien Tallec découvre des dizaines de trous. "Ce ne sont pas de très gros trous, mais ils sont disséminés partout. Et c'est comme ça sur l'ensemble de la ferme."

Les auteurs ? Les sangliers, assure l'éleveur. "Ils soulèvent la terre et même parfois des cailloux pour chercher des vers."

Une croissance de sangliers "exponentielle"

Sur sa ferme de 60 hectares, Julien Tallec estime qu'un hectare par an est désormais retourné par les imposants mammifères :

"Certaines années, les parcelles étaient totalement détruites. J'ai dû resemer… Et ils sont repassés, dit-il. Donc j'en sème de moins en moins, je vais de plus en plus vers des prairies permanentes. Le problème, c'est aussi quand on doit faucher au printemps : la terre et les cailloux retournés peuvent esquinter les machines."

Les forêts, pour le sanglier, c'est du pain béni

Julien Tallec

Éleveur et porte-parole Conf’ 29

Installé depuis 2011 à Brennilis, dans le Finistère, cet éleveur de vaches à viande a vu la population de sangliers se multiplier "par 10", de façon "exponentielle", depuis 2015. "La raison principale, c'est qu'on est dans une zone où il y a des bois avec pas mal de déprises agricoles, explique-t-il. Pour les sangliers, c'est du pain béni : ils vont se réfugier dans les forêts et la nuit, ils viennent manger ce qu'ils trouvent dans nos pâtures ou chez nos voisins dans les champs de maïs."

Dès qu'une laie atteint 40 kg vers 7,8 mois, elle peut faire des petits

Yvon Léon

Administrateur à la Fédération départementale des chasseurs du Finistère

La fédération de chasse du Finistère a décompté près de 3.700 sangliers sur cette dernière campagne, soit presque 1.000 de plus en un an.

"Dès qu'une laie atteint 40 kg vers 7,8 mois, elle peut faire des petits et elle fera plusieurs portées parce qu'il y a de plus en plus de nourriture, des glands, des maïs", assure Yvon Léon, administrateur à la Fédération départementale des chasseurs du Finistère.

Jean-Michel Granjon est éleveur dans la Loire et représentant de la Confédération paysanne à la commission nationale de l'indemnisation des dégâts de gibier. Il a participé à la création d'une boîte à outils pour faire face à la prolifération de l'envahissant sanglier. Dans le Finistère, la préfecture s'en est saisie et annonce l'autorisation de chasser le sanglier toute l'année, à l'affût et à l'approche, aux chasseurs qui en feraient la demande. 

Quelle profession peut accepter de voir régulièrement son travail saccagé ?

Jean-Michel Granjon

Représentant de la Confédération paysanne à la commission nationale de l'indemnisation des dégâts de gibier.

Il participait ce mardi 2 avril 2024 à la table ronde sur la gestion du sanglier organisée par la Confédération paysanne à Brennilis. Autour de la table, des représentants de la chambre d'agriculture, des membres de la commission Départementale de la Chasse et de la Faune Sauvage (CDCFS). 

"Quelle profession peut accepter de voir régulièrement son travail saccagé ? martèle l'éleveur. C’est inadmissible !"

320.000 euros de dégâts cette année

Car pour les agriculteurs, comme pour les chasseurs, il est urgent d'agir : si beaucoup d'exploitants agricoles renoncent à déclarer leurs pertes (qui doivent représenter 10 % d'une parcelle pour être indemnisées), les dédommagements pour les dégâts des sangliers s'élèvent tout de même à plus de 320 000 € cette année dans le Finistère.

Un budget à la charge de la Fédération de chasse du Finistère qui a déjà fait ses calculs : alors que d'ici cinq ans, le département ne comptera plus que 5 000 chasseurs (contre 8 000 aujourd'hui), qui devront prélever jusqu'à 5 000 sangliers, les indemnisations d'agriculteurs pourraient atteindre les 500 000 euros. De quoi compromettre le système en place aujourd'hui.  

Il n'y a pas une journée sans un accident avec sanglier

Yvon Léon

Administrateur à la Fédération départementale des chasseurs du Finistère

D'autant que les dégâts ne concernent pas que les cultures. "L'enjeu est aussi sécuritaire, affirme Yvon Léon, administrateur à la Fédération départementale des chasseurs du Finistère. Il n'y a pas une journée sans un accident avec sanglier sur l'axe Brest Quimper ou l’axe Brest-Rennes."

Le sanglier, vecteur de la peste porcine ?

 

Les éleveurs craignent aussi les effets sanitaires de cette prolifération de sangliers qui pourraient servir de vecteur à la peste porcine, à commencer par "les élevages en plein air  en première ligne" rappelle la Confédération paysanne. Le syndicat aimerait prendre part à la commission Départementale de la Chasse et de la Faune Sauvage du département pour être "intégré à la gestion des populations de gibiers". 

(Avec Mathieu Herry)